ANTIOCHE ET THESSALONIQUE (387 ET
L'année qui précéda la défaite et la mort de Maxime fut signalée par un fait qui a vivement ému l'histoire. Antioche s'était révoltée. Cette ville, métropole de la Syrie, avait reçu de l'empereur des embellissements et des privilèges. L'impératrice Flaccilla, première femme de Théodose, y avait acquis des droits à la reconnaissance du peuple en visitant les hôpitaux, en soignant les malades de ses propres mains, en distribuant aux pauvres d'abondantes aumônes. Un nouvel impôt ayant été ordonné pour subvenir aux frais de la guerre projetée contre Maxime, Antioche murmura, injuria les officiers collecteurs du fisc, et, renversant les statues du souverain, celle de son père, de ses fils et de sa vertueuse femme, les traîna dans les rues. A cette nouvelle, l'empereur fit connaître qu'il réservait à l'ingrate cité une éclatante punition. Les théâtres, le cirque, les bains publics furent fermés. Dépouillée de toutes ses prérogatives, Antioche fut soumise à la petite
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ville de Laodicé prisons se remplirent Assis sur leur
tribunal, au milieu du forum, deux officiers du prince faii comparaître devant eux les accusés, et prononçaient il d'exil oa de mort La terreur planait sur la ville.
On \it ! it et instructif. Tandis que
dont il y avait eue., ic aiïluence dans Antio* se dérobaient à par une fuite prudente, les solitaires
■ mirons, descendant de leurs montagnes, vinrent apporirs malheureux frères et implorer la piété des juges. Chrysostome, de son coté, faisait entendre éloquentes exhortât ions dans les temples, dans les rues, et jusque dans le prétoire, où il accoi il les citoyens accu-
Le vieil évêque Flavien alla à Constantinople se jeter aux 3 de l'empereur, et demauder grâce au nom du divin fondateur de la religion, mort en pardonnant à ses bourreaux, 'dose se laissa fléchir et accorda une généreus listie.
ouations furent révoquées, les biens confisqués is el Antiocbe devint la capitale de l'Asie. Le retour de Flavien fut un triomphe. La ville entière se porta à sa rencontre : les rues et les places qu'il devait trav. semées de fleurs; on s'embrassait, on se félicitait, on louait la clémence de l'empereur, et, dans les temples, on faisait des prières pour sa prospérité et pour le succès de ses arm< Trois ans apri aiqui . non moins coupable qu'An-
■■ n'eut pas le même bonheur. Botheric, gouverneur de ta ville, avait fait jeter en prison, DOUT un fait d'odù
immoralité, on conducteur de chars dont le peuple avait cootume d'applaudir L'habileté' dans les jeux du cirqu< Le peuple ima son cocher favori, et, n'ayant pu l'obtenir, tua I
plusieui de ses officiers, qui détendaient leur traîna leurs cadai Isa mes.
KHI ministre Ru fin. Ti
Saint Arnbroisc interdit l'entrée de l'église à l'empereur Théodose.
dose donna des ordres implacables. La foule, réunie au cirque, fut assaillie par des troupes cachées dans les édifices voisins. Le massacre, qui dura trois heures, enveloppa les innocents comme les coupables. Sept mille personnes au moins périrent. Un marchand étranger avait conduit ses deux fils au spectacle. Il offrit sa fortune et sa vie pour la rançon de ses enfants. Les soldats consentirent à laisser vivre l'un d'eux; mais tandis que le père, pleurant et gémissant, les regarde l'un et l'autre et qu'il hésite, les sicaires impatients épargnent à sa tendresse l'horreur du choix ; ils égorgent les deux enfants.
Ambroise, saisi d'horreur à la nouvelle de l'épouvantable massacre de Thessalonique, s'éloigna de Milan comme pour fuir le meurtrier, qui s'y trouvait alors. De sa retraite, il adressa à l'empereur une éloquente réclamation en faveur des droits de l'humanité outragée :
« Ne vous laissez pas éblouir, lui disait-il, à l'éclat de cette pourpre qui couvre un corps infirme et mortel. Ceux à qui vous commandez sont de la même nature que vous, et vous servez avec eux le même Dieu, qui est le maître des sujets et des souverains. Oseriez-vous donc entrer dans son temple? Oseriez- vous étendre vos mains, encore teintes du sang innocent que vous avez versé, pour prendre le corps sacré de Jésus-Christ?... Retirez-vous, et n'ajoutez pas un nouveau crime à celui que vous avez commis. »
Ces libres remontrances firent pénétrer le remords dans l'âme du prince, mais ne le retinrent pas. Il se présenta, accompagné de sa cour, à la basilique de Milan. Ambroise tout à coup apparaît sur le seuil, lui reproche publiquement son forfait, et l'arrête. L'empereur, interdit, allègue l'exemple de David :
« David! s'écrie le saint évêque, vous l'avez imité dans son crime; imitez-le dans sa pénitence. »
L'empereur se soumit. Déposant les insignes de la puissance suprême, il vint, comme un suppliant, au milieu de
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s'avoua coupable et obtint à ce prix, après une expiatios de huit mois, l.i rémission de son péché et sa réintégralion dans la communion des fidèles*
Théodose consacra la sincérité de son repentir en publiant une loi qui suspendait les exécutions à mort pendant truite jours, depuis le prononcé de l'arrêt.
