Actuellement Tor di Ouinto
présenter à lui les missi impériaux, chargés de l'amener à composition. Les menaces, les caresses, furent employées successivement; mais les clercs tinrent bon et se retranchèrent derrière la loi de l'Eglise qui interdit la promotion des ecclésiastiques déposés. Ce lurent les missi qui capitulèrent. Pour couvi'ii' leur retraite, ils consentirent à un renouvellement d'élection. Benoît fut relâché: Anastase quiita le palais pontifical; un jeune de trois jours fui proclamé.
A l'expiration du jeûne, une assemblée électorale se réunit à Sainte-Marie-iMajeure et acclama Benoît sous l'œil bienveillant des légats impériaux. Le pape, ainsi réélu, fut de nouveau introduit au Latran. et le dimanclie suivant on le consacra à Saint-Pierre, toujours avec l'approbation des missi. Ceux-ci s'étaient apparemment assurés que le candidat de^ Romains ferait aussi bien l'affaire de l'empereur que ne l'eût faite son protégé Anastase.
L'évêque Radoald de Porto fut exclu de la cérémonie de consécration, dans laquelle il avait un rôle assigné par l'usage. Quant à yVnastase hii-même, le Liber poniificalis ne dit pas ce qu'il devint; mais Hincmar, qui ne
lui voulait guère de bien et qui a eu soin d'enregistrer dans ses Annales les sentences rendues à diverses époques contre lui, nous apprend que Benoît le fit comparaître en synode, et que, maintenant la déposition prononcée par Léon lY, il le réduisit à la communion laïque.
C'est sans doute alors qu'il fut pourvu de l'alihaye de Sainte-Marie au Transtévère ^
La politique de Louis II n'avait reçu en 855 qu'un échec apparent et passager. L'empereur, qui avait déjà à Rome les deux missi du Vatican, le missus et apocrisiarius pontifical tout comme le sien propre, tenait en outre, à ce que la personne même du pape fût choisie sur ses indications et à ce que la politique italienne du Saint-Siège ne subît aucune influence étrangère à la sienne. La candidature d'Anastase, excellente à ce point de vue si l'on
1. Il est à peine besoin de dire que les abbés, en ces temps-là, n'étaient ni nécessairement ni ordinairement prêtres. Il faut aussi se garder de confondre la situation d'abbé de Sainte-Marie, c'està-dire de chef de la communauté des moines qui chantait l'office dans la basilique, avec celle du cardinal titulaire. Prêtre déposé, considéré comme un simple fidèle, Anastase était exclu du clergé; mais il pouvait être moine et abbé.
ne tient compte que du talent et des idées du personnage, était pourtant, eu égard à ses antécédents, impossible à soutenir. On ne comprend pas comment un homme qui prétendait au pontificat avait [)u s'exposer à tant de sentences propres à le disqualifier. Quoi qu'il en soit de ce point obscur, on peut croire que le choix d'Anastase était, aux yeux de l'empereur, moins important que le triomphe des principes représentés par lui. Ne pouvant le faire asseoir sur le siège pontifical et prévoyant que les candidatures qu'il pourrait poser à l'avenir n'auraient pas plus de succès que celle de 855, Louis II résolut de l'associer à son père Arsène dans le rôle de conseiller intime, de tuteur du pape. Pour en arriver là, il était indispensable de lui refaire une virginité. Anastase s'enfonça pendant trois ans dans les exercices de la vie religieuse et dans les occupations littéraires. Quant à Benoît III, Arsène, maintenu dans la charge de missus, était là pour le surveiller.
La mort de l'empereur Lothaire coïncida presque jour pour jour avec l'avènement de Benoît III. Elle n'apporta guère de changement dans les affaires italiennes, commises
depuis plusieurs années aux soins du seul Louis II.
