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CHAPITRE XV

L EMPUU'] I)K SPOLKTK

Arnulf, roi de Germanie. — Guy de Spolète et Bérenger. — Guy et Lambert couronnés empereurs. — Embarras du pape Formose. — Agiltrude. — Arnulf à Rome et à Spolète — Lambert, maître de l'Italie. — Mort de Formose. — Le concile du cadavre. — Schisme romain : Serge III et Jean IX. — Les conciles de Jean IX. — Mort de Lambert.

La mort de Charles le Gros ouvrait beaiiroiip de successions. En Germanie, l'opposition était venue d'Arnulf, duc de Carinthie, fils naturel de Carloman, un vaillant soldat, comme l'avait été son père. Il ne restait plus qu'un seul prince carolingien légitime, le fils posthume de Louis le Bègue, Charles (le Simple), âgé de sept ans. On le négligea pour le mo-

ment, en France comme en Germanie, et l'on se rallia plus ou moins volontiers autour du bâtard de Carloman.

Toutefois il fut impossible à celui-ci de maintenir l'unité de l'empire franc. Il dut reconnaître comme rois : V en France, Eudes, comte de Paris, fils de Robert le Fort, le premier capétien qui ait régné; 2'' en Provence, Louis (l'Aveugle), fils de l'usurpateur Boson, mais, par sa mère Ermengarde, petit-fils de l'empereur Louis II; 3° dans le Jura et la Suisse [regnum Jurense), Rodolphe, fils de Conrad, comte d'Auxerre, fonctionnaire insurgé; 4° en Italie, Bérenger, marquis de Frioul, petit-fils de Louis le Pieux par sa mère Gisèle.

Outre ces quatre royautés qui, sans être à proprement parler vassales de celle d'Arnulf, tiraient cependant avantage de leur communion politique avec le souverain germanique, il faut tenir compte, en ce qui regarde la France et l'Italie, de la maison de Spolète.

Guy de Spolète, héritier unique des ducs (ou marquis) Lambert et Guy que nous avons vus aux prises avec Jean VIII, ne se rattachait pas, comme Bérenger de Frioul et Louis de

Provence, à la famille carolingienne. Ce n'était pas pour cela un homme de peu. Ses ancêtres, originaires, comme ceux de Cliarlemagne, des bords de la Moselle, appartenaient à une souche tout aussi noble que celle des Pippinides. Transplantée au centre de l'Italie, vers le milieu du neuvième siècle, cette famille franque n'avait cessé de consolider sa position. Le duché de Spolète était devenu pour elle une principauté héréditaire; mais ce n'était qu'un noyau, un centre de rayonnement. Profitant du morcellement de l'Italie méridionale et de la faiblesse du pouvoir central en ces contrées lointaines, les Lambert et les Guy s'étaient arrangés pour être les maîtres, non seulement chez eux, mais aussi chez leurs voisins. Ils se mariaient en Toscane et à Bénévent, intervenaient dans les affaires de Capoue, de Naples, de Salerne, protégeaient et au besoin opprimaient le pape, traitaient avec les patrices grecs et même avec les Sarrasins. Ces dernières alHances, d'un caractère suspect, leur avaient valu à deux reprises les sévérités impériales. Louis II les avait dépossédés de leur principauté (871-875). Réintégrés par Charles le Chauve, ils se brouillé-

rent encore avec Charles le Gros. En 883, Guy de Spolète, celui à qui nous avons présentement affaire, fut arrêté par ordre de l'empereur, jugé et destitué dans un plaid tenu à Nonantola; mais il réussit à s'échapper, rentra dans son duché, et, appuyé sur une bande de mercenaires musulmans, il se mit en révolte ouverte, si bien qu'il fallut recourir à une exécution militaire. Elle fut confiée à Bérenger de Frioul; mais celui-ci, après quelques succès, vit la peste se mettre dans son armée et dut lâcher prise. Peu après, au commencement de 885, Guy rentra en grâce auprès de l'empereur; il conserva, on le pense bien, une vive rancune contre Bérenger.

A la nouvelle de la mort de Charles le Gros, il s'empressa de poser sa candidature à la couronne de France; les partisans ne lui manquaient pas en ce pays; à leur tête, figurait le luiissant archevêc{ue de Beims, Foulques, successeur d'Hincmar. Guy réussit à se faire couronner à Langres. Cependant Eudes, surtout après son entente avec Arnulf, prit l'avantage d'une façon si nette que le duc de Spolète crut devoir se rabattre sur l'Italie. Ici, il fallut en venir aux mains. Après une bataille in-

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décise près de Brescia (888), la victoire de la Trebbia (889) lui donna le dessus. Bérenger, en dépit de l'alliance germanique, dut se contenter de son marquisat, augmenté, il est vrai, de quelques villes importantes, comme Vérone.

