‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 12 sur 74 · J. 1018. 5 oct · texte numérisé non relu

J. 1018. 5 oct

bards comme rennemi commun et ne pas s'allier avec eux. Saint Grégoire, dans sa correspondance avec les héritiers de Gontran et de Childebert, s'abstienl de ces considérations. De son temps, du reste, l'empire avait renoncé à ])rovo([ucr de nouvelles expéditions franques en Italie. Elles lui coulaient cher et n'aboutissaient à rien. A plus forte raison n'y songea-t-il pas au huitième siècle, quand les conquêtes de Liutprand mirent en danger Ravenne et l'Exarchat. CommenI Charles-Mariel et Pépin, dont les relations avec le roi lombard é( aient en somme assez amicales, se seraientils inquiétés de ses querelles avec les Grecs ses voisins? Que leur importait cette archéologie politidue ?

Mais autre chose étaient les intérêts de l'exempire romain, autre chose les intérêts du sanctuaire apostolique. La différence sautait aux yeux de tous, en France et à Rome. Les souverains francs se sentaient obligés, comme princes chrétiens, à écouter le Père commun des fidèles et à lui prêter main-forte dans ses nécessités. Et cette obligation leur apparaissait, au for intérieur, comme très pressante. La négliger, c'était s'exposer à de graves dan-

gers personnels. Saint Pierre est le prince des apôtres; il est encore le portier du ciel. Cette circonstance, dont la valeur échappe en général aux hommes politiques d'à présent, était de nature à faire réfléchir un prince carolingien et même à peser sur sa politique.

Un auteur fort sérieux de ces temps-là, le vénérable Bède, nous a conservé une histoire qu'il est utile de rappeler ici, car elle donne une exacte idée de cet état d'esprit.

Le roi anglais Oswy (664) avait été prig pour arbitre en un grand débat religieux où le bon ordre et le progrès général de son peuple étaient intéressés. Deux partis étaient en conflit à propos du calcul de la Pâque, le parti irlandais et le parti romain. Les irlandais se réclamaient du patronage de leur grand saint Columba et le faisaient hautement valoir. Les autres parlaient très haut de l'apôtre Pierre. Ils en vinrent à citer le célèbre passage de l'Evangile : « Tu es Pierre... je te donnerai les clefs du royaume des cieux. )> Ici, le roi arrêta la discussion et demanda aux Irlandais s'ils convenaient que ces paroles eussent été adressées à saint Pierre. Puis, sur leur réponse affirmative, il leur dit : (c Eh bien, c'est

là un portier avec qui je ne veux pas me faire (les affaires; car quand j'arriverai à l'entrée du royaume des cieux, si j'étais mal avec celui (pii en a les clefs, j'aurais chance de rester dehors. »

Bède, qui n'était pas à moitié anglais, peut avoir mis un peu criuiniour dans sa narration. Les lettres du pape à Charles-Martel et à Pépin sont d'un autre ton. Mais le sentiment est le même. Travaillons pour saint Pierre, nous nous en trouverons hien dans l'autre monde et même dans celui-ci.

Les propos que Ton pouvait tenir, en partant de là, aux Francs et à leurs princes, passaient évidemment à une grande hauteur audessus de la tête du duc de Rome. L'idée ne pouvait venir à personne que les Francs se lanceraient dans la grosse aventure d'une querelle avec les Lombards en vue de procurer aux Romains le plaisir de rester Byzantins, et à l'état-major du Palatin, la sécurité nécessaire pour les aider à goûter cet avantage. Les conditions de l'intervention franque étaient (racées par la nature des choses. Le royaume lombard devrait laisser en paix le territoire romain; la protection franque le couvrirait.

se substituant à la protection impériale devenue impuissante; clans les rapports avec le souverain grec,' on supprimerait tout ce cpii serait incompatible avec les nouvelles relations; le pape serait le maître à Rome et dans le duché. C'est ce qui lut proposé dès le premier moment; il était impossible de proposer autre chose.

Mais entre proposer et faire accepter, il y a de la marge. Grégoire III avait proposé et Charles-iMartel avait reiïisé. Il est vrai, comm.3 on l'a vu, le danger n'était pas alors aussi pressant que le pape le voyait, et le prince franc avait plus d'une raison grave de ne point intervenir. Mais la démarche du pontife avait lait une sensation très vive. Le continuateur de Frédégaire, (jui écrivait sous l'œil de Childebrand, frère de Charles-Martel, parle de cette ambassade en termes pompeux, avec une fierté visible. Et cela est d'autant plus remarquable que ce chroniqueur, comme ses patrons, ne porte en général aux choses ecclésiastiques qu'un intérêt des plus médiocres.

Le pape Zacharie, soit en personne, soit par l'intermédiaire de saint Boniface, fut assez souvent en relations avec Pépin et Carloman.

Mais il ne s'agissait entre eux que des affaires ecclésiastiques de France, de la mission d3 Germanie et de la réforme intérieure. Jamais il ne fut question des Lombards et de leurs querelles avec les Romains. Zacharie se trouvait en situation de résoudre par lui-même les difficultés de cet ordre; il n'implora pas l'intervention des Francs dans les affaires de l'Italie, Au contraire, ce furent les Francs qui le mêlèrent à leurs propres questions politiques. Avant de franchir le fameux pas et de substituer à l'ancienne race royale la famille des parvenus austrasiens, on crut devoir consulter le pape et s'autoriser de son approbation.

Cet événement suffit à montrer combien était imposante, aux yeux des Francs, la majesté du pontife de Rome. En ce qui regarde plus spécialement la nouvelle dynastie, c'était un service inappréciable. Il était encore tout récent quand les événements mirent le pape p]tienne II dans la nécessité de s'en prévaloir.

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