‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 37 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Election de Léon IV. — Louis II associé à l'empire. — La cité léonine. — Leopolis. — Léon IV et Louis IL — Arsène et Anastase. — Election de 855. — Compétition d' Anastase. — Mort de Lothaire. — Benoît III. — Nicolas. — La papauté sous la dépendance de l'empire. — Nicolas et l'archevêque de Ravenne. — Conflit à propos de Lothaire II et de Waldrade. — Hadrien II et la famille d'Arsène. — Fin de l'empereur Louis IL

Mais déjà le pape Serge était mort (27 janvier 847); sur son tombeau, dans la basilique profanée, une main complaisante fit graver une épitaphe dont la teneur est peu d'accord avec ce que nous savons de ce personnage. Les Romains élurent à sa place un prêtre, Léon, du titre des Quatre Couronnés, qui pas-

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sait pour un homme probe et avisé. Cette fois, ils crurent devoir solliciter l'approbation de l'empereur; puis, pour une raison ou pour une autre, ils finirent par s'en passer. Deux mois et demi après l'élection, le jour de Pâques (10 avril) Léon fut consacré. Cependant on eut soin de s'autoriser de la gravité des circonstances et de réserver formellement le droit de l'empereur.

Lothaire, apparemment, se contenta des explications que les Romains lui donnèrent. Sans se désintéresser tout à fait des affaires italiennes, il se confinait de plus en plus dans sa Lorraine et dans sa résidence d'Aixla-Chapelle. Son fils Louis gouvernait le royaume lombard; il se l'associa à l'empire et le fit consacrer en cette ({ualité ])ar le pape, au mois d'avril 850. Dès lors, et pendant les vingtcinq années qui suivirent, les pontifes eurent affaii'e à un enq)ereur italien, résidant à proximité, et, de ce lait, plus à portée de s'immiscer dans les questions intérieures de l'état romain.

La première de ces questions était celle des mesures à prendre pour se protéger contre les pirates sarrasins. Dès l'année 848, on com-

mença les travaux de l'enceinte fortifiée autour de Saint-Pierre. Les nouveaux murs lurent prolongés jusqu'au château Saint-Ange, de sorte que le faubourg fortifié rejoignait la ville elle-même, avec laquelle il communiquait par la porta s. Pétri. La superficie ainsi enclose comprenait non seulement la basilique et ses dépendances, mais encore les quartiers ou scholfX des étrangers, Saxons, Frisons, Francs et Lombards. On lui donna le nom du pape régnant; elle s'appela la Cité Léonine. La subvention impériale dont il a été question, augmentée des offrandes venues de France et d'Allemagne, couvrit une partie des frais. De son côté, le pape mit son monde à contribution; les villes de l'état romain, les monas tères, les massx publicœ. ou domus cultcC, fournirent des matériaux, de l'argent, du personnel. Encore maintenant on peut lire sur les restes de cette enceinte des inscriptions qui rappellent la part de travail exécutée par diverses militiœ pontificales. La dédicace fut célébrée comme celle d'une église, le 27 juin 852. Comme pour démontrer l'utilité de cette fortification, les Sarrasins reparaissaient de temps en temps à l'embouchure du Tibre. En

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(SU3, ils y lui'ent suivis par les escadres de Naples, d'xVîiialli el de Gaèle, placées sous le commandement de Césaire, lils du duc de Naples Serge. Le pape, d'abord un peu inquiet de ces alliés, se rassui'a bientôt sur leurs inienlions et vint les bénii' du rivage. Une bataille navale eut lieu près d'Osfie; les Napolitains avaient déjà pris l'avantage, (juand une tempête s'éleva et sépara les combattants. Beaucoup de navires sarrasins se brisèrent sur la côte romaine; leurs équipages furent faits prisonniers et enq)loyés aux travaux de la ciié léonine^

Léon IV ne se borna pas à cette fondation. Par ses soins les murs de Rome furent restaurés: une colonie de Corses fut établie à Porto: Centiuiicellae (Cività Vecchia), ruinée par les flottes sarrasines et abandonnée de ses habitants, fut rebâtie à quelque distance, sous le nom de Leopolis"^. Il semble que cette

1. Il est encore question des Sarrasins dans une lettre de Léon IV (J., 2620), qui paraît être de 852; mais cette fois on ne parle que de rumeurs, de mesures préventives.

