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LES LOIS CHRÉTIENNES

Valentinien avait quarante- trois ans lorsque les chefs de l'armée lui donnèrent le trône de Jovien; Valens en avait

trente-six Lorsque le nouvel empereur, son frère, lui donna le titre d'Auguste. Us étaient chrétiens l'un et l'autre, et nous .avons que l'aîné, ayant confessé sa foi sous Julien, avait du i ttre son êpée.au réformateur.

Les deux frères se partagèrent l'empire. Valentimen pr.t POccidenl et établit sa cour à Trêves et à Milan. Valons eut TOr, ni avec Constantinople pour capitale. C'est au château de Médiana, à trois milles de Naisse, que s'accomplit ce grand ... politique. La division du monde romain était consommée.

Orthodoxe sincère, Valentinien se déclara hautement pour la foi de Nicée, et s'appliqua à la maintenir intacte, mais sans exercer de violences, soit contre les sectes dissidentes, soit contre les autres cultes. Sa tolérance protégea les synagogues des Juifs et fit respecter certaines cérémonies païennes qui se pratiquaient encore dans les campagnes. Il eut le bon sens de rester constamment étranger aux querelles religieuses, disant que ce n'était point à un laïque d'être juge entre les évoques et les docteurs de la foi. Mais il se montra d'une rigoureuse sévérité pour les magiciens, les devins, les augures qui abusaient de la crédulité du peuple, et souvent môme se taisaient les complices de crimes odieux contre les particuliers et contre le souverain.

Valens n'imita pas dans les choses de la religion l'impartiale équité et la sage modération de son frère. Baptisé par Eudoxe évoque de Constantinople et arien, il adopta l'arianisme et persécuta les orthodoxes. Un concile tenu à Lampsaque s'était prononcé contre les ariens: il annula sa décision, et remit ionnaires la cathédrale de Constantinople. Quatrevingts prêtres, qui avaienl courageusement protesté contre les vexations infligées aux Bdèles, furenl jetés sur un navire qui devait les conduire en exil. En pleine mi r, Boil par 1 effet du urd, soit par suite d'ordres secrets, un incendie dévora le

bâtiment, et les quatre-vingts proscrits périrent dans les flammes ou dans les eaux. La persécution atteignit Athanase;

mais le peuple d'Alexandrie se souleva et défendit son évêque. Le vieil athlète catholique mourut en 373. Cet obstacle dis-

paru, les violences les plus cruelles frappèrent l'Egypte et adirent au désert.

Nous avons déjà parlé de ces hommes qui, pour se dérober aux persécutions, allaient chercher dans les solitudes de la Thébaîde la sûreté de leur vie et la liberté de la prière. Paul, le premier ermite, avait eu un glorieux imitateur dans saint Antoine. Autour d'Antoine, de nombreux disciples se groupèrent, dociles à sa voix, priant et accomplissant ensemble les exercices religieux, mais pour tout le reste vivant à part dans les cabanes qu'ils s'étaient construites ou dans les grottes naturelles des montagnes. Tel fut. le berceau de l'institution conventuelle.

Au ive siècle, saint Pacôme établit les premiers monastères réguliers. Chacun d'eux se composait de trente ou quarante moines, soumis à une même règle et sous la direction d'un supérieur auquel ils devaient obéissance. C'est parmi eux qu'Athanase, persécuté par Constance et par Julien, trouva un asile inviolable. Vers la fin du i\e siècle, Basile donna une règle monastique qui devint la discipline générale de tous les couvents orientaux. Les moines s'étaient accrus par l'esprit et le malheur des temps. Ils étaient au nombre de cinq ou six mille, lorsque Valens fit envahir la Thébaîde par ses troupes. Les monastères furent pillés et brûlés, les moines chassés, emprisonnés, enrôlés dans les légions ou massacrés. Des prêtres ariens avaient dirigé l'expédition.

Valentinien ue fut doux et tolérant qu'en matière religieuse. Nature violente, esprit inculte, il croyait que la justice ne peut être bonne qu'à la condition d'être rigoureuse et même cruelle. Il assistait aux exécutions e1 aux tortures. Ses bonnes grâces étaient acquises aux magistrats les plus impitoyables. Maximin, préfet des subsistances à Rome, avait décimé N's familles les plus nobles de la ville sous prétexta qu'elles avaient pris part à des actes de magie; Valentinien le

récompensa en lui donnant la préfecture des Gaules. Il avait, dans son palais, près de sa chambre, deux ourses d'une grande férocité; il appelait l'une Innoxia (Pinoffensive), et l'autre Mica Aurea (paillette dorée); il jouait avec elles et leur donnait des malfaiteurs à déchirer.

« Mais si Valentinien était tyran par colère, Valens, dit Chateaubriand, l'était par faiblesse. »

Les prêtres ariens qui le dominaient lui inspirèrent toutes ses mesures cruelles contre les orthodoxes, et le soin de sa propre sûreté lui fit répandre sans pitié des flots de sang. Il apprit un jour que des devins, à Antioche, avaient consulté le sort pour savoir qui succéderait à l'empereur. L'oracle avait répondu par les quatre lettres 0EOA (Théod). Valens fit mettre à mort une foule d'individus du nom de Théodose, Théodore, Théodote, Théodule, etc. D'autres personnes éminentes furent comprises dans les poursuites. Maxime, l'ancien conseiller de Julien, fut livré au supplice; Jamblique le philosophe s'empoisonna; Libanius échappa avec peine à l'accusation.

Chose étrange! tandis que le sang des empereurs romains se retrouve dans les cruautés de Valentinien et de Valens, le caractère des empereurs chrétiens éclate dans les lois qu'ils nous ont laissées, et dont quelques-unes sont empreintes au plus haut degré de l'esprit évangélique. L'exposition des enfants, que Trajan et Antonin surtout avaient si généreusement combattue, fut interdite sous des peines sévères. Valentinien institua les médecins des pauvres et les avocats des pauvres. Les villes et les églises eurent des défenseurs particuliers chargés de veiller à leurs intérêts. Des écoles pour la rhétorique et la grammaire furent établies dans la métropole de chaque province. Des règlements améliorèrent le sort des esclaves et multiplièrent les cas de liberté. Les bonnes mœurs furent sévèrement protégées. Des abus s'étaient glissés dans le clergé; il fut défendu aux prêtres de recevoir des

legs testamentaires. Saint Jérôme a justifié cotte loi en disant :

I n'esl pas d'elle que je me plains, mais bien de la nécessité qui nous l'a fait imposer. »

Voilà surtout ce qui restera remarquable dans le règne de ces doux princes. Le christianisme n'avait pu modérer les emportements de L'un, ni inspirer à l'autre une sage et équitable tolérance; mais, malgré les défaillances des souverains, malgré foutes, malgré leurs crimes, la bénignité évangélique passait peu à peu des mœurs publiques dans la législation et s'affirmait par des mesures auxquelles le paganisme, au moins pour quelques-unes, n'avait jamais songé.

gratien (375-383). — TIIKODOSE (379-395). —

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