Guy de Spolète était le maître à Milan, à Pavie et dans toute l'Italie au sud du Pô; plus que son rival, il avait droit au titre de roi, qu'ils se décernèrent tous les deuxi.

Voilà donc reconstitué le royaume lombard de Liutprand et d'Aistulf, et cela au profit d'une famille qui, bien que franque d'origine, s'était rapidement italianisée, et non pas suivant la tradition de Louis II et des Carolingiens, mais suivant celle des anciens rois lombards, dans le sens opposé au pape. Les princes de Spolète n'avaient aucun pacte de famille avec le Saint-Siège. S'ils l'avaient quelquefois assisté, c'était comme fonctionnaires impériaux, en exécution d'ordres de leurs supél'ieurs carolingiens. Le plus souvent ils l'avaient persécuté, et cela était dans le sens

. 1. M. G. Cap., t. II, p. 104; documents sur l'élection du roi Guy par les évêques.

de leurs intérêts permanents. Il leur était aussi difficile d'être de bons voisins pour le pape qu'il l'avait été jadis à Aistulf de respecter les provinces byzantines.

Le royaume de Guy était donc une grave menace pour la papauté. Mais que faire ? Passer par dessus les scrupules de légitimité, accepter, comme tout le monde, le bâtard de Carloman et le transformer en empereur romain? On y songea tout de suite. Mais Arnulf était loin, trop occupé de ses difficultés intérieures, et surtout de ses ennemis, les Normands et les Moraves, pour pouvoir s'ingérer dans les affaires d'Italie. L'empire grec eut alors la partie belle. Depuis qu'il avait repris pied dans le sud de l'Italie (876) en s'établissant de nouveau à Bari, ses succès militaires et diplomatiques avaient été sans cesse en augmentant. Une action plus vigoureuse eût transformé en sujétion absolue la vassalité des princes grecs ou lombards de l'intérieur et de la côte ouest. Depuis l'avènement de l'empereur Léon VI (886), Photius avait été renversé du siège patriarcal que le pape Marin lui avait de nouveau contesté; il n'y avait plus de dissentiment aigu entre l'Eglise romaine et l'em-

pire de Constantinople. Il aurait pu intervenir résolument en Italie, reprendre pied à Rome, user l'un par l'autre les prétendants de Spolète et de Frioul et profiter de la faiblesse des royaumes transalpins pour refaire l'œuvre italienne de Justinien. Les Grecs laissèrent passer l'occasion. Le pape Etienne V, après la disparition de Charles le Gros, n'eut à compter qu'avec deux puissances, la nouvelle royauté 'd'Italie et l'héritier tel quel de la tradition carolingienne.

Il rusa. Guy, dont on avait tout à craindre, ne fut pas contrecarré extérieurement. Pour se faire pardonner sa révolte de 883, le duc était parti en guerre contre les Sarrasins aussitôt après sa rentrée en grâce (885); il avait même détruit leur- établissement entre Gaète et le Garigliano, destruction passagère, il est vrai, mais qui lui valut beaucoup d'actions de grâces. Le pape Etienne, écrivant l'année suivante à l'archevêque de Reims^, parent de Guy, déclare qu'il considère celui- ci comme son fils unique. Cette tendresse paternelle ne l'empêcha pas, en 890, d'invoquer le se-

cours d'Arnulf. 11 ne le fit pas par lettres directes; il recourut à l'intermédiaire du duc des Moraves, Zwentibald, lequel pria en son nom le roi de Germanie (( de venir à Rome visiter le sanctuaire de Saint-Pierre et reprendre le royaume d'Italie que de mauvais chrétiens se sont approprié et que les païens menacent^ ».

Toutefois, l'année suivante, le 21 lévrier 891, le roi Guy fut sacré empereur à Saint- Pierre de Rome par ce même pape Etienne V. Formose, qui lui succéda quelques mois après, accomplit la même cérémonie, le 30 avril 892, sur la personne de Lambert, fds de Guy. La maison de Spolète avait donc non seulement la royauté italienne, mais encore le titre impérial.

Le pape, en prêtant son ministère à ces cérémonies, n'agissait que sous l'empire de la contrainte. Comme Etienne V, Formose suivait une politique double. Il sacrait les Spolétains; dans les lettres qu'il écrivait à leur oncle de Reims, il les comblait d'éloges, de protes-

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