2. Sur Leopolis, v. Ph. Lauer, La Ciié carolingienne de Cencelle, dans les Mélanges de FEcole de Rome, t. XX, p. 147; cf. l'inscription publiée par

activité ait donné à réfléchir aux pirates, car pendant quelques années on n'entendit plus parler d'eux.

Les relations de Léon IV avec les empereurs semblent avoir été plutôt correctes qu'amicales. Sa correspondance^ porte la trace de plaintes soulevées par lui contre certains inissi de Louis II, Pierre et Hadrien; quand ils venaient à Rome, le pape ne se sentait pas tranquille. Ces personnages, assistés d'un certain Georges, duc d'Emilie, frère de l'archevêque de Ravenne, assassinèrent un légat du pape envoyé près de Lothaire. Les pèlerins qui se rendaient à Rome n'étaient pas plus en sûreté sur les routes italiennes^ que les légats eux-mêmes. Un certain Gratien^ se signalait par ses violences et cherchait même à jouer un l'Ole politique en se faisant prêter serment de fidélité. Tous ces personnages semblent avoir été des fonctionnaires pontificaux, plus

M. Or. Manicchi dans le Nuovo Ihdletivo di arch. crisL, 1900, p. 195, pi. VI.

2. Cf. le capitulalre de Louis II, M. G. Leg., I, p. 405; Capit, t. II, p. 84, 86. Migne, P. L., t. CXXXVIII, p. 572.

OU nu; iiis soutenus contre leur souverain par le gouvernement cle Louis IL

Après s'être plaint, Léon prit le parti d'agir. Il se rendit de sa personne à Ravenne^, se portant au secours de ses sujets opprimés.

Georges, Pierre et Hadrien furent arrêtés, conduits à Rome, jugés suivant la loi romaine, en présence des missi impériaux, et condamnés à mort. Ils auraient été exécutés si, la fête de Pâcjues (853) n'étant venue différer le supplice, Lothaire n'eût eu ainsi le temps cFintervenir. L'empereur se plaignit que le pape méprisât la constitution de 824, lacjuelle lui interdisait d'aller aussi loin. Outre cette affaire, il y avait encore celle d'un certain Christophe, sur laquelle tout détail manque. Le pape protesta en faveur de son droit et de la loi romaine; en même temps il réclamait une enquête sur sa conduite, mais une enquête confiée à d'honnêtes envoyés^.

Sur tout ceci nous ne sommes renseignés que par des fragments de lettres échappées au désastre des registres pontificaux. Le Liber

pontilicalis raconte avec plus de détail l'histoire suivante :

Un magister militum appelé Gratien, peutêtre le même que celui dont il a été déjà question, maintenant (855) supériste ou gouverneur du palais pontifical, fut accusé d'avoir tenu en secret des propos favorables à une restauration byzantine : « Les Francs, disait-il, ne (( nous sont bons à rien; loin de nous prêter (( secours, ils font main basse sur notre avoir. (( Pourquoi ne pas appeler les Grecs, et, avec (( leur appui, chasser de chez nous les Francs (( et leur roi ? » Celui qui l'accusait était un autre magister militum, appelé Daniel, qui porta sa dénonciation jusqu'à l'empereur Louis IL L'accusation était d'autant plus dangereuse, que ce prince se trouvait alors en mauvais rapports avec la cour d'Orient^ : après avoir sollicité la main de la fdle de l'empereur Michel III, il s'était décidé à épouser da célèbre Engelberge. Louis, saisi de colère, arriva tout à coup à Rome, sans prévenir personne. Le pape, néanmoins, le reçut à Saint-Pierre et s'entendit avec lui pour sou-

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