‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 45 sur 74 · Sur Boson, voir Poupardin, op. cit · texte numérisé non relu

Sur Boson, voir Poupardin, op. cit

Ce chaos se débrouilla un peu en 879.

Louis le Bègue mourut en avril, laissant deux fils trop jeunes et trop faibles pour avoir des visées quelconques sur l'Italie. En octobre, Boson se faisait couronner roi de Provence; il était à prévoir que cette usurpation lui attirerait des difficultés propres à le retenir pour longtemps au delà des Alpes. En Germanie, Carloman, près de mourir, cédait l'Italie à Charles le Gros; en même temps, le roi de la France orientale, Louis, après avoir profité de la mort de Louis le Bègue pour envahir le royaume d'Occident, se précipitait sur la Bavière, et se substituait au malheureux Carloman. Celui-ci, du reste, mourut le 22 mars 880. Son successeur ne devait pas lui survivre deux ans; le 20 janvier 882, Louis mourait à son tour. Trois ans plus tard, à la fin de décembre 884, le dernier des deux fils couronnés de Louis le Bègue était mort lui aussi. La lignée carolingienne n'était plus représentée, dans le royaume occidental, que par un enfant de quatre ans, Charles (le Simple), fils posthume de Louis le Bègue: en Germanie, par le dernier fils de Louis le Germanique, Charles le Gros. Celui-ci recueillit toute la

succession et fut reconnu comme souverain dans toute l'étendue de l'empire de Charlemagne et de Louis le Pieux, sauf en Provence, où Boson maintint son usurpation. Ce régime unitaire dura seulement trois ans; il finit par la déposition et la mort de Charles le Gros.

Mais ces changements n'affectent qu'indirectement l'histoire de l'Italie : à partir de l'année 879, Charles le Gros est le seul prince carolingien avec qui Piomains et Italiens aient eu affaire.

Après s'être entendu avec ses frères, et même avec les deux jeunes rois de la France occidentale, qu'il rencontra à Arles, Charles franchit les Alpes; dès le mois de novembre 879, il était reconnu comme roi dans le nord de l'Italie. C'est à Ravenne, vraisemblablement le 6 janvier 880, qu'il fut solennellement proclamé, en présence du pape et des principaux évêques de son nouveau royaume; ceux-ci lui prêtèrent serment.

Le pape aurait bien voulu l'emmener à Rome combattre les Sarrasins. Mais Charles, pressé de repasser les Alpes pour aider ses cousins de France à réduire Boson, le ren-

voya, selon l'usage, au duc de Spolète. Cependant il reparut en Italie l'automne suivant; Jean VIII le supplia de venir à lui, lançant des malédictions contre son ancien ami Boson et protestant que ses rapports avec les Grecs n'impliquaient aucun manque de fidélité, ce qui était vrai, car le pape n'avait jamais demandé aux Grecs que de faire agir leur flotte contre la marine des Sarrasins. Charles se décida; on le vit arriver au commencement de février 881, et, le 12 de ce mois, il fut sacré empereur avec sa femme Richarde.

Mais Jean VIII n'en fut guère plus avancé; Charles le Gros repartit pour l'Italie du Nord où il séjourna encore plus d'un an. Il eut même, en février 882, une nouvelle entrevue avec le pape à Ravenne. En sa présence, les Spolétains promettaient tout; lui parti, ils n'exécutaient rien. Au mois de mai 882, l'empereur repassa les Alpes pour aller se mettre en possession des états de son frère Louis, lequel venait de mourir et laissait la Lorraine en proie aux Normands. Jean se trouva de nouveau seul, entouré d'ennemis, dénué de tout secours.

Il mourut le 15 décembre 882, dans les cir-

constances les plus tristes. Une conspiration s'organisa contre lui; ses proches eux-mêmes y prirent part. On commença par lui donner du poison; puis, comme il ne mourait pas assez vite, on l'assomma à coups de marteau^. C'est le premier pape qui soit mort assassiné.

Jean mourait à la peine, victime d'une situation qui, en dépit de tous ses efforts, n'avait fait que s'aggraver. Des trois branches de la maison carolingienne, la première, l'italienne, s'était brisée sous ses yeux; la française, sur laquelle il avait compté ensuite, ne lui avait été d'aucun appui; en désespoir de cause, il s'accrochait à la troisième, à la branche allemande. ]\Iais il avait déjà dû comprendre que Charles le Gros ne l'aiderait pas plus que Charles le Chauve. Les Sarrasins ravageaient la campagne et le littoral de l'état romain : toujours ils trouvaient, derrière les remparts de Naples, de Gaète, de Capoue, des alliés chrétiens qui les abritaient contre les expéditions organisées par le pape et les aidaient à jouir du butin ramassé dans les leurs. Sur les fron-

1. Anii. Fuld., récit unique, mais qui doit reposer sur les rapports envoyés à Charles le Gros.

tières intérieures, le duc de Spolète et le marquis de Toscane étaient toujours des voisins aussi incommodes. Même à Rome, les mécontents, excités par les exilés, peut-être aussi par la rigueur du gouvernement, reconstituaient le personnel d'opposition contre lequel Jean VIII avait voulu sévir en (S76. Ce pape est donc un vaincu; mais ce fut un combattant tenace et intrépide.

