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Les Ciociari d'à présent

Constantin V et Léon IV de ce qni s'était passé, et leur recommandait de retenir Afiarta sous bonne garde.

Au reçu de ces pièces, l'archevêque fit arrêter Paul à son passage à Rimini et le remit aux mains du (( consulaire » de Ravenne, lequel lui fit donner lecture des procès-verbaux et recueillit sa déposition, par laquelle il s'avouait coupable. L'archevêque et son monde étaient très montés contre Afiarta, dans lequel ils voyaient avec raison un ami des Lombards. Il écrivit au pape, le détournant de confier le prisonnier au duc de Venise, Maurice, indiqué comme intermédiaire entre Ravenne et Constantinople. Le fils de Maurice était en ce moment prisonnier des Lombards; l'archevêque redoutait un échange entre ce jeune homme et Afiarta.

Le pape, le voyant dans ces dispositions, craignit, non sans motif, que les Ravennates ne recourussent à des procédés plus expéditifs pour se débarrasser de leur prisonnier. Il prescrivit à un nouvel ambassadeur qu'il députait, auprès du roi Didier de prendre Afiarta avec lui quand il repasserait par Ravenne, et de le ramener à Rome. Le légat, à son pas-

sage à Ravenne, informa solennellement l'archevêque et son monde de la commission qu'il aurait à remplir à son retour. Mais il ne fut pas plus tôt sur la route de Pavie, que le consulaire, avisé par l'archevêque, fit exécuter son prisonnier. Le pape se lava les mains; il n'en fut pas moins dé])arrassé d'un personnage des plus gênants. Quant à Christophe et Serge, on leur fit des funérailles honorables dans la basilique de Saint-Pierre.

La tradition était renouée; le pape rompait avec la politique des derniers temps d'Etienne III, celle de l'alliance lombarde. Il faut dire que Didier faisait tout son possible pour l'en détacher et le rejeter dans les bras des Francs. Non content d'intriguer contre Charlemagne et de reprendre, dans l'Exarchat, des territoires cédés depuis quinze ou seize ans, il faisait ravager la Pentapole et le duché de Rome par les ducs de Spolète et de Toscane. Hadrien, effrayé, entra en négociations. Les légats se succédaient à chaque instant sur la route de Rome à Pavie; on y vit jusqu'à l'abbé de Farfa, escorté de vingt moines vénérables. Rien n'y fit : l'entente demeura impossible. Le roi tenait avant tout à

voir le pape. Il se souvenait des succès personnels qu'il avait remportés auprès de Paul et d'Etienne III; il espérait amener Hadrien à ses fms, c'est-à-dire à conspirer avec lui contre Charlemagne. Le pape ne se refusait pas absolument à une entrevue; mais il mettait pour condition qu'on lui rendrait d'abord les territoires annexés récemment.

En même temps ir écrivait à Charlemagne. Son envoyé, appelé Pierre, parvint à Thionville, au cours de l'hiver 772-773. Il trouva le roi prévenu contre lui par Didier, lequel tenait à faire croire en France que le pape >^e lamentait sans raison et qu'il n'avait subi aucun dommage. Les plaintes perpétuelles dont la cour franque avait été assaillie sous Paul et Etienne III pouvaient donner créance à ses allégations. Mais cette fois, la situation était réellement grave. Didier l'accentua en se dirigeant vers Rome, escorté d'Autchaire et des fils de Carloman. Il n'allait pas, comme x\istulf en 756, assiéger Rome avec l'intention d'en faire la conquête; tout ce qu'il voulait, c'était une entrevue avec le pape. Hadrien se refusant à le venir trouver à Pavie, à Pérouse ou ailleurs, il prenait lui-même les devants,

renouvelant ainsi une démarche qu'il avait laite plusieurs fois sous les papes précédents.

