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LES BARBARES DANS L'EMPIRE

La situation du monde romain semblait désespérée. Valenlinion, qui avait résisté aux Barbares avec courage et habileté, était mort dans un accès de colère (27 novembre 375); Valons avait péri misérablement à la suite de la sanglante défaite d'Adrianopolis (3 août 378). Les Goths victorieux étaient cantonnés dans les provinces. Les Germains menaçaient les Gaules, les Perses l'Orient, les Scots le Nord. Un enfant de sept ans, Vali 'îiiinien II; un jeune homme de dix-neuf ans, Gratien, restaient seuls pour faire face à ces immenses périls. Les circonstances mûrirent Gratien et lui inspirèrent une heureuse pensée. Il offrit à un illustre exilé, Théodose, de partager Le trône, à la condition de concourir avec lui à la défense de l'empire.

Théodose, sous le règne de Valentinien, s'était signalé par

sa bravniin talents militaires on Afrique, en Bretagne

Lltouf dans la lié il . qu'il sauva des Sarmates. Son père,

Saint Martin intercède pour les priscillianistes auprès de l'empereur Maxime.

général d'un grand mérite, ayant été décapité par l'ordre de l'ingrat et cruel empereur, Théodose renonça à la brillante carrière qui s'ouvrait devant lui, et se retira dans sa patrie, à Cauca, en Galicie, où, entouré de sa femme Flacilla, de ses enfants Arcadius, Honorius et Pulchérie, il se consacra, nouveau Cincinnatus, à la culture et à l'administration de ses domaines. Quand le message de Gratien lui arriva, partagé entre le sentiment filial qui lui rappelait la condamnation inique de son père et le désir de venir en aide à la fortune romaine, Théodose hésita longtemps ; mais le patriotisme l'emporta dans ce noble cœur. Les peuples et l'armée accueillirent avec enthousiasme le sauveur qui leur venait du pays de Trajan et d'Adrien.

L'empire fut ainsi divisé : Théodose eut l'Orient; Gratien, les Gaules, l'Espagne et la Bretagne; Valentinien II, sous la tutelle de Justine, sa mère, l'Illyrie occidentale, l'Italie et l'Afrique.

Théodose justifia bientôt les grandes espérances qu'on avait conçues de lui. De Thessalonique, où il établit son quartier général, il surveille les mouvements des Barbares et dirige les efforts de ses lieutenants. Les fortifications des villes sont réparées ou augmentées, les garnisons renforcées, et des succès partiels sur les Barbares prouvent aux troupes que l'ennemi n'est pas invincible. Les Goths, trop nombreux pour rester longtemps réunis en corps d'armée, se divisent par bandes, diminuant ainsi leurs chances de succès et facilitant celles de leurs adversaires. Au lieu de diriger contre ces bandes éparses une guerre à outrance qui eût épuisé peut-être les forces de l'empire et sans nul doute amené la dévastation complète de ses provinces, Théodose, profitant de la discorde qui s'était mise entre les chefs barbares, adresse à chacun d'eux des propositions de paix, et, grâce à des concessions de terres, à des exemptions d'impôts, à des livraisons de troupeaux et de blé,

LES PREMIEBS SIÈCLES DU CHIUST1 ANISME

il Les désarme, il les gagne à l'empire. Distribués par colonies dans ta Tlirace, dans la Phrygie. dans la Lydie, pores dans l'armée, accueillis à la cour, placés dans les 3 mêmes de la garde du prince, les Goths. et bientôt avec eux des Huns, des Franks, des Calédoniens, des Maures, des Sarrasins, des P. rses, des lLériens, ne sont plus que les auxiliaires de ceux qu'ils avaient juré d'exterminer. L'empire romain était devenu l'empire romain -barbare.

Ces grands événements, que nous ne pouvons qu'esquisser ici, ne s'accomplissaient pas sans exciter le mécontentement des sujets de Théodose et de Gratien et, par conséquent, sans porter quelque atteinte à la popularité de ces princes. Mais ils poursuivaient leur œuvre providentielle, sourds aux murmures qui s'élevaient autour d'eux. Les temps marqués pour la chute de L'empire n'étaient pas encore arrivés, et le bras de ces mêmes étrangers, qui devaient l'anéantir un jour, le défendait alors.

Sous l'influence de la paix, l'agriculture et le commerce refleurirent. Gratien marchait sur les traces de son collègue. Il protégeait les lettres et les cultivait lui-même. Dans son gouvernement, il arrêtait les persécutions exercées par les ariens, en proclamant une tolérance égale pour les croyances chrétien]

De son côté, Théodose, préoccupé de l'idée de créer dans L'État L'unité religieuse, s'efforçait d'apaiser les troubles excités pu L'hérésie d'Arius, qui, par suite de la protection des derniers empereurs, était devenue toute-puissante en Orient et opprimait la grande majorité, profondément attachée au cathoine. Un édit qu'il promulgua en janvier 381 interdit le culte public à toutes les sectes qui n'admettaient pas le e

de Nuée, et ordonna aux ariens de restituer Sainte-Sophie et les autn - dont ils s'étaient emparés par violence.

