‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 38 sur 74 · Prud. Ami · texte numérisé non relu

Prud. Ami

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mettre la dénonciation à une enquête régulière. L'affaire fut jugée <( suivant la loi romaine »; Daniel, reconnu coupable de fauxtémoignage, fut condamné et livré à son adversaire. Mais l'empereur intercéda pour lui avec succès; il lui rendit même ses bonnes grâces.

Quelle qu'ait été la réalité du propos, l'éclat fait autour de cette affaire donne lieu de croire qu'il y avait alors à Rome sinon un parti byzantin bien organisé, au moins un certain courant bostile au protectorat franc et qui aurait pu, si les circonstances eussent été favorables, être exploité par l'empire grec.

Pour le moment, les affaires de celui-ci en Italie étaient au plus bas. Les Siciliens et les Calabrais luttaient péniblement contre l'invasion sarrasine; il en était de même des cités à peu près autonomes de Gaète, Naples et Amalfi. Deux fois, en (S47 et en 852, Louis II avait paru en armes dans le territoire bénévontain et, bien que dans sa dernière campagne il n'eût pas réussi à prendre Bari, fortement occupée par les mécréants, il avait cependant remporté sur eux des succès considérables. On avait donc tout lieu de le re-

garder comme le défenseur de la chrétienté et le maître réel de l'Italie. C'était pure chimère que de songer à une restauration byzantine.

De tous ces démêlés avec les empereurs francs, il résulte que Léon R^ n'était pas absolument leur homme. Ils avaient passé sur ce que son élévation pouvait avoir d'irrégulier à leurs yeux; mais ils auraient préféré un autre pape, un pape plus attaché à la constitution de 824, plus fidèle à son rôle de souverain protégé. Louis II travailla de bonne heure à préparer l'élection du successeur de Léon.

D'après la constitution de 824, il devait y avoir à Rome deux missi permanents, chargés des affaires du protectorat. L'un d'eux était nommé par le pape, l'autre par l'empereur. Louis II nomma d'abord un de ses sujets, le diacre Jean, depuis évêque de Rieti; de plus, il fit tomber le choix pontifical sur l'évêque d'Orte, Arsène, qui lui était entièrement dévoué. Arsène appartenait à l'une des familles les plus considérables de Rome. Son influence, dès le temps de Léon IV, était déjà dominante Il n'eût pas été possible d'en faire un pape, car

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il se trouvait déjà pouivu d\in évêché; mais on pouvait songer à sa laniille. 11 avait deux fils, Anastase et Eleuthère. Celui-ci demeura dans le siècle; Anastase lut destiné à la cléricature et reçut une éducation fort soignée. Non seulement il acquit, de la langue latine et de la littérature ecclésiastique, une connaissance très supérieure à ce que l'on avait jusque-là possédé à Rome; mais il voulut encore apprendre le grec, et il y parvint, sans doute à l'école de quelqu'un des moines grecs qui avaient à Rome des couvents nombreux et florissants. Sa carrière ecclésiastique était assez avancée, au déljut du pontificat de Léon IV, pour que ce pape, cédant peut-être à de puissantes recommandations, crût pouvoir l'ordonner prêtre et lui confier le titre de Saint- Marcel (848)1.

Anastase était cardinal, par conséquent éligible à la papauté. Pourquoi n'attenditil pas son heure? On l'ignore. Toujours estil que, j»iMi après son ordination, il disparut

1. Sur A.nastase le bibliothécaire, voir A. Lapôtre. De A)iastasio hibliothecario (ce livre n'est pas dans le commerce), Paris, 1885.

de Rome et se réfugia clans les états immédiats de Louis II, vivant ordinairement du côfé d'Aquilée. Sa disparition, son absence, et sans doute l'attitude qu'il prit, une fois éloigné de Rome, excitèrent les plus vifs soupçons. Le pape Léon multiplia les instances pour le décider à revenir. Ambassades, sommations, conciles, sentences ecclésiastiques d'excommunication, d'anathème, de déposition, tout fut mis en œuvre contre le fugitif. Tout fut inutile. Louis II, requis d'intervenir, promettait toujours de le livrer, mais ne parvenait jamais à le trouver. Exaspéré, Léon IV résolut de donner à ses sentences un appareil de promulgation tout à fait extraordinaire. Il fit ériger au-dessus de la porte principale de Saint-Pierre une grande image du Christ et de la sainte Vierge, encadrée dans une série d'écritures qui reproduisaient les sentences successivement prononcées contre Anastase, à Rome le IG décembre 850, à Ravcnne le 29 mai 853, enfin de nouveau à Rome, le 8 décembre de la même année. Ces sentences étaient motivées par la désertion du coupable; mais il est clair, e! l'une d'elles le marque expressément, que Léon IV visait en Anastase

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un successeur qu'il tenait essentiellement à écarter^.