Mais Hadrien ne l'entendit pas ainsi. Il affecta de voir, ou il vit avec raison, dans le roi pèlerin, un j) rince envahisseur. Les milices des villes voisines furent rappelées à Rome, les hasiliques suburbaines dépouillées de leurs ornements et fermées, les remparts mis en état de défense. Cela fait, le pontife députa à Viterbe, c[ui était alors la dernière ville lombarde du côté de Rome, trois évêques chargés d'interdire au roi, sous peine d'anathème, l'entrée du territoire romain. Didier ne jugea pas à propos d'aller plus loin, et rétrograda vers Pavie.

Outre les menaces du pape^ il se trouvait avoir à redouter, en ce moment, la diplomatie de Charlemagne. L'évêque d'Amiens (jadis d'Ostie), Georges, et Gulfard, abbé de Saint- Martin, arrivaient en Ralie pour s'assurer de l'état des choses. Ils vinrent d'abord à Rome, d'où ils remportèrent des lettres pressantes, puis à Pavie. où ils engagèrent le roi à faire des concessions. Ce fut en vain.

Instruit de ce qui se passait, Charles envoya de nouveaux ambassadeurs à Didier pour

le sommer de rendre au pape ce qu'il lui avait pris; en compensation, il offrait de verser luimême une somme de 14.000 sous d'or. Ce lut encore en vain.

On était arrivé ainsi au milieu de l'année 773. Charles réunit son monde à Genève, et dirigea deux corps d'armée sur l'Italie; l'un d'eux, commandé par son oncle Bernard, prit par le Valais et le val d'Aoste, l'autre franchit le Mont-Cenis. Comme dans les campagnes précédentes, il y eut encore sommation in extremis, rencontre aux cluses, déroute des Lombards et siège de Pavie. Vérone, cependant, offrit un second centre de résistance, sous le commandement d'Adelchis, fds de Didier, et du duc franc Autchaire, qui s'était réfugié là avec la famille de Carloman. Charles, après avoir installé son camp devant Pavie, marcha contre Vérone, qui ne lui résista pas très longtemps; Autchaire et les personnes royales qui l'accompagnaient s'en remirent à sa générosité; Adelchis s'enfuit en territoire byzantin. Les autres villes du nord de l'Italie firent leur soumission.

Les jours du royaume lombard étaient comptés. On paraît avoir compris de bonne

heure en Italie non seulement que la lutte était inégale, mais encore que la patience des Francs approchait de son terme. Les gens de Spolète, toujours à l'affût d'une occasion de s'émanciper, profitèrent de ce que leur duc Théodice était parti pour les cluses, et envoyèrent à Rome quelques-uns d'entre eux, des plus notables (utiles personœ), se déclarer sujets du pape et recevoir la tonsure civile des Romains. Après la déroute de l'armée lombarde, ce fut tout le duché qui se présenta; puis vinrent les gens d'Ancône, d'Osimo, de Fermo, de Città di Castello [casiellum Felicitatis). x\insi, pendant que Charlemagne conquérait les villes du nord, le pape s'annexait des régions importantes de l'Italie centrale. Il donna l'investiture au nouveau duc de Spolète, Hildeprand, élu par ses administrés, et celui-ci, dans les premiers temps, se considéra en effet comme sujet pontifical.

Le siège de Pavie se prolongeait. Charles avait fait venir de France sa jeune femme Hildegarde; il passa l'hiver dans son camp. Au printemps, l'idée lui vint d'aller célébrer les fêtes de Pâques à Rome. Le pape, informé à la dernière heure de l'arrivée d'un hôte aussi

considérable, eut cependant le temps de lui députer les indices, c'est-à-dire les officiers de l'armée, avec leurs bannières, jusqu'au lac de Bracciano. Le samedi saint, le roi, avec ce supplément d'escorte, arriva dans les prés de Néron. Là se trouvaient rangées les milices de Rome sous les armes, les enfants des écoles, palmes en main et chantant laudes, enfin les croix régionales. C'était le cérémonial usité autrefois pour la réception des exarques ^. Le roi descendit de cheval et s'avança à pied vers la basilique de Saint-Pierre. Le pape l'y attendait, entouré de son clergé, au haut du grand escalier qui conduisait à l'atrium. Charles monta cet escalier à genoux, baisant les degrés l'un après l'autre. Arrivé à la plateforme il embrassa le pontife, lui prit la main droite et tous deux pénétrèrent dans l'atrium ou paradis, puis dans l'église.

