Liber Pontif., Vie de Jean III
l'Italie se trouva brisée pour bien des siècles. Ce n'est pas qu'iVlboin lui voulûl du nuU. 11 l'aurait volontiers maintenue, à son prolil, bien entendu, s'il en avait eu le pouvoir. Mais sa horde n'avait ni assez de force militaire ni assez de cohésion nationale pour s'assimiler l'Italie entière, pas même pour y tenir la situation dirigeante qu'avaient occupée les Goths. D'autre part, l'empire byzantin, accablé au nord par les Avares, a l'est par les Perses et les Arabes, n'était plus de taille à soutenir les grandes pensées de Justinien. Aux derniers venus de la barbarie germanique, il ne put opposer que des entreprises fort décousues; c'était tout ce que lui permettait le délabrement de ses finances et de son état militaire.
Wrs la fin du sixième siècle, deux efforts, qui n'étaient pas convergents, représentaient la défense romaine. L'un, celui de l'espérance invincible, illimitée, mais impuissante i, s'in-
1. Il est possible que si les Francs de Childebert II eussent appuyé plus sincèrement et plus vigoureusement l'exarque, celui-ci fût parvenu à se débarrasser des Lombards. Mais il eût trouvé les Francs devant lui, et je ne vois pas ce qu'il eût ga-
carnait dans l'exarque Romanus, lieutenant de l'empereur Maurice, l'autre, celui das intérêts locaux et des revendications pratiques, avait pour organe la diplomatie du pape Grégoire. Ce dernier effort était le seul, eu égard aux circonstances, qui eût chance d'aboutir. Il aboutit à la paix, mais aussi à la perte de l'unité. On partagea avec les Lombards.
Dès lors, il y eut deux Italies, l'Italie lombarde et l'Italie byzantine. La première obéissait aux maîtres barbares de la vallée du Pô et de la Toscane septentrionale; l'autre se réclamait de l'empereur romain d'Orient. Celle-ci diminuait d'année en année. L'occupation byzantine, cédant à l'effort incessant de la conquête, se repliait sur la côte, sur la rivière de Gênes, sur les lagunes vénitiennes, sur les presqu'îles du sud, et s'y défendait avec peine. Entre les deux, la paix la plus jurée était toujours bien peu durable. Les Byzantins croyaient toujours qu'ils s'étaient assez ré-
gné au change. Ce qu'il aurait fallu, au point de vue byzantin, c'eût été une victoire remportée avec les seules forces de l'empire. Or, cela n'était pas possible.
plies; les Lombards en jugeaient autrement. Avec le temps ils prirent force dans le sol conquis, et fmirent par se trouver en mesure d'accomplir les destinées pour lesquelles Aiboin et son monde s'étaient trouvés insuffisants. Partout, à toute occasion, on les voyait reprendre leurs desseins de conquête.
De tous côtés, ils gagnaient la mer. Dès le septième siècle, Rotharis s annexa le littoral ligure et ce que l'empire avait conservé de terre ferme au fond de l'Adriatique. Le duché de Bénévent se détendait de son côté comme un ressort : il absorbait Salerne, la côte lucanienne, la Fouille maritime; s'enfonçait, derrière les impériaux en retraite, jusque dans la terre d'Otrante et la Calabre. Au temps de saint Grégoire, il y avait encore une sorte de continuité entre la Vénétie maritime et les territoires du sud. On pouvait aller, sans presque quitter le sol impérial, depuis les îles vénitiennes jusqu'au détroit de Messme. Cet état de choses ne se maintint pas. La poussée lombarde s'exerçait sur toute la ligne des possessions byzantines; des brèches se produisirent aux points faibles, et le domaine de l'empire ne tarda pas à se fractionner. Les débris de
l'extrême sud, Otrante, Gallipoli, Reggio, se défendaient en s'appuyant à la Sicile; les promontoires de Sorrente, de Naples, de Gaète, tenaient tant bien que mal, grâce à la mer secourable; les lagunes du nord s'orientaient sur l'île de Rialto, où Venise commençait à naître. Au centre, Rome et Ravenne luttaient plus péniblement avec de bien faibles ressources. Rome avait pour elle le respect religieux qu'inspiraient ses sanctuaires. Ravenne, elle, n'était protégée que par la majesté de l'empire, lointaine et mince. Contre lune et l'autre, le roi Liutprand était évidemment très fort. Aussi poussait-il ses entreprises. Sutri, Narni, Sora, Cumes, Osimo, Ancône, Rologne, Césène, Classis même, le propre port de Ravenne, tombaient aux mains du roi lombard, ou des ducs de Spolôte et de Bénévent. On négociait quelquefois, on risquait des combinaisons stratégiques, qui n'échouaient pas toujours. Le pape, quand on le serrait de trop près, intervenait de ses instances et de ses finances. Il arrivait, mais rarement, qu'on obtînt ainsi quelques succès. En somme, cependant, il était visible que ni Rome, ni Ravenne n'en avaient plus pour longtemps, et qu'à
force de conquérir autour d'elles, on finirait bientôt par les conquérir elles-mêmes.
