Probablement à Fangle nord, au-dessus de
du huitième siècle, alors, que, les défenses extérieures de Rome laissant à désirer, le Latran était devenu moins sûr. Depuis Zacharie toutefois, le Latran réparé, abrité par les remparts que l'on avait remis en état sous Grégoire II, était redevenu la résidence ordinaire du pape. Outre l'administration diaconale, à laquelle ressort issaient toutes les questions de personnel, tous les services charitables, en général tout ou presque tout ce qui regardait le temporel, le palais de Latran abritait encore d'autres services :
1° Le gouvernement du palais lui-même, dirigé par le vice dominus (vidame) auprès ou à la place duquel apparaît, dès le déclin du huitième siècle, le superisia. Du vidame relèvent les cubicularii (chambellans), les cellerarii, (cellériers), les stralores (écuyers), etc. Le nomenculator est le grand maître des cérémonies; le vestarariiis ou prior vestiarii est le gardien du trésor, des réserves de mobilier précieux, etc.
Sainte-Marie Antique. L'emplacement est occupé par un bosquet de chênes-veits, qui est un des plus charmants endroits de Rome.
2° La chancellerie, dont les employés s'appelaient notarii ou scriniarii. Parmi eux il y avait un groupe qualifié, les sept notaires régionnaires. Les deux premiers de ceux-ci, le primicerius et le secundicerius, étaient au nombre des grands dignitaires de l'Eglise. Le primicier des notaires figurait, avec l'archiprêtre et l'archidiacre, dans le triumvirat auquel, à la mort du pape ou en cas d'absence, revenait de droit la direction de l'Eglise romaine. Ce haut fonctionnaire était aussi dépositaire des archives et gérant de la bibliothèque. Cependant, au temps où nous sommes, les fonctions de bibliothécaire commencent à se détacher du notariat.
Il n'est pas encore question du primiscrinius ou protoscï'inius, qui succédera plus tard au pi'imicier comme chef réel de la chancellerie.
3*" L'administration financière, dirigée par Yarcarius, caissier en chef, et i)ar le saccellarius, payeur général. On peut y rattacher le corps des délenseiirs, personnes chargées des rapports avec les tribunaux, et notamment de l'exécution des sentences ecclésiastiques. C'est un service d'avouerie et de police; comme les notaires, les défenseurs ont une aristocratie
de sept régionnaires, à la tète desquels apparaît un primicier.
Quelques-unes de ces fonctions se laïcisèrent dès le neuvième siècle; les autres demeurèrent aux mains des ecclésiastiques i. Celles-ci formèrent de bonne heure la catégorie spéciale, très qualifiée, des sept juges palatins, savoir : le primicier et le secondicier des notaires, Yarcarius, le sacceUarius, le protoscrinius, le premier des délenseurs, le nomenclateur.
Il est question aussi du consiliarius^ de Vordinalor; la première de ces fonctions confiée tantôt à des laïques, tantôt à des clercs, paraît avoir été fort importante; elles disparaissent l'une et l'autre après le huitième siècle.
Le pape desservait directement l'église de Latran, comprise dans la domus ecclesiœ, depuis le temps de Constantin. Pour beaucoup de cérémonies cependant, il se transportait, avec toute sa cour, à Sainte-Marie-AIajeure, ou dans les autres basiliques urbaines ou
1. Mais, le plus souvent, d'ecclésiastiques qui, n'ayant point reçu les ordres majeurs, n'étaient nullement astreints au célibat.
suburbaines. Au Latran, le service religieux quotidien était présidé alternativement par un des sept évoques les plus voisins de Rome. C'est de cette spécialisation dans l'ensemble des suffragants du pape que provient la catégorie des cardinaux-évêques K
Le clergé romain se recrutait par deux voies, suivant la condition sociale des aspirants. Ceux de la classe populaire étaient élevés dans une sorte de séminaire, la Schola cantonun, qui se trouvait à peu de distance du Latran. Cet établissement s'appelait aussi l'Orphelinat, Orphanoivophium. Les enfants de la classe noble entraient au palais pontifical, où ils prenaient place parmi les cubicularii. Les uns et les autres étaient tonsurés tout d'abord; ceci les agrégeait au clergé romain et leur donnait le privilège, très envié, d'orner leurs chevaux d'une housse de couleur blanche. Au terme du noviciat, on avait le degré d'acolyte; les autres ordres mineurs n'étaient plus exercés réellement et leur collation, dans l'intérieur de la Schola cantorum
1. Voir sur ce sujet mon mémoire Le sedi épiscopali nelVantico ducato di Roma, dans le tome XV de VArchivio Romano di storia patria.
OU du palais pontifical, avait perdu toute importance. Les acolytes étaient répartis entre les titres presbytéraux; c'était tout le clergé des cardinaux prêtres. Ces clercs n'étaient pas soumis au célibat. En général on se mariait, et l'on ne s'astreignait au célibat que plusieurs années après, quand on était promu aux ordres supérieurs. .Même alors, on ne rompait, en fait de rapports de famille, que ce qu'il fallait rompre. Les femmes des clercs supérieurs n'étaient pas cloîtrées; elles participaient môme, dans une certaine mesure, à l'avancement de leurs maris, devenaient diaconœ, presbyterœ, episcopœ. Le jour où les maris étaient promus au sacerdoce ou au diaconat, il y avait aussi, pour leurs épouses, une sorte de cérémonie (jui consacra ii leur élévation en dignité.
