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CHAPITRE II

Situation politique du pape à Rome, en Italie et au dehors. — Rayon de son influence immédiate. — Le duché de Rome, ses limites, son autonomie. — Autorité morale et politique du pape dans cette province : le peuple de saint Pierre. — Rapports avec l'empire grec.

Saint Grégoire le Grand avait été, comme on l'a dit plus haut, le principal représentant de la politique résignée qui admettait le partage de l'Italie entre l'empire et les Lombards. Cela ne l'empêchait pas d'être un excellent patriote, comme on dirait en langage moderne. En théorie, ses regrets allaient aussi loin que les espérances de l'exarque Romamîs.

Dans la pratique, il s'intéressait autant que

qui que ce fût à la sécurité de l'empire et à sa prospérité. Ses successeurs s'inspirèrent des mêmes sentiments, et c'eût été grand malheur pour l'empire qu'il en fût autrement. Le pape, en effet, était une force morale de premier ordre, que les circonstances, en un temps où l'on n'était pas si jaloux qu'à présent de délimiter le spirituel et le temporel, transformaient aisément en un puissant facteur politique. Il parlait par-dessus les frontières aux Wisigoths, aux Francs, aux Anglo- S axons, aux Bavarois, et notamment aux Lombards, qui, à mesure qu'ils se convertissaient, entendaient plus volontiers sa voix. A l'intérieur de l'Italie byzantine, sa situation politique était hors ligne. C'est un enfantillage théologique que de parler de l'évêque de Rome, à n'importe quelle époque, comme d'un évèque quelconque. C'est un enfantillage historique que d'insister, à propos d'un pape du sixième, du septième, du huitième siècle, sur la qualité de sujet de l'empereur de Constant inople. En théorie, il n'y a pas de doute, c'était un sujet, car on est sujet ou souverain, et, dans l'empire, il n'y avait pas d'autre souverain que l'empereur. Mais en réalité ! En

réalité, l'empereur ne le nommait pas; il se bornait à ratifier son élection laite a Rome et par les Romains. Ceci le distinguait déjà des plus hauts fonctionnaires, y compris, et très spécialement, l'exarque. L'autorité qu'il exerçait ne lui venait pas de l'empereur, et ce ne sont certes pas les reflets de la majesté byzantine qui le faisaient reluire au dehors de l'empire et au dedans. La succession de saint Pierre, le siège de saint Pierre, l'autorité de saint Pierre, le tombeau de saint Pierre, voilà de quoi se réclamait le <( seigneur apostolique )) et ce qui faisait son prestige.

On le voit souvent mêlé à des affaires terrestres, à des opérations de guerre, à des négociations de traités, à des nommations de fonctionnaires, à la garde des finances de l'Etat, à des entreprises d'ordre municipal, réparation des remparts, des aqueducs, service de l'alimentation publique; en tout ceci, il ne semble pas qu'il y ait jamais eu ingérence de sa part. On s'est fié à son autorité morale, à son expérience, à son personnel administratif, à la solidité de ses finances; on a sollicité son concours; il ne l'a pas refusé.

Toutefois il y a lieu ici à distinction. Cette

gi'aiule inriuence qircxercail le pape se l'aisait sentir avec plus d'intensité dans son voisinage immédiat. On le voit sans doute intervenir dans les affaires, même politiques, même militaires, de Ravenne et de Xaples. Mais c'est de Rome surtout qu'il s'occupait, c'est-à-dire des populations dont il était le pasteur spirituel immédiat, et dont les nécessités, même purement temporelles, ne pouvaient manquer de le toucher de plus près. Ces relations, ces services sollicités et rendus, créèrent des habitudes. Il arriva ce qui devait arriver. Autour du sanctuaire apostolique, on vit se former comme une banlieue spéciale, un territoire sacré. Les limites se tracèrent toutes seules, ou plutôt elles furent fournies assez naturellement, non par le périmètre de la ville, qui n'eût pas ^té suffisant, mais par la frontière du duché de Rome.

Le duché de Rome, ressort du duc * et des autres autorités militaires en résidence à

1. Les commandants en ctief avaient d'abord porté d'autres titres; celui de duc apparaît pour ia première fois en 712.

Rome, avait été délimité lui-même par l'arrêt de l'invasion lombarde. Au temps de Liutprand, il comprenait d'abord, entre la mer et le Tibre, une partie de l'ancienne Tuscie; c'est ce qu'on appelait la Tuscie romaine, distinguée ainsi de la Tuscie lombarde. Du côté de celle-ci, les localités les plus au nord étaient, sur la mer, Centumcellae (Cività-Vecchia), sur le Tibre, Orte; entre les deux, les places de Blera (Bieda), Sutri et Bomarzo. Au delà du Tibre, Amelia, assez voisine d'Orte, se trouvait sur la ligne entre Pérouse et le duché de Rome; elle se rattachait à celui-ci. Sauf ce point, la rive gauche du Tibre, jusqu'aux environs de Monte Rotondo, appartenait au duché de Spolète i; Nomentum et Tibur étaient les premières villes romaines; puis la frontière suivait les montagnes en arrière de Préneste. Anagni, Alatri, Veroli, jusqu'au Liris, d'où elle rejoignait Terracine 2.

1. Pas depuis très longtemps. Narni fut annexée vers 725, la Sabine proprement dite une douzaine d'années auparavant (L. P., t. I, p. 403, 428). Pour la Sabine, il faudrait remonter un peu plus haut si les deux premières pièces du cartulaire de Farfa étaient authentiques : mais ce n'est pas le cas.

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