C'est à ce moment (v. 726) que le gouvernement byzantin, comme si ses afiaires n'eussent pas marché assez mal en Italie, imagina de se brouiller avec le Saint-Siège, d'abord à propos de fiscalité, puis et surtout à propos de questions religieuses. Grégoire 11, défenseur du patrimoine ecclésiastique, crut devoir résister à certaines impositions nouvelles. On sait que l'Eglise romaine avait une grande fortune territoriale en Sicile, en Calabre et dans les autres pays byzantins. Le pape était le plus gros contribuable d'Italie. Son opposition compromit les projets financiers de l'empereur. Mais ce qui acheva de troubler la situation, ce fut la querelle des images, où l'on vit le gouvernement légiférer sur les choses du culte et prétendre imposer au pape des règlements religieux qui ne lui avaient pas même été soumis K Grégoire II protesta, et
1. Justinien II lui-même, dans l'affaire du concile in Trullo, s'était autorisé d'une assemblée ecclésiastique imposante et n'avait pas cru pouvoir se dispenser de négocier avec le pape.
son cri d'alarme fut entendu de l'Italie entière, sans distinction de Romains et de Lombards.
Mais s'il organisa la résistance, il ne songea pas un moment à la révolte. Ce fut toujours un loyal sujet de l'empire. Les fonctionnaires byzantins, il faut l'avouer, mettaient sa fidélité à une rude épreuve. L'ennemi, pour eux, ce n'étaient plus les Lombards, c'était le pape. Ils avaient commission de s'en défaire et, faute sans doute de pouvoir Tarrêter, ils cherchaient à le faire assassiner. L'exarque Paul fit même avancer des troupes contre Rome, où la population tenait pour le pontife. Mais les Lombards vinrent au secours des Romains, et l'exarque dut se replier sur Ravenne. Il ne tarda pas à s'y trouver mal à l'aise. Les milices de la Pentapole et de Venise lui refusèrent obéissance. Elles parlaient même de proclamer la déchéance de Léon l'IsaiTrîen, de faire un autre empereur et de le conduire à Constantinople. C'était beaucoup d'enthousiasme. Le pape les calma.
A Ravenne même, le mécontentement aboutit à une émeute, où périt le malheureux exarque. L'empereur en envoya un autre, Eutychius, qui fut le dernier. Nanti des mêmes
instructions que son prédécesseur, il recourut d'abord aux mêmes moyens d'exécution. Mais la résistance qu'il rencontra le porta à tenter, avant tout, de rompre l'espèce d'alliance ({iie les nécessités de la défense religieuse avaient établie entre le pape et les Lombards. Au point de vue byzantin, rien n'était plus dangereux qu'un tel rapprochement. Les Lombards du royaume et ceux des deux duchés de Spolète et de Bénévent ne s'entendaient (pi'à moitié. Dès l'origine, les duchés avaient joui d'une grande autonomie, qui n'avait pas manqué de se fortifier avec le temps. Ils tenaient à l'état lombard, mais comme, de l'autre côté des Alpes, les duchés d'Aquitaine, dAlamanie, de Bavière, tenaient au royaume franc, c'est-à-dire par des liens assez lâches. Le roi Liutprand cherchait les occasions d'intervenir dans ces provinces détachées et d'y faire sentir son pouvoir. Il accepta les avances du nouvel exarque, et tous deux s entendirent pour faire rentrer Spolète et Bénévent sous l'autorité royale, Rome sous celle du représentant de l'empereur.
