Privilège de
l'état pontifical au temps de CHARLEMAGNE. 159
lète, moyennant concession du tribut que ces duchés payaient jadis au trésor des rois lombards.
Une autre affaire, très grave, elle aussi, fut réglée entre le pape et Charlemagne. Celui-ci avait amené ses deux jeunes fils. Pépin et Louis, nés tous deux d'Hildegarde; ils furent sacrés par le pape en qualité de rois d'Italie et d'Aquitaine. En ce qui regarde l'Italie, c'était une seconde affirmation de la persistance du royaume lombard, une seconde répudiation de la politique de partage exprimée dans la promesse du 6 avril 774. Les beaux rêves des Romains s'évanouissaient de plus en plus.
Quelques années plus tard, au commencement de 787, Charles revint à Rome, avec l'intention de régler définitivement les affaires de Bénévent, possessions lointaines où le duc Arichis, sans cesse mêlé aux intrigues byzantines, était loin de lui donner une entière satisfaction. A ce voyage le pape obtint un important accroissement de la Tuscie romaine, qui comprit désormais Viterbe, Orvieto, Soana et toutes les localités intermédiaires; sur la côte, les territoires de RoseUœ (Gros-
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seto) et de Populonia (Piombino) furent également concédés; mais il y eut, de ce côté, des difficultés d'exécution. Tout ceci était détaché par Cliarlemagne de l'ancienne Tuscie lombarde, qui lui appartenait effectivement. Du côté de Bénévent, les choses étaient plus compliquées. Pour en venir à ses fins, Charles dut entrer en personne sur le territoire du duché. Arichis, effrayé, s'enferma dans Salerne; il accepta cependant les conditions du roi, au nombre desquelles figurait la cession au pape de la rive gauche du Liris, Sora, Arpino, Arce, puis les villes d'Aquino, ïeano, Capoue, qui jalonnaient la route de Naples.
Le projet de mariage entre Rotrude et Conslantin fut abandonné alors; peu après, en septembre 787, le duc Arichis mourut. Charles lui donna pour successeur son fils Grimoald, qu'il avait pris en otage. Les rapports furent alors rompus entre les Grecs et les Lombards; ceux-ci, j'entends les ducs de Spolète et de Bénévent, donnèrent à Charles, en 788, une preuve de bon vouloir en battant le patrice de Sicile dans la presqu'île de Calabre. De son côté, Charles n'insista pas trop pour que la concession des villes bénéventines
sortît complètement son effet. Hadrien en gémit beaucoup, mais il dut se contenter, au delà de Ceprano, d'une souveraineté très honoraire. En somme, si l'on néglige ces droits plus ou moins théoriques, on peut dire que le pape Hadrien parvint à donner au duché de Rome, à peu de chose près, les limites qu'il conserva |)cndant le moyen âge et qu'il avait encore en 1870. Outre ce domaine immédiat, il fut encore souverain de l'Exarchat, de la Pentapole et des territoires intermédiaires, Amelia, Todi, Pérouse; quand au duché de Spolète, il demeura en dehors de l'état pontifical.
Afaint(^iuini. ([uels étaient au juste les caractères de la souveraineté exercée alors par le pa])e ?
Depuis 774, Charles se qualifiait tout aussi bien de patricius Romanorum que de rex Langohardorum; le Codex Carolinus nous le montre préoccupé de ce titre et des droits qu'il juge s'y rattacher. Cependant il résulte de l'ensemble de sa conduite que son autorité sur les états du pape ne lui paraît pas être la même que celle qu'il s'attribue sur le reste de l'Italie, même sur les duchés de Spolète
et de Bénévent. Les ducs de Spolète et de Bénévent sont pour lui des fonctionnaires en théorie, en pratique des vassaux. A de telles distances il est bien obligé de tolérer une autonomie qu'il n'admettrait pas au voisinage des Alpes; mais ceux qui commandent dans ces provinces éloignées tiennent de lui leur autorité; l'élection, la succession paternelle, peuvent les désigner à son choix; c'est lui qui les installe, c'est en son nom qu'ils gouvernent.
Il n'en est pas de même du pape. Il ne le nomme pas, il ne le confirme même pas; il n'intervient en aucune façon dans l'installation de l'évêque de Bome. Une fois en possession de la chaire de saint Pierre, le pape devient par là même le représentant de l'apôtre au point de vue temporel, l'instrument par lequel celui-ci exerce les droits de souveraineté qu'il possède. Ces droits ont deux origines : P les donations des rois francs, en vertu desquelles il règne sur l'Exarchat, la Pentapole, la Sabine et le sud de l'ancienne Toscane lombarde; 2° l'initiative mal définie qui a substitué le pape à l'empereur dans le gouvernement des anciens duchés de Rome et de Pérouse. Qu'ils viennent d'un côté ou de l'autre, les droits du
pape sont reconnus par l'état franc et protégés par lui contre toute revendication extérieure, c'est-à-dire, désormais, contre l'empire grec exclusivement. Il est entendu que les sujets du pape sont et demeureront fidèles à l'état franc et, dans aucun cas, ne pactiseront avec ses ennemis. Tel est l'essentiel du pacte « d'amour et de fidélité » souvent rappelé dans la correspondance entre le pape et les princes carolingiens.
Ce ne sont là que des relations extérieures. Mais, dès l'origine, le pape a donné à Pépin et à ses fils le titre de patricii Romanorum, et nous avons vu (ju'il y avait, dans cette démarche, le signe d'une préoccupation intérieure. D'abord le patriciat eut une portée purement négative; il devait faciliter la suppression du duc de Rome et l'enterrement définitif de l'exarque. Aussi les princes francs n'y attachèrent d'abord aucune importance. A la longue, la pratique des choses italiennes amena Charlemagne à réfléchir sur les droits positifs qui pouvaient s'y rattacher. Il commença par se persuader qu'étant patrice des Romains, il devait avoir son mot à dire dans le choix des plus considérables parmi les dé-
positaires de l'autorité publique. De ce nombre était l'archevêque de Ravenne, qui, grâce en partie à sa bienveillance, avait pris un peu la place de Tancien exarque. Charles revendiqua le droit ^ d'être représenté à son élection; Hadrien dut lui expliquer qu'il n'y avait aucun titre et que les précédents n'existaient pas. Quant au pape lui-même, il n'y eut, depuis l'intervention de Charles en Italie jusqu'à la fin de son règne, qu'une seule élection, celle de Léon III. Le roi ne s'en mêla en aucune façon.
Mais il y avait une autre porte ouverte à l'intervention, et celle-là s'ouvrait souvent. Quand un fonctionnaire du pape ou un noble romain quelconque avait à se plaindre de son souverain, il ne se faisait pas faute de se transporter à la cour franque. Le roi faisait volontiers accueil à de tels recours; nous en pouvons juger par les récriminations du pape, qui reviennent assez souvent dans ses lettres 2. Rien de précis n'était réglé pour ce cas. Le pape se plaignait doucement, le roi présentait