Au printemps de cette même année 38 1 . il convoqua le second

concile œcuménique à Constantinople ; la foi de Nicée y fut confirmée, mais Grégoire de Nazianze, que l'empereur avait élevé au patriarcat de la capitale de l'Orient, dut, pour obéir aux vœux du concile, résigner sa dignité, qui fut donnée à l'orthodoxe Nectaire. Démophile, le patriarche arien, avait eu antérieurement le choix entre la soumission à la foi catholique ou l'abandon de son siège; il préféra se retirer.

Théodose ne se borna pas à frapper l'hérésie : il étendit sa sévérité à l'idolâtrie. C'est de son règne que date vraiment la ruine du paganisme. Les sacrifices furent interdits, les temples fermés. Le Sérapéum d'Alexandrie, consacré au dieu Sérapis, fameux par ses richesses, par sa grandeur et par la beauté de sa construction, fut pillé et démoli par le peuple, après une lutte sanglante contre les païens qui s'y étaient retranchés. Sur les ruines du temple de Canope s'éleva un couvent de moines. Les statues de bronze furent fondues, et la valeur en fut distribuée aux pauvres et aux églises.

Il est juste de remarquer ici que, malgré la sévérité des lois nouvelles contre les païens, on ne peut citer aucun exemple d'une sentence de mort prononcée en Orient pour cause de religion. Il est même certain que Théodose maintint dans les hautes fonctions de l'État plusieurs païens sincèrement attachés à leur culte. Nous verrons qu'il n'en fut pas de môme en Occident.

Maxime, compatriote et ami de Théodose, homme d'un grand talent militaire, mais dévoré d'ambition, soulève les troupes en Bretagne, se fait proclamer empereur, et arrive dans les Gaules avec trente mille soldats et cent mille Bretons. Gratien s'enfuit de Lutèce à Lyon pour se rapprocher de l'Italie; l'usurpateur l'attire dans un piège et le tue (25 août 383). Gratien était âgé de vingt-quatre ans ; il en avait régné huit depuis la mort de Valentinien 1er, son père.

Sur la promesse de Maxime de se renfermer dans ses

royaumes de Gaule, d'Espagne et de Bretagne, et de respecter les possessions du jeune Valentinien en Italie et en Illyrie, Théodose, à qui il répugnai! d'ailleurs d'allumer la guerre civile, consentit à le reconnaître pour collègue. Maxime, peu de temps avant son usurpation, avait embrassé la religion chrétienne. Afin de s'attacher plus étroitement les populations orthodoxes de ses nouveaux États, il combla de prévenances et d'hommages les évêques les plus vénérés, entre autres Mai lin de Tours, et frappa les hérétiques avec une rigueur que ce vertueux prélat blâma sévèrement. Priscillien, célèbre hérésiarque espagnol, avait répandu ses doctrines dans les Gaules et s'était fait de nombreux partisans, surtout dans les hautes classes de la société. Chassé par Gratien, repoussé par le pape Damase et par saint Ambroise, évéque de Milan, qui refusèrent de l'entendre, il reparut à Trêves, sous Maxime. Cédant aux conseils de quelques évêques qu'animait un zèle imprudent, Maxime fit arrêter Priscillien et ses complices. Saint Martin, qui se trouvait alors à Trêves, employa toute sa charité, toute son éloquence pour détourner le coup qui menaçait ses frères égarés. Ses efforts furent impuissants; Priscillien fut décapité avec plusieurs de ses disciples. La veille de sa mort, il était un saint pour ses sectateurs; le lendemain il fut un martyr. Ses doctrines, mélange de gnostisme el de manichéisme, se propagèrent, et l'on comptait encore icoup de priscillianistes au vie siècle. Ce fut là d'ailleurs le premier exemple d'une rigueur sanglante au sein du catholicisme. Cependant Valentinien 11, ou plutôt sa mère, l'impératrice Justine, continuait à gouverner l'Italie. Justine était arienne. Elle voulait faire dominer ses croyances et ouvrir à Milan une église de Ba confession; Ambroise s'y opposa. Des troubles éclatèrent. L'évoque reçut un ordre d'exil et refusa d'obéir. Le peuple le défendit.

au milieu de ces émotions (387) qu'une nouvelle

arriva des Gaules : Maxime avait levé une armée considérable ; il venait de franchir les Alpes; il marchait sur Milan. Justine s'enfuit avec son fils, et alla implorer, à Thessalonique, l'appui de Théodose. La population de Milan, dont l'immense majorité était catholique, avait accueilli Maxime sans résister. Ambroise, fidèle aux souverains qu'il avait combattus sur le terrain de la foi, s'éloigna de la ville et repoussa toute communication avec l'usurpateur. Théodose couvrit de sa protection l'enfant et la mère dépossédés. A la tête de troupes aguerries, il marcha à la rencontre de Maxime, le défit sur les bords de la Save, l'enferma dans Aquilée, le prit, et, le laissant égorger par ses soldats, vengea le meurtre de Gratien et une indigne trahison (27 août 388).

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