Anastase, ainsi que son père Arsène, étaient et demeurèrent toujours des amis dévoués de Louis II, ses principaux agents politiques à Rome. A coup sûr on ne saurait les considérer comme des personnes bien recommandables; mais on ne voit pas qu'il leur ait manqué, à défaut de vertus, cet extérieur de régularité dont les ambitieux se couvrent volontiers pour les besoins de leur carrière. Si Léon IV avait pu trouver dans la conduite d'Anastase un autre motif à condamnation, il ne se fût pas acharné à lui opposer le troisième canon du concile d'Antioche contre les clercs déserteurs.

D'autre part, Anastase n'était pas homme à faire fi des droits du pontificat romain, au moins dans l'ordre spirituel. Les lettres de

1. (( Sit illi... anathema et omnes qui ei in electione, quod absit, ad pontificatus honorem adiutorium praestare... voluerint, simili anatliemate subiaceant ». — Peut-être Léon avait-il des raisons de craindre que l'empereur n'attendît pas sa mort et lui donnât un compétiteur dans la personne d'Anastase. Un tel dessein, cependant, eût été bien invraisemblable.

Nicolas 1% (fu'il rédigea plus tard, avec une grande indépendance de plume, nous montrent assez quelle haute idée il avait de la papauté, de son rôle vis-à-vis des souverains, de son aulorité sur l'épiscopat, même quand celui-ci était représenté par un Photius ou un Hincmar.

L'animosilé de Léon IV ne s'explique donc pas facilement. Tout ce qu'on peut soupçonner c'est que, pour tui, l'avènement d'Anastase eût été le triomphe de la politique de Louis II, l'ahsorption de l'état romain dans le royaume d'Italie. Reste à savoir si Anastase, une fois pape, n'eût pas fait litière des influences dont il s'était aidé j^our arriver : les ambitions satisfaites sont sujettes à de tels revirements.

Quoi qu'il en soit, la mort de Léon, qui arriva le 17 juillet 855, foui'nit au prêtre déposé l'occasion de montrer quel cas il faisait des. sentences portées contre lui.

Léon s'était entendu^ avec les empereurs pour que l'élection de son successeur se fît iuste et canonice. Sur ce qui se passa nous

n'avons d'aulre renseignement que la vie de Benoît lïl clans le Liber poniilicalis. L'élection (^iit lieu, à ce qu'il semble, aussitôt après la mort du pape. Deux partis étaient en présence, le parii du pa})e défunt, opposé à l'aggravation du protectorat, et le parti impérial. Ce dernier avait pour candidat Anastase; à en croire le Liber pontilicalis il ne se serait nullement manifesté; un vœu unanime eût appelé à la iiapauté Benoit, cai'dinal de Sainte- Cécile. Arsène, cela est remarffuable, était alors éloigné de Rome. Les Romains, après avoir élu Benoît, s'abstinrent de procéder à la cérémonie de la consécration; selon la coutume ancienne [consueludo pvisca ut poscil), ils envoyèrent aux empereurs le décret d'élection l'evêtu de toutes ses solennités. En route, à Gubbio, leurs députés, l'évêque d'Anagni Nicolas et le magister militum Alercure, rencontrèrent Arsène, qui commença à les endoctriner en faveur de son fils.

Le décret, porté à Louis II, ne fut pas approuvé par lui : l'empereur répondit par lettre et par les légats, qu'il allait envoyer des missi spéciaux. Ces missi arrivèrent en effet; c'étaient le comte de Toscane, Adalbert, et

un autre appelé Bernard. A Orte, ils trouvèrent Anastase et le prirent avec eux. A leur approche les notabilités du parti impérialiste s'empressèrent d'aller au-devant d'eux: on cite les évoques de Porto, Radoald, et de Todi, Agathon. Quand les missi furent parvenus à Saint-Leucius\ à quelque distance au delà du pont ]\lilvius, ils rencontrèrent des envoyés de Benoît, qu'ils firent arrêter et laissèrent maltraiter; un grand nombre de Romains, mandés pour apprendre les décisions de l'empereur, se laissèrent séduire; ce fut à la tête d'un grand cortège qu'Anastase se dirigea vers la basilique de Saint-Pierre.

Là, il s'empressa de saisir une hache et de la lancer contre l'icône érigée par Léon IV, comme une protestation contre son entreprise. Il entra ensuite dans Rome; on le conduisit au Latran, où il s'assura sans tarder de la personne de Benoît. C'était le jour du triomphe. Dès le lendemain, les difficultés commencèrent. Réuni dans la basilique d'Emiliana (SS. Quattro), sous la présidence des évêques d'Ostie et d'Albano, le clergé romain vit se

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