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Le biographie ne parle pas de l'aristocratie militaire

ËTItlNNE li. 71

les Romains virent arriver trois corps d'armée : l'un, venu de Toscane, prenait position devant les portes de Saint-Pancrace et de Porto; le second, commandé par le roi luimême, débouchait sur la rive gauche du Tibre et menaçait la porte Salaria; le troisième, formé dans le duché de Bénévent, bloquait les portes de Latran et de Saint-Paul. La dévastation de la camiiagne lut menée avec une extrême rigueur. L'investissement était assez étroit; cependant le pape parvint à faire sortir de Rome de nouveaux envoyés qui prirent la voie de mer et se rendirent auprès de Pépin; c'étaient l'évéque d'Ostie, Georges, deux nobles romains, Thomaricus et Comita, ainsi qu'un missus de Pépin, un abbé franc nommé Warneharius, cfui avait pris part à la défense, endossant la cuirasse pardessus son froc et montant la garde aux remparts. Les lettres dont ces personnages étaient chargés sont au nom])rc (ic h'(-is '. la pi'cmière au nom du pa!)c seul la seconde de môme teneur, au nom fhi pape, des évè(|ues suburbains, des pi'ètres. diacres, ducs, car-

tulaires, comtes, tribuns, de tout le peuple et de toute l'armée; celle-ci est adressée non seulement au roi Pépin, mais encore à ses deux fds, à tous les évêques, abbés, prêtres, moines, ducs, comtes et à toute l'armée des Francs. La troisième est adressée aux mêmes personnes que la précédente; mais elle est censée écrite par l'apôtre saint Pierre : Ego Petrus apostolus. Dans sa forme extraordinaire, cette pièce exprime naïvement le sentiment sur lequel on comptait le plus : le prince des apôtres, le portier des cieux, était menacé dans son sanctuaire: lui venir en aide était un devoir sacré: en se portant à son secours on acquérait des droits spéciaux à sa reconnaissance et à son patronage.

Ces cris de détresse lurent entendus. L'armée franque s'ébranla de nouveau vers le Mont-Cenis, et Rome fut aussitôt dégagée. Pendant que Francs et Lombards combattaient aux cluses, et qu'Aistulf vaincu et poursuivi se renfermait de nouveau dans Pavie, le silentiaire Jean reparaissait à Rome, escorté d'un autre dignitaire, le grand secrétaire Georges (proto a sécréta): ils avaient une mission pour le roi des Francs. Le pape les fit

accompagner par un homme de confiance, qui s'embarqua avec eux pour Marseille. Là, ils apprirent que Pépin était déjà en Italie. Très inquiets de ce qui se passait, les diplomates byzantins s'arrangèrent pour retenir le délégué pontifical à Marseille pendant (pie l'un d'eux, Georges, se rendait en toute hâte auprès de l^épin. Il le rejoignit aux environs de Fa\ie et fit les plus grandes instances pour obtenir que Ravenne, l'Exarchat et les autres cil es en fitige fussent remises au gouvernement impérial [impeviali concéder et clilioni) ^ Ce l'ut peine perdue. Pépin protesta qu'il ne s'était mis en campagne que pour l'amour de saint Pierre et la rémission de ses péchés; que nulle offre d'argent n'aurait d'action sur lui. Congédié avec cette solution, le légat impérial, assez déconfit, revint à Rome, d'où il regagna Constantinople.

1. Ce terme a, pour le biographe, un sens bien différent du mot respuhlica; celui-ci, il l'emploie jusqu'à la fin de la vie d'Etienne 11, en des circonstances où il n'a évidemment pas le sens de pays soumis à l'empire. Aiilsi, Didier promet, en 757, de rendre reîpuhlicce les cités conquises par Liutprand; le pape Etienne, mort au cours de cette négociation, finit rempuMicam dilatans.

Quant à Aistulf, il se vit bientôt réduit à traiter. Les conditions furent un peu plus dures que la première fois. Comacchio fut joint à la liste des territoires cédés ; Pépin imposa une forte contribution de guerre et rétablit le tribut que les rois lombards payaient autrefois aux Francs. Pour assurer l'exécution du traité, l'abbé Fulrad, demeuré en Italie avec un petit corps d'armée, se rendit de ville en ville avec des commissaires lombards et se fit remettre partout les clefs des cités, des otages et des délégués de l'aristocratie (primati). Escorté de ces représentants du pays cédé, il vint à Rome et déposa dans la confession de saint Pierre, outre les clefs des villes, l'acte par lequel le roi Pépin en faisait don à l'apôtre, à son vicaire et à tous ses successeurs.

Nous n'avons plus le texte de cette donation, mais la vie d'Etienne II nous a conservé la liste des territoires cédés au Saint-Siège. On y trouve d'abord Comacchio et Ravenne; puis le pays compris entre l'Apennin et la mer, depuis Forli au nord jusqu'à lesi et Sinigaglia au sud. Ancône et le reste de ce qu'on appela plus tard les Mar<:hes n'y figure pas, pas plus

que Faenza, Imola, Bologne et Ferrare.

L'état pontifical avait donc encore bien des progrès à faire au nord de l'Apennin. Au sud de la chaîne, Eugubium (Gubbio) est seule mentionnée. Son territoire touchait à celui de Pérouse, laquelle était encore romaine.

Sauf Narni, annexée jadis au duché de Spolète 1 et qui fut rendue en 756, les « restitutions » d'Aistulf représentaient ce qu'il avait conquis lui-même, l'Exarchat et la Pentapole à leur dernière période. A Rome on s'en contenta tout d'abord; mais on n'avait pas encore perdu le souvenir d'un temps où ces provinces avaient d'autres limites. Il y avait à peine trente ans que Bologne au nord, Osimo au sud, avaient été annexées. On ne tarda pas à se demander s'il n'y aurait pas moyen de ressaisir les conquêtes de Liutprand tout comme on avait repris celle d'Aistulf.

L'occasion se présenta bientôt. Quelques mois seulement après le départ de l'armée franque, Aistulf mourut d'un accident de chasse. A Rome on s'en réjouit fort, et, comme

la mort du roi était survenue un an après sa dernière expédition, on y vit le doigt de la Providence. Pour comble de satisfaction, le trône vacant fut aussitôt disputé par deux compétiteurs, entre lesquels il était aisé d'intervenir : Didier, duc de Toscane, et Fancien roi Ratchis, frère du défunt, maintenant moine au Mont-Cassin. Didier se mit en rapport avec le pape et lui promit tout ce qu'il voulut. Etienne lui députa en Toscane l'abbé Fulrad, accompagné de son propre frère Paul et du « conseiller » Christophe. Didier s'engagea à rendre à la <( république » les cités qui manquaient, civitales quœ remanserant^ c'est-à-dire^ Faenza, Imola et Ferrare, à l'ouest de l'Exarchat; .Vncône, Osimo et Umana, à l'est de la Pentapole. Un acte fut signé sous les yeux de Fulrad. Les promesses ne coûtaient guère au prétendant; en insistant un peu, on l'amena à promettre Bologne.

Le pape Etienne était transporté de joie. Il s'épanche dans une lettre écrite en mars ou avril 757 au roi Pépin ^. Etienne, grâce à la

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