HÉGENCE DE PLACIDIE (425-450). — GUERRE DE PEI
— Al .1 II 'S ET BONIFACE. GENSÉRIC EN AFRIQUE
Aicadius était mort le 1" mai 408. Sous le nom de ce fantôme d'empereur, Rutin. Eutrope, Kudoxie, avaient gouverné l'Orient pendant treize années.
Arcadius laissait un fils, Théodose II, et trois filles, Pulchérie, Arcadia et Marina. Théodose n'avait que sept ans; le préfet du palais, Anthémius, reçut la tutelle du jeune souverain (i l'exerça jusqu'en 414, époque où Pulchérie, parvenue seizième année el créée Augusta, prit dans ses mains l'administration de L'empire, qu'elle dirigea quarante ans.
On crut voir alors Théodose le Grand revivre en sa petitefille.
I 11» pieuse, savante, Pulchérie, dit Gibbon, semblait avoir hérité des vertus et du génie de bod aïeul. »
C'est à elle que ce long règne dut, pendant trente ans, le calme dont il jouit. Elle avait fait de son palais une espèce de monastère où elle priait, jeûnait, chantait des psaumes avec ses sœurs, sans oublier jamais le service de l'État, dont elle était l'âme et la pensée dirigeante. Sa première préoccupation avait été de rendre son jeune frère digne des hautes destinées auxquelles l'appelait sa naissance. Elle l'entoura de maîtres habiles et voulut elle-même lui apprendre l'art de régner. Mais le prince resta rebelle à ces efforts. Nature indolente et frivole, il passa en quelque sorte sa vie à chasser, à peindre et à copier des livres, ce qui lui valut le surnom de Calligraphie.
Théodose II avait atteint sa vingt- sixième année (421), lorsque Pulchérie lui fît épouser Athénaïs, fille du sophiste athénien Léontius. Athénaïs, élevée dans la religion païenne, fut baptisée et reçut le nom d'Eudoxie. Son père lui avait appris les lettres; la nature lui avait donné l'âme d'un poète. Elle mit en vers plusieurs livres de l'Ancien Testament, entre autres la touchante églogue de Ruth et la dramatique histoire de Judith. Elle composa également une œuvre, étrange sans doute, mais qui frappe l'esprit d'étonnement, lorsque l'on songe aux connaissances qu'elle exigeait et aux difficultés qu'elle présentait : avec des hémistiches exclusivement empruntés à VIliade et à YOdyssée, elle écrivit un poème de deux mille trois cent quarante -trois vers sur la vie de Jésus- Christ.
Au retour d'un voyage en terre sainte, elle s'arrêta à Antioche, harangua le sénat, promit l'agrandissement et la restauration de la ville, distribua des secours et conquit tous les cœurs. Antioche lui éleva des statues.
L'orage souffla sur les dernières années de l'impératrice Eudoxie. Pulchérie, sa belle-sœur, redoutant une rivale dans cette femme éminente, dont la popularité et l'influence poli-
tique grandissaient chaque jour, parvint à exciter contre elle la jalousie du faible et crédule Théodose. Bannie de la cour, puis dépouillée de son rang, elle se retira à Jérusalem, où elle vécut dans la retraite, adoucissant son exil par l'étude et Les bonnes oeuvres. Elle y mourut à l'âge de soixante-sept ans, en protestant contre les accusations dont elle avait été l'objet (460).
Voici les faits principaux qui se rattachent au règne ou à l'époque de Théodose II.
Varanes V, roi des Perses, excité par ses mages, persécutait cruellement ses sujets chrétiens. Ceux-ci s'étaient réfugiés en grand nombre à Constantinople. L'ambassadeur perse les réclama
« Il faudra, dit l'empereur, les arracher de mes bras. »
De son côté. Varanes refusa de rendre des ouvriers employés dans ses mines, et repoussa les plaintes de quelques négociants romains qui avaient eu à subir dans ses États des violences et des déprédations. La guerre éclata (422). Ardaburius, chargé du commandement des troupes impériales, passa le Tigre, vainquit Narsès, général de Varanes, et contraignit le monarque persan à conclure un traité de paix pour cent ans, avec la condition expresse de respecter le culte et la personne des chrétiens.
En 123, au moment où Honorais mourait à Ravenne, Placidie, veuve de Constance, se trouvait à Constantinople avec son fils Valentinien. .ban , primicier ou premier secrétaire du prince défunt, s'était fait aussitôt proclamer Auguste par L'Italie, la Gaule et la Dalmatie. Il eu1 même L'audace d'endi - ambassadeurs à Théodose pour L'inviter à le reconnaître comme son collègue. Les ambassadeurs furenl chassés, et Aidaliunus recul L'ordre d'aller, avec son fils Aspar, châtier l'insolent usurpateur. Jean, surpris dans Aquilée, eut la main droite coupée. On le promena sur un ane, au milieu des huées
de la populace, et il fut décapité dans le Cirque (425). Cet homme, pendant son règne éphémère, avait eu une idée généreuse: il avait décrété l'abolition de l'esclavage.
