‹ Les premiers siècles du christianismeChapitre 68 sur 74 · SAINT MARTIN · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN

Un grand acte de charité a popularisé la mémoire de saint Martin. Qui ne connaît l'histoire de ce jeune officier arrêtant son cheval, par une froide journée d'hiver, auprès d'un pauvre presque nu, faisant de son épée deux parts de son manteau, et jetant l'une sur les épaules du mendiant? C'est dans les Gaules, aux portes d'Amiens, que se serait accompli cet acte de touchante charité, raconté dans toutes les chroniques religieuses, et qui a tant de fois inspiré le pinceau des artistes. Martin, le héros de la scène, arrivait alors de Hongrie, où il était né, vers 316, et, à peine enrôlé sous les drapeaux de Constantin, il débutait ainsi dans la carrière des armes et dans la pratique de la religion chrétienne qu'il avait récemment embrassée. Constantin mort, Martin quitta le service et alla se ranger parmi les disciples de saint llilaire de Poitiers. D'accord avec son illustre maître, il fonda, non loin de Poitiers, le fameux monastère de I (360). Il y passa onze ans. Son

savoir, l'austérité de ses mœurs, son inépuisable charité, avaient étendu dans toutes les Gaules sa réputation. L'évoque de Tours, saint Lidoire, étant mort, il fut enlevé à sa chère solitude, et, ré lui, les fidèles le revétirenl de la dignité épiscopale. il administra son diocèse comme un monastère, conservant les habitudes ascétiques, md^ pour lui-même, doux, tolérant et dévoi é pour les autres. Partout où il y avait du bien à faire, on le voyait accourir. Il gagnait les âmes par sa bonté et les éclairail par sa parole Cet homme simple avait une fermeté qui ne fléchissait que devant Dieu. Maxime, après le meurtre

de Gratien, avait fait arrêter les évoques des Gaules qui étaient restés fidèles à son rival. Martin fut chargé d'aller à la cour de

Saint Martin partageant son manteau. ( D'après un tableau de Rubens.)

Trêves protester contre ces violences. Il accepta ce périlleux mandat, et ses représentations énergiques obtinrent la liberté

.li' ti -! dans le cours de cette mission qu'il

s'opposa .ni supplice de Priscillien et de ses complices. Vains efforts, comme nous lavons dit plus haut; les instances du fougueux évoque [thacius firent tomber Les têtes de l'hérésiarque el d disciples. L'année suivante, Martin étant

revenu à Trêves demander à Maxime la grâ le Narcès el

de Léocadius de rébellion, refusa de voir [thacius.

Maxime promit la grâce, mais exigea une réconciliation. Le pieux prélat, détournant les yeux pour cacher son dégoût, tendit la main au conseiller du meurtre de Priscillien, et, ayant ainsi, au prix d'une héroïque défaillance, racheté la vie des condamnés, il se hâta de quitter la ville de Trêves.

Sain! Martin a fondé dans les environs de Tours un monastère qui, sous la règle de saint Benoit qu'il adopta plus tard, ne devint pas moins célèbre que celui de Ligugé. 11 a !. un opuscule sur la Trinité', inséré dans la BïbHotlièque des Pères de l'Église. Il mourut à Candes, en Touraine, vers 390, et plus probablement en l'année 400.

Page 1