L'élection de son successeur Marin se fit sans trouble. C'était un bomme intelligent; trois fois, sous les papes précédents, il avait été (^nvoyé à Constantinople en qualité de légat; il figure même à ce titre parmi les présidents du concile œcuménique de 869, où l'on déposa Pbotius: à sa dernière mission, en 800, il avait retrouvé ce personnage, non plus dans la situation d'un accusé, mais sur le trône patriarcal et en avait été assez mal traité. Jean VIII avait reconnu Pbotius, pour ne pas se brouiller avec l'empereur Basile et pour obtenir qu'il l'aidât dans sa perpétu.elle croisade. Pour Marin, Pbotius était plus qu'un adversaire ecclésiastique; c'était un ennemi personnel. Sur ce point il pensait et sentait comme Formose.

Outre cette communauté de vues avec le

plus marquant des ennemis de Jean VIII, Marin paraît avoir eu des sympathies qui ne cadraient pas avec celles de son prédécesseur. Son avènement fut le signal d'une réaction très vive. Formose, l'apocrisiaire Grégoire et les autres exilés revinrent à Rome, rappelés et absous de leurs excommunications. L'évêque de Porto avait juré, au concile de Troyes, de vivre désormais sous l'habit laïque, sans jamais réclamer son siège; Jean VIII avait même exigé de lui un serment supplémentaire par lequel il s'engageait à ne plus remettre les pieds à Rome. Marin leva toutes les sanctions..

Quel que soit au juste le sentiment qui l'ait guidé dans cette affaire — car il est encore possible que l'empereur y ait été pour quelque chose — il est sûr, à tout le moins, que le rappel des exilés supprimait un des embarras de la situation.

L'élection de Marin avait quelque chose d'irrégulier. Ce personnage, que la mort de Jean VIII trouva dans les fonctions d'archidiacre, avait été évêque de Caere (Cervetri) pendant quelque temps. Sur le moment, on ne pensa pas à lui faire un reproche de sa translation, précédée, il est vrai, d'une démis-

LES TRIBULATIONS lE JEAN VIII. 283

sion; mais le cas de Formose rappela bientôt l'attention sur cette origine. Après seize mois de pontificat, il fut remplacé par Hadrien III, qui ne siégea pas plus longtemps.

On sait peu de chose des rapports entre l'empire et ces papes éphémères. Marin se rencontra avec Charles le Gros, en juin 883, à Nonantola. Deux ans après, Hadrien TII, appelé en Germanie par l'empereur qui désirait user de son autorité pour régler sa propre succession, se mit en route et mourut auprès de Nonantola, où il fut enterré.

Ni pour Marin, ni pour Hadrien, les textes ne permettent de voir si l'ancien droit de confirmation avait été exercé. La vacance du siège paraît avoir été fort courte en 882 et en 881: on ne recourut donc pas à l'empereur; mais il est possible que le missus permanent ait été autorisé à donner la ratification. Il est sûr qu'il y avait un missus en 885, Jean, évêque de Pavie; c'est même à lui que le pape Hadrien III confia le gouvernement de la ville de Rome avant de se rendre à l'appel de l'empereur.

La mort soudaine d'Hadrien ayant laissé le siège vacant, les Romains, et le missus avec

eux, choisirent le prêtre Etienne, homme de noble et riche famille, et l'ordonnèrent sanfplus tarder (septembre 885). Il paraît que Charles le Gros avait une autre candidature en tête, car il se montra fort irrité de ce que l'on eût procédé si vite et sans le consulter. • Il envoya même son archichancelier Liutward, évêque de Yerceil, avec mission de déposer le pape. Mais celui-ci parvint à apaiser l'empereur et à le convaincre, par la présentation de son décret d'élection, que tout s'était passé régulièrement.

Deux ans après, c'était l'empereur lui-même qui était déposé par ses propres sujets. L'événement se produisit à la villa de Tribur, en novembre 887. Quelques semaines après (13 janvier 888), la mort venait soustraire le souverain dépossédé aux regrets que pouvait lui avoir laissés sa grandeur disparue.

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