Maître des deux empires, Théodose céda l'Occident à son neveu Valentinien III, alors âgé de six ans, et le fiança à sa fille Eudoxie. Placidie prit la tutelle, qu'elle garda vingt-cinq ans. Deux généraux illustres, Aétius et Boniface, dont elle avait demandé les services, auraient pu, en restant unis, sinon sauver l'empire, du moins en retarder la chute. Leur rivalité lui donna le dernier coup.
Boniface, gouverneur d'Afrique, prévenu mensongèrement par Aétius que la régente allait le rappeler pour lui ôter la vie, prend les armes et réclame le secours de Genséric, roi des Vandales. Genséric s'empresse de lui amener d'Espagne cinquante mille hommes, auxquels se joignent les bandes nombreuses des donatistes qui, frappés dans leurs biens et dans leurs personnes par les édits des empereurs, accueillirent le roi barbare, ennemi des catholiques, comme un libérateur.
Boniface reconnut enfin la perfidie d'Aétius, mais il était trop tard pour arrêter les fléaux qu'il avait déchaînés sur l'Afrique. En vain il offrit des sommes énormes à Genséric pour lui faire quitter le pays; en vain il le combattit avec tout le courage du remords; en vain il appela à son aide les forces de l'Orient, les troupes romaines furent écrasées, les campagnes dévastées, les populations égorgées. Cirtha ouvrit ses portes aux Barbares; Hippone, après un long siège de quatorze mois, succomba au moment même où Augustin, son illustre évêque, rendait le dernier soupir (430). Carthage résista pendant quelques années; mais Genséric finit par s'en emparer, le 13 octobre 439, la pilla, démolit ses murailles et y établit sa résidence.
Boniface désespéré avait abandonné cette terre qu'il ne pouvait plus défendre. Placidie l'accueillit avec bonté, et lui
conféra même te titre de patrice et de maître général des armées d'Occident. Irrité de ces honneurs décernés à un rival qu'il avait voulu perdre, Aétius accourut en Italie à la tête d'une multitude de Barbares, livra bataille à Boniface et fut vaincu. Mais, blessé dans le combat par son adversaire luimême, Boniface no survécut que trois mois à son triomphe. Sa mort fut celle d'un héros chrétien et d'un grand citoyen : il pardonna à Aétius, et, préoccupé des malheurs de sa patrie qui avait besoin plus que jamais d'un bras puissant, il conjura sa femme, riche Espagnole, qui allait devenir veuve, d'épouser Aétius et de le forcer ainsi, par la reconnaissance, à ri Bter lidèle à la cause nationale (432).
Aétius, déclaré rebelle, se retira chez les Huns, qu'il devait combattre si glorieusement un jour; puis, sûr de son pardon, il reparut à la cour de Bavenne et fut élevé à la dignité de patrice.
Aétius était un de ces hommes dont l'appui, précieux en toutes circonstances et partout, était indispensable en face des dangers nouveaux qui menaçaient l'Orient et l'Occident.
ATTILA. — INVASION DES HUNS EN ORIENT. — AMBASSADE DE THKODOSE A ATTILA. — LE CAMP DKS DARDARES. — MuHT DE THÉODOSE (440-450).
I • - 1 1 uns. peuple nomade appartenant, suivant les histo-
les plus autorisés, a la rare turco-tartare, avaient
depuis soixante ans couvert de leurs hordes le paya qui
nd entre la Theisa e1 te Volga, l'eu à peu ils s'avancèrent
le Danube, cbassanl devant eux les nations germaniques
et les précipitant sur l'empire romain. Vera 140, Roas, leur
mourut, laissant le commandement à ses neveux Attila
i, lils de Mundzouk. Attila c'était paa homme
contenter d'un pouvoir partagé. Il tue son frère, réunit sous ses ordres les tribus éparses des Huns, et commence l'œuvre de destruction et de conquêtes à laquelle il se dit appelé de Dieu.
Théodose II payait à son oncle Roas un tribut annuel de trois cent cinquante livres d'or (370000 fr.); Attila lui fait acheter la paix au prix du double de cette somme.
Puis il soumet à son empire, de gré ou de force, les Gépides, les Ostrogoths, les Suèves, les Alains, les Quades et les Marcomans.