En 858, ce prince était venu à Rome pour les fêtes de Pâques; déjà il s'en retournait lorsqu'on lui annonça la mort du pape Benoît (17 avril). Il revint aussitôt et son influence décida de l'élection. Son candidat était le diacre Nicolas. Le clergé eût volontiers porté ses suffrages sur un autre^. Mais le choix de l'empereur avait désigné une personne vraiment digne : on le ratifia sans se faire prier. Louis II assista au sacre de Nicolas, qui fut célébré le 24 avril. Le biographe de ce pape décrit longuement les fêtes qui eurent lieu alors, les compliments, les festins, les accolades, les protestations de fidélité.
Nicolas était l'homme de Louis IL II sut concilier le respect scrupuleux des conditions extérieures que les circonstances et les conventions imposaient à la papauté avec la plus haute idée de ses devoirs de pontife et le plus
1. Nicolaus praesentia rnagis ac favore Hluclowici régis et procerum eius qiiam cleri eiectione substituitur. Ann. Prad.
grand zèle à les remplir. Nous verrons bientôt que son passage sur le siège de saint Pierre marque une période d'exaltation de l'activité et de l'autorité pontificales. Depuis saint Grégoire le Grand, on ne trouve aucun pape de cette taille. Cependant, ce précurseur de Grégoire YII trouva moyen de vivre en bonne intelligence avec son empereur italien. Celuici l'avait, il est vrai, entouré de personnes de confiance, bien choisies pour l'aider à se maintenir dans la ligne politique qui lui était tracée, moins qualifiées, semble-t-il, pour être les familiers et les conseillers d'un aussi honnête homme. Je citerai surtout, outre Arsène, toujours mîssus et chargé parfois d'importantes légations, Anastase, son fils, l'intrus de 855, qui ne fut pas, il est vrai, réintégré dans ses fonctions presbytérales, mais que l'on installa au Latran en qualité de secrétaire du pape; puis l'évêque de Porto, Radoald, un des principaux meneurs de la conjuration d'Anastase, devenu l'un des hommes de confiance de Nicolas, l'un des légats qu'il mettait le plus volontiers en mouvement. Il eut sans doute à se repentir de la faveur accordée à Radoald : plusieurs fois trahi par lui, il se vit obligé de
le déposer de l'épiscopat. Mais il ne s'y résolut qu'à la dernière extrémité, après avoir épuisé tous les délais imaginables et laissé s'accumuler les méfaits de l'évêque prévaricateur. Arsène se bornait à le voler; ils ne se brouillèrent que sur la fm. Avec Anastase il ne paraît pas y avoir eu le moindre nuage; et pourtant, il est prouvé que, plus d'une l'ois, le secrétaire abusa de la confiance de son maître et fit tenir au pape, dans les documents les plus graves, des propos beaucoup plus d'accord avec ses sentiments et ses passions personnelles qu'avec les résolutions et l'attitude voulue du pontife lui-même. Heureusement pour Nicolas, son porte-parole était, non seulement un lettré, mais un homme de gouvernement et qui s'inspirait de la plus haute conception de l'autorité pontificale.
Au point de vue de la politique locale, la papauté étaif devenue très dépendante de l'empire. Louis II maintenait rigoureusement la constitution de 824; de plus, il imposait ses hommes. Après la mort de Nicolas (867), Hadrien II, qui semble avoir été élu avec un grand accord, ne fut ordonné que lorsque l'empereur eut pris connaissance des docu-
meiits et des circonstances de l'élection et donné son consentement. Jean VIII lui succéda, le jour même de sa mort, 4 décembre 872. ce qui donne lieu de croire que l'empereur se trouvait à Rome en ce moment, car il est inadmissible que le principe de l'approbation impériale ait reçu alors une entorse^ On sait d'aiilre part que Jean YIII était un ami personnel de Louis II; tant que l'empereiu' \écut, les personnes favorisées par lui continuèrent à remplir auprès du pape les ionc fions les plus élevées.
Le système ne prit fm qu'à la mort de Louis II (875). Ce prince n'ayant pas laissé d'enfants, l'empire cessa d'être italien et la situation changea autour du pape. Elle s'était maintenue vingt ans (855-875), depuis le moment où Léon l\\ assez rebelle à cette tutelle séculière, avait cci]é la place aux candidats officiels.
