‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 27 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

IIADIIIEN ET DIDIER

Le pape Hadrien. — • Mesures réparatrices. — La politique du roi Didier. — Ses entreprises contre Rome. — Déroute d'Afiarta et du parti lombard. — Appel adressé à Charlemagne. — Charles en Italie. — Siège de Pavie. — L'Italie centrale et le pape. — Charles à Rome aux l'êtes de Pâques 774. — Donation de Charlemagne.

Heureusement ^pour l'honneur du Saint- Siège, l'élection porta aux affaires un homme énergique, honnête et capable, le diacre Hadrien. Il sortait d'une des plus nobles familles de Rome. Sa mère, demeurée veuve, l'avait laissé élever par son oncle Théodote, consul et duc, plus lard primicier et « père » de la diaconie de Saint-Ange. Il avait l'ait carrière au Latran; on vantait sa piété, ses mœurs et

son savoir. Ceux qui l'acclamèrent entendaient sortir des intrigues, donner satisfaction aux règles ecclésiastiques en choisissant un homme de la carrière, et aux aspirations de la noblesse en mettant à sa tête un des siens. Ils voulaient aussi un homme décidé, capable de réparer, promptement et sans faiblesse, les énormités qui avaient déshonoré le dernier pontificat.

L'attentat contre le malheureux Serge n'était pas resté isolé. Il semblait que la mort de Carloman eût déchaîné toutes les rancunes du parti Afiarta. Des membres du haut clegé et de l'aristocratie militaire avaient été exilés dans les derniers jours du pape défunt. Hadrien ne différa. pas même une heure à leur rendre justice. Il était à peine élu qu'il donnait l'ordre de les rappeler.

Quant à faire justice des assassins et de leurs complices, il attendit un moment favorable, et tout d'abord il reprit les négociations avec le roi des Lombards.

La situation s'était compliquée depuis la mort de Carloman. Celui-ci ne laissait que des enfants en bas âge, au nombre desquels un petit prince. Pépin, né en 770. L'aristo-

cratie de son ro3'aiime se décida en très grande majorité pour l'union sous l'autorité de Charlemagne; une délégation vint touver celui-ci à Corbeny, près Laon, et lui remit le royaume de son frère. La veuve de Carloman, Gerberge, s'enfuit alors en Italie, avec ses enfants et quelques fidèles, dont le plus notable était Autchaire. Didier leur fit grand accueil. Etendre sa protection sur ces réfugiés, encourager leurs espérances, c'était se préparer un moyen d'affaiblir à l'intérieur la puissance formidable qui se constituait au delà des Alpes; tout au moins pouvait-on espérer qu'à un moment ou à l'autre, il y aurait là un important objet d'écbange dans les trafics diplomatiques. C'était jouer bien gros jeu; Didier perdit la partie.

Il ne comptait pas encore sur ce moyen d'action, quant à l'avènement d'Hadrien, il l'envoya saluer par le duc de Spolète et deux autres fonctionnaires, qui pressèrent le pape de renouveler l'alliance conclue avec Etienne III, s'engageant en retour à donner au Saint-Siège toutes les satisfactions (iustitiœ) qu'il réclamait sans cesse. A cette ambassade, Hadrien répondit par une autre dont la con-

duite fut donnée à Paul Afiarta. C'était pour le pape un moyen de se débarrasser de ce personnage, tout en offrant au roi Lombard, par l'envoi d'une persona grata, un gage de ses dispositions conciliantes.

Mais les ambassadeurs du pape étaient à peine sortis de Rome, que des nouvelles inquiétantes arrivèrent. Didier s'était emparé de Ferrare, Comacchio, Faenza, et commençait à menacer Ravenne. Sa nouvelle politique se dévoilait; il s'affichait ouvertement comme défenseur des enfants de Carloman, et prétendait que le pape s'associât à son attitude, en sacrant solennellement ces jeunes princes. Afiarta, quand il l'eut rejoint, entra complètement dans les idées du roi; il se faisait fort, dit-on, d'amener le pape à se rencontrer avec Didier, fallût-il le traîner avec une corde. Son compagnon d'ambassade, le saccellaire Etienne, paraît avoir eu les mêmes idées.

Ils se faisaient des illusions. Hadrien, instruit de leurs menées, donna un remplaçant au saccellaire Etienne. Quant à Afiarta, son éloignement momentané devint définitif, dans les conditions que voici. Le pape voulut tirer au clair l'assassinat du secondicier Serge. Une en-

qiiète fut oiivf^rte; elle aboutit à l'arrestation des coupables, trois Campanini i, le chambellan Calventzulus, le prêtre Lunisso et le tribun Leonatius. Ceux-ci dénoncèrent quatre autres personnes comme leur ayant donné des ordres qu'ils n'avaient fait (pi'exécuter : Paul Afiarta, le duc Jean, frère du pape défunt, un défenseur régionnaire appelé Grégoire, et un autre chambellan, Calvulus. On ne sait ce qu'il advint de Jean et de Grégoire; mais Calvulus et les trois campaniens furent livrés au juge criminel, le préfet de Rome, qui fait ici sa réapparition après plus d'un siècle et demi d'intervalle. Calvulus mourut en prison; les trois autres furent condamnés à l'exil et expédiés à Constantinople.

Quant à Afiarta, le pape donna ses instructions à l'archevêque de Ravenne. On devait l'arrêter au retour de sa légation, lui donner lecture des procès-verbaux de l'enquête faite à Rome sur l'affaire Serge, puis, après avoir constaté sa culpabilité, l'envoyer aussi à Constantinople. Le pape fit même rédiger une lettre par laquelle il informait les empereurs

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