Vainqueur du monde barbare, traînant avec lui un cortège de rois, suivi de sept cent mille guerriers, il marche vers le monde civilisé.
Les historiens nous ont tracé ainsi le portrait d'Attila : petit de taille, il avait la tête crosse et le visage difforme, le teint basané, la barbe et les cheveux rares, la poitrine large, l'œil cave d'où le regard étincelait, la démarche hère et menaçante. C'est le portrait d'un Kalmouk.
Au moral il était, selon ses intérêts, franc ou dissimulé, juste ou injuste, tempérant ou dissolu, humain ou cruel. Il se montrait hardi sans témérité, profond dans le conseil, prompt dans l'exécution, infatigable, sans scrupule, sans religion. Il semblait né pour effrayer la terre, ébranler les empires et porter, d'une extrémité du monde à l'autre, les foudres de la colère divine.
Un ermite l'avait appelé « Fléau de Dieu »; il adopta ce surnom et prouva aux peuples qu'il le méritait.
« Où mon cheval a passé, disait -il, l'herbe cesse de croître. »
Et il ajoutait :
« L'étoile tombe, la terre tremble; je suis le marteau de l'univers. »
Il avait d'ailleurs habilement frappé l'imagination de
li - barbares, à l'aide do contes merveilleux où sa puissance semblait affirmée par la Divinité. Un berger lui ayant apporté une épée qu'il avait trouvée dans les herbes, el dont la pointe avait blessé le pied d'une génisse, Attila annonça à guerriers que le dieu des batailles lui envoyait son propre glaive, comme te signe de la domination suprême qu'il remettait ru ses mains.
T< I est l'homme et tel est le peuple qui vont bouleverser un empire el précipiter la ruine de l'autre.
Les Huns pénètrent en Orient <ïll), ravagent les deux Mœsies (Bulgarie el Serbie actuelles), s'étendent dans la Thrace, dans l'illyrie. et font, partout où ils passent, de vaste- solitudes. En cinq ans < li 1-446), soixante-dix villes s'écroulent sous le torrent barbare, entre autres Sirmium, Singidunum (Belgrade), Ratiaria, Marcianopolis, Naïssus, Sardica, c'està-dire toutes les places fortes qui constituaient la défense de l'Orient du côté du Danube.
Attila, maître du pays sur une ('tendue de cinq cents milles. de l'Euxin à l'Adriatique, envoie aux empereurs Théodose et Valentinien un député qui leur dit :
Attila, mon maître et le vôtre, vous enjoint d'avoir à lui préparer un palais, o
Les Huns ne tardèrent pas à marcher sur Constantinople. Trois fois ils battirent les troupes mal disciplinées et mal commandées de Théodose, et déjà ils pénétraient dans les foubourgs de la capitale, lorsqu'un tremblement de terre, qui renversa une partie des murailles, vint joindre ses désastres à ceux de l'invasion.
Théodose implora la pitié du roi des Huns, et souscrivit à toutes les conditions que ce dernier lui imposa: cession de terrée sur les bords du Danube, augmentation du tribut annuel de ept cents Livres d'or à mille livre-., payement immédiat «l'une somme de Bis mille livres pour les frais de la guet 1 1 ,
Attila, du reste, ne reçut pas seulement de l'ont des terres; Théodose crut devoir y ajouter le titre de général de l'empire.
« Les généraux des empereurs, dit le Barbare en riant, ne sont que des esclaves; les généraux d'Attila sont des empereurs. »
Ses exigences augmentaient en proportion de l'avilissement qu'il rencontrait. De sa résidence d'Etzelhurg, sur les bords du Danube, il envoyait des députés à Théodose pour l'insulter jusque dans son palais, en réclamant avec des menaces l'exécution plus stricte des traités, en arrachant à sa faiblesse de nouvelles sommes, en lui enjoignant de renoncer à toute suzeraineté sur les terres qui lui avaient été concédées. . Dans l'une de ces ambassades, qui arriva à la cour d'Orient en 449, se trouvaient deux hommes qui devinrent célèbres : Oreste et Édécon. Oreste, noble Pannonien, fut le père de Romulus Auguste, dernier empereur romain. Edécon, ainsi que l'établit l'historien Gibbon, eut pour fils Odoacre, le premier roi barbare d'Italie.
Théodose n'était pas seulement faible, il était lâche. D'accord avec l'un de ses ministres, l'eunuque Chrysaphius, il fit proposer à Édécon d'assassiner Attila, moyennant une grosse somme d'argent. Le Barbare ayant pris la somme, on crut qu'il acceptait la proposition.