Il ne faut pas croire que cette papauté impérialiste ait été sans prestige. Nicolas 1% le
1. On n'a aucun détail sur l'élection de Jean VIII. Là notice de ce pape et celle de ses successeurs Marin et Hadrien III manquent au Liber Pontificalis.
représentant le plus complet du système, est un des papes qui ont parlé le plus haut dans l'Eglise.
Cependant on pouvait toujours craindre que le tuteur du temporel n'en vînt quelque jour à s'ingérer dans le spirituel. C'est ce qui arriva en 864. Au commencement de cette année, l'empereur Louis parut devant Rome, non point en ami, mais en ennemi. Il venait soutenir contre le pape divers prélats frappés de sentences ecclésiastiques. C'était d'abord l'archevêque de Ravenne, Jean, qui, de concert avec son frère Grégoire, continuait d'opprimer les sujets du pape en Emilie. Ces méfaits et quelques autres d'ordre ecclésiastique avaient attiré sur lui le mécontentement de Nicolas. L'archevêque, appelé à comparaître devant un synode romain, s'y refusa d'abord. Lui aussi était un ami de l'empereur, et Louis II ne lui refusa pas son appui. Mais Nicolas tint bon; dans un synode tenu en 860 ou 861, il lança contre l'archevêque une sentence de suspension et d'excommunication, proclama à nouveau quelques points de dogme sur lesquels on reprochait à Jean d'avoir des opinions hétérodoxes ; enfin, et ceci n'était pas pour
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plaire à l'empereur, il renouvela le décret du concile de 769 qui interdisait à toute personne étrangère à Rome le droit d'intervenir dans l'élection du pape. Nicolas, on l'a vu, avait bénéficié d'une certaine violation de cette loi ecclésiastique. Il avait, je pense, des raisons de craindre que Louis II ne voulût transformer le fait en droit et s'attribuer non plus seulement la confirmation, mais le choix même du pape. A sa mort, les missi impériaux réclamèrent une place parmi les électeurs; il est clair qu'ils ne le firent pas sans instructions. Les Romains réussirent à écarter leur demande. Mais le fait même que la question ait été posée suffit à justifier les appréhensions de Nicolas et la démonstration qu'il fit en 861. Cette démonstration était, je l'ai dit, de nature à brouiller le pape avec l'empereur; l'archevêque Jean le sentit et se transporta aussitôt à Pavie, espérant tirer parti des mauvaidispositions du prince. En effet, Louis II lui donna des missi qui l'accompagnèrent à Rome. Mais Nicolas ne se laissa pas intimider. Se plaçant exclusivement sur le terrain religieux, il rei)}"ocha aux légats impériaux leurs rapports avec un excommunié; ses paroles.
quoique bienveillantes, les effrayèrent. Quant à l'archevêque, il fut sommé de comparaître devant le concile, convoqué pour le 1*''' novembre 861. Il s'en retourna à Ravenne.
Mais Nicolas, poursuivant son avantage, ne tarda pas à s'y transporter lui-même, sur l'invitation d'un, grand nombre de Ravennates et d'Emiliens, hostiles au gouvernement de l'archevêque et de son frère. Jean, à la nouvelle de son arrivée, s'empressa de quitter la viJle et de s'enfuir à Pavie. Pendant qu'il sollicitait de nouveau l'intervention de l'empereur, le pape, en vertu de son autorité de souverain, rétablit l'ordre dans l'administration ravennate et changea ce qu'il y avait à changer dans le personnel. L'opinion le soutenait si évidemment, et cela même à Pavie, que l'empereur ne crut pas pouvoir défendre plus longtemps l'archevêque Jean. Invité à s'arranger comme il pourrait avec le pape, le primat de Ravenne comparut au concile romain du mois de novembre; il se justifia sur la doctrine, et, pour le reste, donna au pape toutes les satisfactions et garanties exigées de lui.
