CHAPITRE III
LA SOUVERAINETÉ DU PAPE ET l'iNTERVENTION FRANQUE
Le roi Aistulf s'empare de Ravenne. — Il menace le duché de Rome. — I/annexion considérée au point de vue religieux. — Le sentiment national romain, antilombard. — L'autonomie romaine ne peut se constituer que sous la direction du pape. — Comment les Francs comprenaient la question.
Aistulf, successeur de Ratchis en 749, n'avait pas tardé à tourner ses arnies contre Ravenne. On ne sait au juste à quel moment il s'empara de cette ville; l'Exarchat finit misérablement, si misérablement que nous n'avons aucun détail sur ses derniers moments, pas même la date de sa mort. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, dès le mois de juil-
let 751 ^ le roi lombard était installé dans le palais des exarques, et que son autorité s'étendait désormais sur tout l'ancien territoire impérial entre le Pô, l'Adriatique et l'Apennin, il avait même conquis Gubbio au delà des cols; mais Pérouse, Todi, Amelia, lui avaient échappé, ainsi que le duché de Rome. Il le menaçait, lorsque le pape Etienne, à peine installé, parvint à négocier avec lui une paix qui devait durer quarante ans. Ses envoyés lurent le diacre Paul, son propre frère, et le primicier des notaires, appelé Arnbroise. On était au mois de juin 7.72. L'automne suivant^ la trêve fut rompue, on ne sait sous quel prétexte. Le biographe pontifical se borne à accuser le roi de parjure. Cependant les hostilités ne s'ouvrirent pas. Aistulf se bornait à réclamer des habitants de Rome un tribut personnel, à raison d'un sou d'or par tète; il se proposait, en outre, d'étendre sa « juridiction » sur Rome et ses dépendances. Ce n'était pas tout à fait l'annexion, c'était un protectorat onéreux. Les Romains furent consternés.