Leur mission terminée, Oreste et Édécon partirent de Constantinople, accompagnés d'une ambassade brillante et nombreuse, qu'à son tour Théodose envoyait à Attila, et dont les chefs étaient l'historien Priscus et l'un des grands personnages de sa cour, Maximin.
Priscus nous a laissé les détails les plus intéressants sur la réception faite à l'ambassade romaine et sur les mœurs des Huns. Le vaste royaume d'Attila n'avait pas une seule ville. Sa capitale était un camp sur la rive gauche du Danube, aux environs d'Agria ou de Tokai, peut-être même dans ces plaines
que la bataille d'Austeriitz a rendues à jamais célèbres. Les - molli premjers conquérants asiatiques s'étaient
converti! banes de bois, de paille et d'argile. Le palais
rois, vaste édifice flanqué de tours, environné d'une enceinte de planches et placé sur une éminence, avait été construit par un architecte emmené captif de Sirmium. Tout aupi vail le palais de ses femmes, dont la reine prinri-
pale se nommait Cerca. Plus loin, disposées symétriquement, se trouvaient les demeures de sa cour.
Lorsque Attila entra dans son camp, une nombreuse troupe de jeunes filles vint à sa rencontre, chantant des vers à sa louange et soutenant en l'air, comme un dais, des voiles de toile blanche. La femme d'Onégése, son premier ministre, suivie d'une multitude d'esclaves, offrit au héros, quand il i devant sa demeure, du vin et des mets préparés pour lui. Attila, sans descendre de cheval, prit, sur une table d'argent massif que des seigneurs de sa cour élevèrent à sa hauteur, une coupe pleine devin, l'approcha de ses lèvres, et, après avoir salué la dame, rentra dans son palais. Le lendemain, ayant fait placer un siè^e à la porte, il passa une partie du jour à entendre et à juger les contestations de ses suj< !s.
Les députés romains furent admis au festin d'Attila. Le chef des Huns, accompagné de ses fils et de plusieurs princes de haute distinction, alla s'asseoir à une table élevée de quelques marches au-dessus des autres. Le reste des convives prit p par groupes de trois ou quatre, à chacune des petites tahles disposées autour de la table royale. Vêtu av. c !a plus grande implicite, n'ayant d'autre parure que ses armes, il affectait de
rvir de COUpcs et de vases de DOIS, taudis que eeiix qui
-uraient mangeaienl et buvaienl dans des vases d'or et
lr que aervice, Attila vidait trois COUpeS à la santé
«le l'un .! incipaux officiers, qui «levait recevoir debout
cet honneur et répondre à son tour par un toast. Le festin
achevé, le vin resta, et chacun lutta d'intempérance. Des poètes, introduits dans la salle du banquet, chantèrent la valeur d'Attila, ses exploits et ceux de ses ancêtres :
« Nous combattions avec l'épée, disaient-ils; les aigles et les vautours poussèrent des cris de joie; les vierges pleurèrent longtemps. Les heures de la vie s'écoulent. Quand il faudra mourir, nous sourirons. »
En entendant ces chants guerriers, les jeunes gens sentaient leur cœur palpiter d'une ardeur nouvelle, et les vieillards, dont l'âge avait brisé les forces, versaient des larmes. Ensuite vinrent des bouffons qui excitèrent d'immenses éclats de rire. Grave, immobile au milieu de ces scènes bruyantes, Attila, absorbé dans ses pensées, s'appuyait sur l'épaule d'Hernak, le plus jeune et le plus cher de ses fils, et parfois caressait ses joues.
Cependant Édécon avait révélé à son maître l'indigne trahison que lui avaient proposée Théodose et Chrysiphius. Attila, respectant le caractère sacré des ambassadeurs, congédia Maximin et Priscus, que rien n'accusait d'ailleurs de complicité, et se contenta de renvoyer Oreste à Constantinople, avec la bourse donnée à Édécon pour le prix de l'assassinat et une lettre ainsi conçue :
a Attila et Théodose sont fils, l'un et l'autre, d'un père illustre ; mais Théodose, en se soumettant au tribut, a perdu sa noblesse et n'est plus que l'esclave d'Attila. Il est donc indigne de sa part de tendre des embûches à son maître, comme un esclave déloyal. »
La mort déroba Théodose à la vengeance d'Attila. Le dijme fils d'Arcadius, sourd trop tôt et trop souvent aux conseils de sa sœur Pulchérie, misérable jouet de ses eunuques favoris, succomba, âgé de cinquante ans, aux suites d'une chute de cheval (28 juillet 450), après quarante-trois ans d'un règne qui ne peut revendiquer, comme titre glorieux, que la publi
LES PREMIERS SIÈCLES DU CHHISTI ANISM I-:
cation du premier recueil des lois romaines, dont nous avons parlé plus liant.