Cependant une soumission ainsi contrainte
ne pouvait être bien efficace. L'archevêque, une fois rentré chez lui, se tint d'abord tranquille; mais il n'avait pas renoncé à ses façons d'agir et on le vit bien dès que, les rapports du pape et de l'empereur s'étant aigris, l'occasion lui sembla bonne de revenir sur ses engagements.
Cette occasion lui fut fournie par la malheureuse affaire du divorce de Lothaire II, divorce prononcé par l'épiscopat lorrain en deux ou trois synodes, sanctionné ensuite au concile de Metz (juin 863) par les légats du pape, mais cassé par le pape lui-même (octobre 863). Nicolas jugea que, dans cette affaire, le droit était pour l'épouse que le roi voulait répudier; de plus, que ce droit était assez évident poui* que le divorce ne pût être prononcé ou approuvé sans prévarication. Aussi prononçat-il la déposition des chefs dn clei'gé lorrain, les archevêques de Trêves et de Cologne, Theutgaud et Gunther, se réservant d'instrumenter à loisir contre ses propres légats.
Cet acte considérable et peu attendu frappa vivement l'épiscopat. Mais le droit, exposé déjà dans un écrit célèbre d'Hincmar, était for^. clair; les prévaricateurs étaient peu inté-
ressahts. Ils achevèrent de se compromettre en s'ailianl avec l'évêque décrié de Ravemie et avec Pliotius, le patriarche intrus de Constantinople. Ces patronages leur paraissant insuffisants, ils allèrent trouver lempereur Louis dans le duché de Bénévent, l'excitèrent contre le pape, avec lequel il se trouvait déjà en froid depuis les affaires de Ravenne, groupèrent autour de lui tout ce qu'il y avait en Italie d'évêques froissés ou menacés, et l'amenèrent, ainsi escorté, sous les murs de Rome. Les portes de la cité léonine, sur lesquelles se lisaient, fraîches encore, des inscriptions au nom de Lothaire, s'ouvrirent devant 1 empereui' son fils.
• Il ne manquait pas à Rome de gens disposés à seconder les desseins de Louis II et à se poi^ter à quelque entreprise contre la personne du pape. Alais Nicolas était inaccessihle à la crainte. Aux armes temporelles il opposa les armes spirituelles, la prière surtout. Des jeûnes furent prescrits, des/litanies organisées pour appeler le secours du ciel et fléchir la colère de l'empei^eur. Un jour, une grande procession se rendait à Saint-Pierre, à travers, la cité léonine: les gens de Louis II
L'EMPERETJR LOUIS II. 243
l'assaillirent, la dispersèrent, maltraitèi'ent les pèlerins, foulèrent aux pieds les insignes sacrés. Après ces violences, tout était à craindre. Le pape sortit une nuit du Latran; évitant les portes gardées, il se rendit au bord du Tibre; une barque le passa secrètement; il parvint à pénétrer dans la basilique. Là, prosterné devant le tombeau de l'apôtre, il demeura deux jours en prières, sans prendre aucune nourriture.
Dieu l'entendit. Déjà l'un des soldats qui avaient renversé dans la boue la croix de la procession avait été frappé de mort subite. L'empereur lui-même fut saisi par la fièvre. Le pape, toujours prosterné, priait toujours. Il fut relevé par l'impératrice Engelberge, jusque là très fière, mais qui commençait à faire de tristes réflexions. Nicolas l'accompagna au chevet du malade. On s'expliqua.
Louis II abandonna ses protégés et laissa au pape toute liberté dans le domaine du droit ecclésiastique. Bref, Nicolas rentra à Rome plus fort que jamais, et l'empereur, guéri, regagna le nord de l'Italie.
A partir de ce moment, tout se passa à peu près bien entre les deux majestés. Au con-
cile du 1" novembre, Nicolas prononça enfin contre l'évoque de Porto, Radoald, la sentence de déposition que ce personnage avait si bien méritée. Jusque-là, par crainte de l'empereur, on avait usé envers lui de tous les atermoiements, quoique sa culpabilité dans l'affaire de Pholius i'ùl des plus évidentes.
