LA PENTECÔTE.. — PREMIÈRE PRÉDICATION
I prenons où nous l'avons laissé le récit des premières luit' a et des premiers triomphes du christianisme.
Rentrés à Jérusalem après l'ascension de Jésus-Christ, les apôtres n'ont plus qu'une seule pensée : accomplir la mission que le Maître leur a confiée.
Mais le crime de Judas avait laissé un vide dans leurs rangs. Ils invoquent le Seigneur, et, en remplacement du traître déicide, le sort désigne Mathias, l'un des plus anciens et des plus fidèles disciples de Jésus.
Puis, se rappelant les dernières paroles du Seigneur : « Attendez la promesse du Père, que vous avez reçue de ma bouche... Dans peu de jours, vous recevrez le baptême du Saint-Esprit, et sa vertu descendra sur vos tètes..., » ils se préparent, avec les disciples, à la célébration de la Pentecôte.
La Pentecôte était l'une des grandes solennités judaïques.^) C'était pour le peuple une fête à la fois religieuse et nationale. / Elle lui rappelait l'un des faits prodigieux de son histoire, si féconde en prodiges, les éclairs et le tonnerre du Sinaï, la voix de Jéhovah dictant la loi à Moïse, Moïse descendant de la montagne avec les tables sacrées, en un mot toutes les circonstances surnaturelles qui avaient présidé à sa constitution. Pentecôte signifie cinquantième. C'était, en effet, le cinquantième jour après le 16 du mois de Nisan, c'est-à-dire le second jour après la Pàque, que se célébrait la Pentecôte, qu'on appelait aussi, et pour cette raison, la fête des sept semaines. Chaque année, à cette commémoration du passé, les Juifs accouraient de toutes les parties du monde à Jérusalem.
Jérusalem, dont le souvenir seul faisait jadis pleurer les captifs de Babylone, exerçait encore toute sa puissance attractive sur ses enfants dispersés dans l'univers. Fleuves, mers, montagnes, déserts brûlés par le soleil, fatigues ou dangers de tout genre, intérêts commerciaux suspendus ou négligés, dépenses considérables, rien ne pouvait empêcher l'Israélite étranger d'accomplir, au moins une fois en sa vie, le saint pèlerinage à la montagne de Sion, aux tombeaux des aïeux,
au temple de Salomon. La dominai khi romaine qui pesait sur la nation juive n'avait point affaibli ce sentiment ou plutôt ce culte de la patrie. Partb.es, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Cappadoce et du Pont, de la Phrygie et de la Pampbylie, de l'Egypte et de la partie de la Libye qui avoisine Cyrène, de Crète, de Rome, de l'Arabie, tous, ainsi que nous l'atteste l'évangé liste, étaient fidèles au rendez-vous annuel.
Or les jours de la Pentecôte, qui devait suivre l'ascension du Sauveur, étaient accomplis. Les disciples, réunis dans le cénacle d'une maison qu'on croit être celle de Marie, mère de Marc, priaient et attendaient la réalisation des promesses du Maître. Tout à coup, vers la troisième heure, il se fit un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel et qui remplit toute la maison, et l'on vit en même temps des langues de feu qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur chacun de ceux qui étaient présents. Aussitôt ils furent tous remplis de l'Esprit-Saint, et commencèrent à parler diverses langues.
Cependant, au bruit étrange qui avait ébranlé la maison, la foule s'élait assemblée, et, mêlés à cette foule, les disciples racontaient les merveilles de Dieu. Etonnés de les entendre
parler chacun en sa propre langue, les Juifs disaient: « Une signifie ceci? »
Quelques-uns s'en moquaient, et disaient qu'ils étaient ivres. Alors Pierre, s'avançant avec les onze apôtres, éleva la voix et «lit :
« Juifs, et vous tous qui demeurez dans Jérusalem, écoutez mes paroles» « Voici que la prédiction du prophète Joël est « accomplie. Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répan-
■ lirai ilr i î esprit sur toute chair; en ces jours-la, mes
rviteurs et nus servantes prophétiseront; je ferai paraître
■ I uis le ciel et des prodiges sur la terre, et qui-
mque invoquera mon nom scia sauvé. » Israélites, écou-
Les apôtres prêchant.
tez encore mes paroles. Vous savez que Jésus de Nazareth était un homme que Dieu a rendu célèbre au milieu de vous par les merveilles et les miracles qu'il lui a fait faire sous vos yeux. Vous l'avez crucifié, cependant, et vous l'avez livré aux mains des méchants; mais Dieu l'a ressuscité. Élevé au ciel, il a reçu l'accomplissement de la promesse que Dieu lui avait faite d'envoyer son Esprit sur nous; vous le voyez maintenant.
— Frère, s'écria le peuple, que faut-il donc que nous fassions?
— Faites pénitence; que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »
Ce jour- là, trois mille hommes furent baptisés et se joignirent aux disciples de Jésus. Un grand nombre d'entre eux vendaient leurs biens et les distribuaient aux pauvres pour vivre eux-mêmes en commun, rompant ensemble le pain dans de saintes agapes, louant Dieu et aimés de tout le peuple.
Le christianisme venait de remporter sa première victoire.