L. P., t. II, p. 97 et p. 103, note
Le clerc romain qui nous a dépeint cette situation ne peut assez gémir sur les maux causés à Rome par le pontificat de Serge IL Il ajoute que, comme personne n'avait le courage de faire résistance, Dieu se chargea de la répression et envoya le fléau des Sarrasins.
Quelles qu'aient été au juste, les intentions de la Providence, il est sûr que les Sarrasins débarquèrent le 23 août 846 à l'embouchure du Tibre. Porto et Ostie, abandonnées de leurs habitants, n'offrirent aucune résistance. Le principal groupe des pirates suivit la rive droite du fleuve, s'empara de la basilique de Saint-Pierre et la pilla. Les Romains avaient expédié à Porto les scholœ étrangères, une îK)ignée d'hommes : elles furent mises en déroute. Ils firent eux-mêmes quelques démonstrations ; mais ils furent battus dans les prés de Néron. Le roi Louis, dit-on, accourut avec une troupe insuffisante et subit à son tour un écliec du même côté. Saint-Paul fut pillé aussi; cependant les milices de la Campanie romaine remportèrent un petit avantage sur la rive gauche du Tibre. Les Sarrasins, se voyant impuissants à forcer les remparts de la ville, s'en éloignèrent et se dirigèrent vers
Fondi et Gaète. Une nouvelle armée royale, commandée, dit-on^, par le duc de Spolète, les suivit et les attaqua dans une position forte où ils s'étaient retranchés. Encore une fois les mécréants eurent le dessus; toutefois l'intervention d'une flotte venue de Naples et d'.Vmalfi les empêcha de poursuivre leur succès. Ils se rembarquèrent avec le butin. ]\Iais une tempête s'éleva avant qu'ils eussent atleinl la cote d'Afrique; les flots de la mer sicilienne engloutirent les déprédateurs des sancluaires apostoliques avec les trésors sacrés qu'ils avaient pillés.
Ceci ne fut qu'une maigre consolation. La chi'étienté d'Occident avait tressailli tout entière à la lugubre nouvelle. A Rome, nombre de clercs et de moines s'inclinèrent devant les décrets de Dieu qui laissait éclater sa colère contre l'adminisfralion du pape Serge. Mais ailleurs, là où l'on n'avait pas connaissance
1. Les textes relatifs à ces événements sont coniwS, pleins de lacunes, difficiles à concilier. Je donne ici ce qui me semble en résulter. Cf. L. P., t. II, p. 104, note 38. M. Ph. Lauer a repris cette question dans les Mélanqes dc3 l'Ecole de Rome, t. XIX (1899), p. 310 et suiv.
du détail des choses romaines, on songea à la responsabilité de l'empereur. Le grand lieu saint de l'Occident, le tombeau du prince des apôtres, avait été violé par les ennemis du Christ. Mahomet avait triomphé de saint Pierre; il était venu l'insulter jusqu'en sa demeure, peut-être jusque dans son mystérieux sépulcre^ A qui la faute ? Qui était, en droit et en fait, le protecteur armé de l'apôtre ? L'empereur évidemment, et comme tel, et comme roi effectif d'Italie.
Lothaire entendit ces plaintes. Son fils Louis était venu le rejoindre en France. Il fut décidé^ dans une grande assemblée : P que les évêques, clercs, moines et fidèles travailleraient sérieusement à la réforme de leur conduite et des abus dont la correction serait en leur pouvoir; 2*" que la basilique de Saint- Pierre serait entourée d'une fortification dont les frais seraient couverts par une contribu-
1. Sur les dégâts causés au sanctuaire apostolique, voir Grisar, Anal. Roinana, p. 279 cf. Studi e documenti di storia e diritto, 1892, p. 344).
2. Voir ce capitulaire dans le Neues Arcliiv, t. XII, p. 535, éd. répétée M. G. Legum, Sectio II Ccvpitularia, t. II, p. 65.
tion levée dans tous les états de l'empereur; 3" qu'une expédition sous les ordres du roi Louis serait entreprise contre les Saria^-ins établis dans le duché de Bénévent: i'' que celui-ci serait partagé enire les deux prétendants, lesquels, une fois réconciliés, devraient unir leurs forces contre l'ennemi du nom chrétien.
Des envoyés furent expédiés en effet à Radelgise et à Siconulfe; d'autres allèrent à Rome, à Venise, à Naples, pour organiser un concert de tous les états italiens en vue de la tâche entreprise. Enfin un jeûne de trois jours fut commandé pour le succès de l'expédition.
Celle-ci eut lieu en 847; elle réussit. Les Sarrasins furent chassés d'Italie, non pas définitivement, car ils devaient revenir, mais complètement. L'état bénéventain fut divisé en deux principautés, qui eurent leurs capitales à Bénévent et à Salerne^.