Le vieil Arsène finit par trouver que le pape prenait un peu trop le dessus. En dépit des légations Iructiieuses dont on le combla, et peut-être par crainte d'avoir un jour des comptes à rendi^e, en dépit même de la faveur dont son fils Anastase continuait à jouir au Latran, Arsène se trouvait, dans les derniers temps de Nicolas, un peu en froid avec lui.
Hadrien II, comme don de joyeux avènement (867), montra quelque faveur à diverses personnes compromises, notamment Anastase et Theutgaud. Anastase fut même élevé au rang de bibliotbécaire du Saint-Siège. Dans les premiers temps du nouveau pontificat, il y eut une certaine divergence entre son père et lui. Arsène poussait à la réaction contre Nicolas, et même à la rescission de certains de ses actes, qui avaient plus particulièrement
chagriné l'empereur Louis. Il fit venir à Rome les deux archevêques Gunther et Theulgaiid, leur garantissant une restitution qui, différée d'abord, finit par ne pas venir du tout. Anaslase le contrecarrait sur ce poinl. Il avait été le conseille!^ des mesures de rigueur sous le pontificat précédent; il n'entrait nullement dans ses vues qu'on les mitigeât. Moins impérialiste, au fond, que son père, Anastase avait plutôt le tempérament pontifical. Si Louis II eût réussi à en faire un pape, il aurait eu sans doute affaire à forte partie. Je soupçonne ({u'il se sera félicité quelquefois d'avoir échoué en cette entreprise. Dans le cas présent, Anastase finit en somme par avoir le dessus. Ces ({uerelles, du reste, n'ébranlèrent nullement le crédit de la famille. Arsène resta, comme devant, missus et apocrisiarius, c'est-à-dire tuteur temporel du pape, tandis qu'Anastase conservait la haute main sur le secrétai'iat et la surveillance du gouvernement spirituel.
Ils voulurent aller plus loin et faire quelque chose pour un troisième membre de leur famille, Eleuthère, frère d' Anastase. Celui-ci avait des visées d'un autre ordre. En ce temps-
là, l'alliance avec la famille du pape ouvrait bien des portes; le népotisme commençait. Les nièces de Benoît III ei de Nicolas P"" avaient été mariées à des membres de la noblesse laïque. Fécondes en avancements et en profits, ces unions devaient peu de chose au sentiment : les malheureuses femmes eurent beaucoup à se plaindre de leurs maris. Hadrien II, marié avant d'entrer dans les ordres majeurs, avait encore sa femme et sa fille. Celle-ci, vu l'âge du pontife et les dates de sa carrière, ne pouvait être de première jeunesse. Mais, outre que son père était de grande famille, sa nouvelle qualité de fille du pape rendait son union désirable. Hadrien l'avait déjà fiancée à un autre, quand elle fut recherchée par Eleuthère. Arsène travaillait, en bon père de famille, à établir ses enfants. Ce mariage, du reste, ne pouvait manquer de renforcer sa propre situation.
Hadrien, fidèle à la parole donnée, refusait son consentement. Eleuthère persista; il parvint à circonvenir celle qu'il convoitait, et l'enleva avec sa mère. On juge du scandale. Quelle histoire autour de la chaire apostolique ! Encore n'était-ce que le commencement.
Hadrien, cruellement blessé, s'adressa à l'empereur, réclamant l'envoi de légats (jni instruiraient contre les coupables et lui feraient rendre sa famille. Arsène, de son côté, fit diligence et partit pour le sud de l'Italie, où se .trouvait alors la cour, sans oublier sa caisse, répertoire d'arguments dont il connaissait la valeur. Il rejoignit les princes à Acerenza, mais la maladie le saisit aussitôt. Il eut le temps de confier à l'impératrice et son désir et son trésor, mais non celui de recevoir les derniers sacrements, de sorte que le bruit courut qu'il avait rendu son âme non pas à Dieu, mais au diable. Ses serviteurs se mirent en devoir de rapporter son cadavre à Rome ou à Orte. Arrivés aux environs du Mont-Cassin, ils se trouvèrent si incommodés par l'odeur qui s'en dégageait, qu'ils l'enfouirent précipitamment dans un pré^.