Les jours suivants se passèrent en fêles religieuses et en festins officiels. Cependant Charles et son monde franc n'entrèrent dans

1. Pour l'empereur lui-même on faisait plus de cérémonie. En 663 le pape Vitalien alla en personne, escorté de son clergé, à six milles de Rome, au-devant de Constant II.

Rome qu'après que le pape et lui se fussent prêtés serment l'un à l'autre. C'est le mercredi après Pâques, le 0 avril, qu'eurent lieu les grands actes politiques. Une assemblée fut tenue'dans la basilique de Saint-Pierre. Le pape présenta au roi Charles un document rédigé en 754, à Kiersy-sur-Oise, au nom du roi Pépin, de Charles lui-même et de son frère Cailoman. C'était une promesse en faveur de saint Pierre, d'Etienne II, son vicaire, et de ses successeurs; elle contenait l'engagement de céder au pape un certain nombre de territoires italiens. Hadrien priait le roi de la réaliser. Il en fut donné lecture: puis, conformément à cette pièce [ad instar anferioris), le roi fit rédiger en son nom une autre promesse où les mêmes cités et territoires étaient mentionnés. Le biographe d'Hadrien les indique avec une précision suffisante. On voit tout de suite qu'il s'agissait de bien autre chose que la donation de l'Exarchat et de la Pentapole, déposée en 756 au tombeau de saint Pierre, par les mains de l'abbé Fulrad. La nouvelle promesse, conforme, nous dit-on, à celle de Kiersy, embrassait les duchés de Spolète et de Bénévent, la Toscane entière, la Corse, puis la Vénétie et

ristrie. Entre la Vénétie et la Toscane, l'Exarchat, fort agrandi à l'ouest et au nord, comprenait Parme, Reggio, Mantoue et Monselice, au sud de Padoue. Une telle promesse, si elle eût été accomplie, aurait réduit le royaume lombard à des proportions fort exiguës; l'Italie presque tout entière eût appartenu au pape^.

Le document fut rédigé en plusieurs expéditions; on le revêtit de toutes les solennités. Un exemplaire fut placé sur l'autel et remis au

1. Dans mon introduction au Liber Pontificalis, t. I, p. CCLXII, j'ai cherché à expliquer les conventions de Kiersy (754) et de Rome (774), en partant de cette idée que Pépin et Charles auraient voulu constituer en Italie un état romain assez fort pour se défendre tout seul contre le royaume lombard. Il aurait laissé subsister celui-ci, mais en le réduisant assez pour qu'il cessât d'être redoutable. M. P. Kehr, dans Vllistorische ZeUsciirift, t. LXX, p. 385 et suiv. (cf. Gôttingische gel. Anz., 1895, p. 694), a depuis proposé une hypothèse plus radicale, qui mérite aussi d'être prise en considération. Suivant lui, ces conventions seraient des plans de partage pour une éventualité prévue, la suppression du royaume lombard. Le royaume franc se serait annexé toute la Haute Italie jusqu'à la Magra et aux environs de Venise, s' assurant ainsi, outre la totalité des débouchés des Alpes, la meilleure partie de la plaine du Pô; le reste aurait formé un état distinct, sous les auspices du pape.

HADRIEN ET DIDIER. l-i<

[lape: Charles en déposa un anîre à l'endroit le plus vénéré du sanetuaire apostolicjue. Puis il repartit poui' Pavie, qui se rendit peu après. Le roi Didier et la reine Ansa lurent internés à Corbie, où ils vécurent encore longtemps, dans la plus grande édification. Charles laissa à Pavie une garnison et un gouvernement prosoire, puis il revint en France.

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