Cette combinaison pacifique réussit, pas tout à fait comme l'empereur l'eût souhaité,
10 LES PREMIERS TEiMI'S DE L'ÉTAT PONTIFICAL.
mais en somme à la satisfaction générale. Le roi entra dans Spolète, où il reçut la soumission des deux ducs; puis il vint à Rome, ou plutôt à Saint-Pierre, flanqué de l'exarque. Grégoire alla les y recevoir. Liutprand était un prince chrétien et un politique avisé. On s'entendit en sacrifiant la politique agressive de l'empire contre le Saint-Siège. Le roi combla Saint-Pierre de présents et le pape d'amabilités; Eutychius tomba dans les bras de Grégoire et, afin de bien montrer qu'on n'en voulait pas au souverain de Constantinople, les Romains partirent en guerre sous ses étendards, l'exarque à leur tête, pour aller exterminer un compétiteur qui avait surgi, non sans opportunité, dans un coin de la Tuscie romaine. Ce rival de Léon l'Isaurien, appelé Petasius et aussi Tibère, fut tué à xMonterano, et, depuis lors l'exarque de Ravenne s'abstint d'instrumenter contre le pontife romain. On avait, en somme, tourné le dos, sinon à l'empire, au moins à l'empereur, et l'on se décentralisait au point de s'arranger entre soi, sans prendre langue à Constantinople.
La situation se précisa bientôt. La lutte contre les images, d'abord menée par Tempe-
reur tout seul, ne tarda pas à prendre une autre tournure par la démission imposée au patriarche Germain de Constantinople (730).
Grégoire II refusa de reconnaître le successeur qui lui fut donné et admonesta sévèrement le prince auteur de tous ces troubles. Il mourut peu après (731): mais Grégoire III, qui le remplaça, maintint son attitude, et la renforça même par des démonstrations conciliaires. Léon ne se laissa pas fléchir. Quand les messagers pontificaux parvenaient à Constantinople, on s'en débarrassait en les corrompant ou en les effrayant; le plus souvent ils étaient arrêtés au passage par les croisières du patrice de Sicile. Les propriétés du Saint- Siège, en cette île et dans les autres possessions byzantines du sud italien, furent saisies alors, si elles ne l'avaient été déjà; on orienta vers Constantinople les évêques de ces contrées; depuis lors ils ne purent venir à Rome se faire consacrer et l'on affecta de les considérer comme relevant du patriarche de la ville impériale.
L'exarque devenait ce qu'il pouvait. Sa réconciliation avec le pape n'était pas pour augmenter sa faveur auprès de ses maîtres. Il faut
i)joiilei' qu elle ne le protégeait que faiblement contre les entreprises des Lombards. Grégoire II avait à peu près réussi à défendre le territoire romain contre ses entreprenants voisins. Sans doute il avait dû laisser Narni aux griffes du duc de Spolète, mais il avait réclamé Sutri, occupé de bonne heure, et Liutprand le lui avait rendu. Il n'en était pas de même du côté d'Ancône et de Ravenne; dans ces parages, le territoire impérial se rétrécissait de plus en plus. Il se rétrécit tellement que Ravenne .elle-même tomba aux mains des Lombards et que l'exarque Eutychius fut obligé de s'enfuir à Venise. Son départ, toutefois, n'était pas définitif. Les Vénitiens, exhortés par Grégoire III, le ramenèrent à Ravenne et l'exarchat reprit pour quelques années encore.