t Belle et admirable loi. dit Chateaubriand, qui donnait le temps à la colère de mourir, et à la pitié de naître! Sublime leçon, qui tournait au profit de l'humanité et de la justice I »
MEURTRE DE VAI.ENTINI EN. — DÉFAITE d'aRBOGASTK — PARTAGE DE L'EMPIRE. — MORT DE THÉODOSE
Théodose avait reconquis sur Maxime le trùne du jeune Valentinicn. Il fit quelque chose de plus grand et de plus • pie. dit Fléchier; ce trône, qu'il avait conquis, il le rendit. Valciitinien. du resté, se montra digne de la protection de Théodose. Ses mœurs étaient simples et même austères. Il aimait le travail, il était juste. Les historiens ses contemporains citent de lui des traits admirables chez un prince de dix-huit ans. On le blâmait d'avoir trop de goût pour h s jeux du cirque; il >Vn abstint On l'accusa d'intempérance; il multiplia les jeûnes. On lui apprit qu'une comédienne de Home exerçait sur ta jeunesse milanaise une dangereuse fascination; il la lit venir à la cour et la renvoya Bans la voir, pour l'exemple. Ses sœurs étaient en procès avec un orphelin; il voulut que l'affaire fut soumise au juge ordinaire, puis il les amena à acer à leurs prétentions. Sa mère, l'ambitieuse Justine, étanl morte, il se rallia à la foi catholique H apaisa les troublée que lis prédilections ariennes de si tutrice avaient excités. Un traître mit brusquement tin à ce règne, qui s'annonçait sous de si favorables auspi
Un Frank, Arbogaste, qui avait occupé de grandes charges militaires sous Gratien, et qui avait combattu avec une grande valeur sous les ordres de Théodose, dans l'expédition contre Maxime, s'était rendu maître de la maison du jeune souverain d'Occident. Ambitieux et habile, il rêva l'empire, distribua des faveurs, se fit des partisans, entoura Valentinien de ses créatures et le retint en quelque sorte prisonnier à Vienne , dans les Gaules. Valentinien fit connaître sa position à Ambroise et à Théodose ; mais il n'eut pas la patience d'attendre. Il appela le Barbare devant son trône, et lui remit l'ordre qui le destituait :
« Tu ne m'as pas donné le pouvoir, dit le Frank en déchirant le papier, tu ne peux me l'ôter. »
Valentinien, transporté de courroux, voulut le percer de son cpée et se frapper lui-même : on le désarma. Quelques jours après, on trouva l'empereur égorgé dans son lit (15 mai 392),
Arbogaste avait la couronne ; il la donna à l'un de ses anciens secrétaires, Eugène, rhéteur « qui ne savait que discourir » , dit Bossuet. Théodose se prépara deux ans à venger ce lâche assassinat. Enfin il marche sur l'Occident avec une formidable armée que grossissent les Barbares alliés. Un solitaire de la Thébaïde, Jean, lui a prédit la victoire. Ses principaux généraux sont Stilicon et Timase; il a dans ses rangs un soldat goth qui s'appelle Alaric, et qui sera un jour le destructeur de Borne. Le combat s'engage dans les plaines d'Aquilée. Théodose, à la tête de ses bataillons, fait le signe de la croix et s'écrie :
« Ou est le Dieu de Théodose? »
Une effroyable tempête souflle tout à coup dans la direction des ennemis, les aveugle et empêche l'effet de leurs flèches. Eugène, trahi par ses soldats, est conduit enchaîné aux pieds de Théodose, et reçoit la mort sous ses yeux. Arbogaste se tue lui-même (6 septembre 394).
Tli devenu par 5a victoire l'unique maître du monde
romain, se hâta, dans une sage prévision de l'avenir, de parr l'empire entre ses deux fils. Il assigna l'Orient à Arcadius, avec Rufm pour ministre, et l'Occident à Honorius, sous la direction de Stilicon. Au milieu des fêtes célébrées à Milan à l'occasion de ce grand acte politique, Théodose, épuisé avant l'âge, s'éteignit tout à coup dans la nuit du 27 janvier 395. Il avait cinquante ans à peine, et en avait régné seize.
« En montant sur le trône, dit Niebuhr, Théodose accepta une tâche qui devait le faire reculer d'effroi; c'est avec raison qu'il a reçu le nom de Grand. Il exécuta de grandes choses d'une façon grandiose; il fut le dernier empereur qui méritait le nom de César. »