Outre les clercs ordonnés, cpii, pour la plupart, avaient eu le temps de faire souche, il y avait encoi'c la catégorie fort nombreuse des clercs non ordonnés, employés des services de chancellerie ou d'administration, notaires, défenseurs, chambellans, cellériers, etc. Tout cela constituait ne sorte de caste cléricale qui fournissait à la Schola cantovum le recrute-
ment nécessaire, peuplait tous les emplois ecclésiastiques, et, se icni'orçant au cubicuhun sacrum par l'accession d'éléments aristocratiques, atteignait les plus hauts degrés de la sainte hiérai'chie, y compris le pontificat luimême. Quand le pouvoir temporel fut définitivement organisé, cette hiérarchie se trouva chargée de gérer beaucoup de choses qui lui étaient primitivement étrangères. Son relief et son attrait grandirent considérablement; le cubicuhun, comme porte d'entrée, fit une redoutable concurrence à l'Orphelinat. Ce fut, comme on le verra, une rude épreuve pour l'esprit ecclésiastique.
Les finances pontificales ^ avaient encore pour base |)rincii)ale la propriété foncière. Des immenses patrimoines que les lettres de saint Grégoire nous révèlent, une bonne partie avait disparu, grâce aux confiscations prononcées par le gouvernement byzantin. Le pape ne tirait plus rien de ses anciens domaines de Sicile et de Calabre; peu de chose et avec beaucoup de peine, de ceux qui pou-
1. Cf. le livre de Paul Fabre, De patrimoniis s. Romance ecclesiœ. Paris, 1892.
valent lui rester en Istrie ainsi que du côté de Naples et de Gaète. Le plus clair de son revenu lui venait des terres d'église situées dans les environs de Rome. I\Iême de ce côté, l'emphytéose avait fortement écorné le rendement de la propriété ecclésiatique. Malgré tout, l'afflux toujours maintenu des donations et des testaments avait permis aux prédécesseurs de Paul, et permit encore à quelquesuns de ses successeurs de reconstituer un domaine important. Pour le mieux défendre contre les aliénations déguisées sous le nom d'emphytéose, et aussi pour repeupler la campagne où le vide tendait à se faire, les papes organisèrent de grands domaines où ils cultivèrent eux-mêmes, sans interposition de fermiers généraux plus ou moins fictifs. C'est ce qu'on appelait les domiis cultœ. Les paysans qui les faisaient valoir furent considérés, eux aussi, comme des employés pontificaux, comme des gens d'église; ils formèrent des militiœ rurales, qui n'étaient pas désarmées comme la miliiia ecdesiastica. En même temps que l'on assurait ainsi à la propriété ecclésiastique une stabilité plus grande et un rendement plus sérieux, on constituait un personnel sus-
ceptiblj d'organisation militaire et qui avait, sur Vexerciius Romanus, l'avantage de ne représenter aucune tradition en concurrence avec celle de Vecclesia Dei. Il y avait là, pour les papes, à condition de la développer et de s'en servir avec la plus grande prudence, une ressource très appréciable pour faire face aux difficultés intérieures de leur gouvernement temporel.
J'aurai terminé cette revue des institutions romaines au huitième siècle en disant un mot des établissements charitables et des monastères. Les premiers étaient fort nombreux; il y avait des hospices et des hôpitaux (xenoclochia, ptochia, hospitalia): des lieux d'asile pour l'enfance abandonnée {brephotrophià}^ pour les vieillards (gerocomia); des bureaux de bienfaisance ou diaconies. Ces établissements provenaient de fondations; ils avaient, comme les églises presbytérales, leurs revenus propres et leur personnel.
On peut en dire autant des monastères.
Ceux-ci étaient fort nombreux à Rome : un bon nombre étaient habités par des moines grecs, quelques-uns par des orientaux, syriens, arméniens, etc. Aucun d'eux n'avait une
grande importance. En général ils se trouvaient au voisinage des lieux saints proprement dits, Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint- Laurent, ou même des basiliques urbaines. Chaque monastère avait son oratoire à l'intérieur; mais la plupart desservaient, au point de vue de l'office, la basilique voisine. Quelquefois plusieurs monastères se partageaient le service dans une même église; à Saint- Pierre, par exemple, il y avait quatre ou cinq congrégations attachées à la grande basilique. C'est de là que viennent les chapitres. Les couvents changèrent de règle, se fondirent au besoin, et formèrent des corps de chanoines réguliers d'abord, puis séculiers, dont les plus importants se sont conservés jusqu'à nos jours.
J'ai dit que les monastères de Rome étaient peu considérables. Les papes, en effet, semblent avoir redouté l'influence que les grandes corporations de moines exerçaient ailleurs, à Constantinople, par exemple, non sans dommage, quelquefois, pour le bon ordre ecclésiastique. Ils favorisèrent la profession religieuse, mais non la formation de congrégations puissantes. Du reste, en employant les
moines au service des basiliques, on les tenait plus aisément en main. Les grands couvents étaient ailleurs. Subiaco n'existait pas encore; le Mont-Cassin venait de renaître sous le pape Zacharie, mais il se trouvait en terre lombarde. Il en était de même des abbayes de Monte Amiata, de Saint-Sauveur de Rieti, de Sainte-Marie de Farfa. Celle-ci, toutefois, avait été établie sur un des territoires qui furent rétrocédés au pape par le royaume lombard. Quand elle fut entrée dans le domaine politique du Saint-Siège, ce qui n'arriva que sous Hadrien, elle ne tarda pas à fournir des sujets de querelle.