A ce moment une imprudence politique faillit tout compromettre. Au milieu de ces conflits, les Romains avaient pris conscience d'eux-mêmes et ne résistaient pas à la tentation de jouer un rôle en Italie. De leur côté, les ducs de Spolète et de Rénévent relevaient la tête et prenaient de nouveau, en face du
roi Liutpraiid, des altiludes indépendantes. Leurs voisins de Rome eurent la malencontreuse idée de se mêler à ces querelles. Le roi marclia sur Spolète, chassa le duc Trasimund et en mit un autre à sa place. Trasimund se réfugia à Rome; Liutprand le réclama, et, comme on refusait de le livrer, il saisit quatre places au nord du duché, Ameria, Orte, Bomarzo et Blera. Puis il se considéra comme en état de guerre avec les Romains, et ses gens organisèrent sur les terres de ceux-ci des expéditions de pillages fréquemment renouvelées, qu'ils poussaient jusqu'aux portes de Rome.
Les Romains avaient perdu une belle occasion de se tenir tranquilles. Dans cette Ci(itresse, Grégoire III supplia Liutprand de rendre les quatre places. Le roi n'ayant eu garde de l'écouter, il eut recours aux grands moyens et envoya en France, à Charles-Martel, ambassades sur ambassades, avec des présents, les clefs de la confession de saint Pierre et des lettres fort éloquentes. Il y insistait beaucouo sur le pillage de la campagne romaine, qui tarissait les revenus de Saint-Pierre et forçait a diminuer le luminaire dans le sanctuaire apostolique.
Charles reçut les envoyés du pape avec beaucoup de respect et répondit par une autre ambassade. Mais ses relations avec Liutprand étaient trop amicales pour qu'on pût espérer sérieusement de les troubler. Il lui avait envoyé, peu auparavant, son fds Pépin, le futur vainqueur d'Aistulf, pour qu'il lui coupat les cheveux, en signe d'adoption militaire. Cette année-là même (739), les Sarrasins ayant envahi la Provence, Charles avait lait appel au concours de Liutprand, et le roi n'avait pas hésité à se mettre en mouvement contre l'ennemi commun. D'autre part, la cour franque était renseignée sur les événements d'Italie. On y savait que, si les Romains se trouvaient en mauvais point, c'était un peu leur faute. On les laissa donc se tirer d'affaire comme ils ])ourraient.
Ils y parvinrent, mais pas du premier coup. D'abord ils essayèrent de la guerre. Avec une ardeur assez rare chez eux pour qu'on les en félicite, ils entreprirent la conquête du duché de Spolète, non pour eux, mais pour leur allié Trasimund. Un corps d'armée se jeta dans l'Al^ruzze. l'auti'e marcha sur Rieti et Spolète, où il arriva sans difficulté. On était au mo^s de décembre 740. Trasimund fit égorger !e
duc Hildéric, établi par Liiitprand, cl se réinstalla en son lieu et place.
Il ne lui restait plus qu'à témoigner sa reconnaissance aux Romains en les aidant à reconquérir les places qu'ils avaient perdues pour soutenir sa cause. Mais ceci était plus difficile. Trasimund, ai)paremmeni, ne se jugeait pas en force pour des opérations si lointaines. Il sentait bien ([u'il aurait déjà fort à faire pour se maintenir dans son duché. Liiitprand, sans se presser, se préparait à intervenir contre son vassal rebelle de Spolè^?, contre l'allié de celui-ci, le (hic de Bénévent, et aussi contre leurs bons amis de Rome. L'année 741 se passa dans l'attente. Les Romains réclamaient leurs villes à Trasimund; Trasimund levait les bras au ciel. Sur ces entrefaites le pape mourut, au mois de décembre, un an après l'entrée triomphale à Spolète. La même année avaient disparu les deux grands princes d'Orient et d'Occident, Léon risaui'ien (18 juin) et Charles de France (22 octobre).