On n'était pas au bout des tragédies. L'empereur Louis ayant mis ses missi aux trousses d'Eleutbère, celui-ci, serré de près, n'hésita pas à assassiner la fille et même la femme du
1. Sur cette fin, voir Hinomar Ann., 868; et Bibliotheca Casinensis, t. III, p. 139.
pape. Il tenait apparemment à ce que nul ne pût se prévaloir d'un moyen d'influence qui lui échappait à lui-même. La voix publique, confirmée par des témoignages précis, accusa Anastase d'avoir été l'instigateur de ce double crime. Exaspéré, le pape Hadrien le fit comparaître devant une assemblée du clergé romain, à Sainte-Praxède, et le frappa de nouveau de toutes les sentences ecclésiastiques qu'il avait encourues sous Léon IV et Benoît III, lui défendant en outre de s'éloigner de Rome à plus de quarante milles. Quant à Eleutlière, les légats impériaux le firent arrêter et exécuter.
La colère d'Hadrien ne tarda pas à tomber. C'est le 4 octobre 808 qu'il avait fulminé sa sentence contre Anastase; avant la fin de 869, celui-ci était réintégré dans ses charges de secrétaire et de bibliothécaire pontifical. On doit croire qu'il avait réussi à prouver qu'il n'était pour rien dans les crimes de son frère.
A l'hiver 869-870, il partit pour Constantinople, chargé, avec deux dignitaires de l'empire, de négocier le mariage de la fille de Louis II avec l'un des fils du souverain grec, Basile le Macédonien. Il arriva à temps pour
assister à la dernière session du huitième concile œcuménique et voir de ses yeux la déroute de Photius, un des adversaires contre lesquels il s'était le plus escrimé. C'est même grâce à lui que le Saint-Siège eut communication des actes du concile, car l'exemplaire remis aux légats du pape leur fut volé en route, et Photius parvint plus tai^d à faire brûler les autres. Mais Anastase avait eu la précaution de s'en faire exécuter un tout exprès pour lui, et il ne le laissa pas voler. Non seulement il le rapporta à Rome, mais il en publia une traduction latine, par laquelle seule nous connaissons cet important document.
Ces orages, en somme, ne dérangèrent pas le système; ils n'eurent même, à tout prendre, aucune influence sur le personnel. Arsène dut être remplacé. On donna sa charge au nomenclateur Gi^égoire, personnage tout ausi rapace que son prédécesseur.
Une circonstance touchante mit en relief l'alliance de la papauté et de l'empire. Louis II, après bien des efforts, avait réussi à s'emparer de Bari et à détruire ainsi le principal repaire des musulmans dans l'Italie du sud (2 fév. 871). Comme il séjournait à Béné-
vent, au retour de sa campagne, il lut trahi et fait prisonnier par le duc du lieu, Adelgis, lequel ne le relâcha qu'après l'avoir dépouillé et lui avoir fait jurer de ne pas se venger. Rendu à la liberté (17 sept.) après trente-cinq jours de captivité, le malheureux empereur revint à Ravenne par Spolète, très humilié de cette atteinte portée en sa personne à la majesté impériale. L'année suivante il vint à Rome vers les fêtes de la Pentecôte. Le pape Hadrien l'accueillit, le consola, et, pour relever en quelque sorte son prestige abattu, il lui réitéra la cérémonie du couronnement impérial et le conduisit en grande pompe de Saint- Pierre au Latran. Enfm il déclara solennellement que le serment extorqué n'avait aucune valeur. L'empereur reprit alors ses campagnes contre les musulmans, du côté de Capoue et de Salerne.
Il mourut le 12 avril 875, dans les environs de Brescia. On le déposa à Milan, dans la ba silique Saint-Ambroise, qui garde encore son tombeau.