Il était temps qu'un homme sage fît prévaloir auprès des Romains les conseils de la
prudence. Le pape Zacharie, élu sans retard, n'eut pas de peine à leur expliquer les perspectives qui se dessinaient à l'horizon. Liutprand s'approchait en force, bien sûr qu'aucune intervention n'était à redouter du côté des Alpes. On avait déjà vu, sous son règne, et pai' deux fois, que Spolète et Bénévent ne tenaient pas longtemps devant le roi des Lombards. L'appoint du duché de Rome, sans être négligeable, n'était pas pour renverser la proportion des forces. On avait donc toute chance d'être battus, et, cette fois, le roi se trouvant poussé à bout, il devenait douteux qu'il cédât aux prières du pontife et consentît à épargner Rome. Alieux valait abandonner Trasimund, qui, après tout, était un allié sans foi, se mettre du côté du plus fort, et, s'il en était encore temps, rendre au roi quelque service dont il ne man([uerait pas de tenir compte.
Ainsi fut fait. Zacharie fit porter au roi les décisions des Romains, qu'il avait sûrement inspirées, et le roi promit, non seulement de laisser en paix le duché de Rome, mais encore de lui rendre les places perdues. Dès qu'il approcha de Spolète, l'armée romaine se mit en marche pour l'aider. Trasimund se rendit à
discrétion. Puis le pape, craignant qu'il n'en fût des promesses du roi comme de celles dii duc de Spolète, se mit en route pour aller les lui rappeler, et en même temps pour arranger avec lui les autres affaires, tant de l'Eglise que du duché. L'entrevue eut lieu à Terni; elle fut couronnée de succès. Le roî rendit les quatre villes, accorda au duché de Rome une paix de vingt ans, rendit les prisonniers faits sur les impériaux et restitua au Saint-Siège les patrimoines qu'il possédait dans les territoires annexés les années précédentes.
Plus fait douceur que violence. Les Romains ne furent pas seuls à l'éprouver. L'année suivante, Liutprand, maître de Bologne et d'Imola, se saisit de la ville de Césène, et même d'une partie du territoire de Ravenne. La dernière heure semblait venue pour l'Exarchat. Les Ravennates appelèrent le pape à leur secours. Zacharie, « laissant le gouvernement de Rome à Etienne, patrice et duc », s'empressa de se rendre chez eux, et de là à Pavie, auprès du roi. L'entrevue eut lieu le 29 juin 743. Encore une fois, le roi des Lombards céda à l'ascendant du pontife pacifique, et Ravenne demeura byzantine. Ce ne fut pas pour longtemps.
Au commencement de Tannée suivante, Liutprand termina son long et glorieux règne. Le biographe de Zacharie a l'insolence d'attribuer sa mort aux prières du pape, qui avait eu tant à se louer de sa bienveillance. Croyons, pour Thonneur de Zacharie, que de tels sentiments n'eurent point accès dans son âme, et qu'il a été calomnié par un panégyriste inconscient. Oiioi qu'il en soit, le nouveau roi Ratchis se montra d'abord tout aussi bien disposé que son prédécesseur. A la ])rière du pontife il accorda comme Liutprand, une paix de vingt ans. Mais cette trêve ne concernait que le duché de Rome. Le roi lombard reprit bientôt la guerre contre les impériaux, du côté de la Peut ap oie et de Pérouse.
Il assiégeait cette ville, lorsque le pape survint encore une fois. Encore une fois il fallut se rendre à son éloquence invincible, et lâcher la proie que l'on tenait déjà. Le succès de Zacharie dépassa toute espérance. Non seulement Ratchis abandonna le siège de Pérouse; il fit bien plus encore : touché de la grâce, il descendit du trône des rois lombards (749), embrassa la vocation religieuse, et vint, avec toute sa famille, se retirer à Saint-Pierre de
Rome, d'où il finit par se transporter au xMont- Cassin.
Zacharie avait trop réussi. Quand on a le bonheur d'avoir affaire à des rois comme Liutprand et Ratchis, il ne faut ni se réjouir de leur mort, ni les faire entrer au couvent. Aistulf, successeur de Ratchis, se montra moins sensihle à l'éloquence pontificale, et les choses jjrirent tout de suite un pli fort menaçant. Il commença par en finir avec Ravenne et la Pentapole. Quand Zacharie mourut, en mars 752, le régime impérial était définitivement aboli en ces contrées. Au nord de l'Apennin, il n'y avait plus que les lagunes de Venise où l'on se réclamât de l'empereur de Constantinople.