‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 47 sur 74 · Ann. Fuld · texte numérisé non relu

Ann. Fuld

talions de fidélité, de tendresse^ mais il n'en continuait pas moins à assiéger Arnulf de ses doléances, à le supplier d'intervenir et de le délivrer des « mauvais chrétiens^ ». Il n'est plus question des Sarrasins : ce qui domine la situation, c'est l'oppression du Saint-Siège par la maison de Spolète. Il semblait qu'on fût revenu à la situation de 754 : Formose, Arnulf, Guy sont exactement dans les mêmes rapports qu'Etienne II, Pépin et Aistulf.

Arnulf, tant appelé, finit par venir. Mais il dut s'y prendre à deux fois. Sa première expédition, au commencement de 894, entreprise avec des forces insuffisantes, lui livra l'Italie au Nord du Pô. Bergame, emportée d'assaut, fut pillée, et ce succès décida les autres villes, même Milan et Pavie, à ouvrir leurs portes. L'empereur Guy, retiré dans l'Apennin, attendait Arnulf au passage des montagnes. C'était un guerrier solide, et, s'il eût vécu, le roi de Germanie aurait sans doute eu fort à faire en Italie. Mais il mourut cette année même,

1. J., 3481, 3482, 3500, lettres perdues, analysées par Flodoard.

2. J., 3486, 3501, lettres perdues, mentionnées dans les Annales de Fulda.

peu après qu'Arnulf, ne jugeant pas à propos de l'attaquer dans ses montagnes, eut repassé les Alpes.

Guy mort, sa cause était encore en bonnes mains. Sur son jeune fils Lambert veillait une femme de forte trempe, l'impératrice mère Agiltrude, fille de cet Adalgis de Bénévent qui avait osé, en 871, porter la main sur la personne sacrée de l'empereur Louis IL Par tradition de famille et par sa situation présente, Agiltrude était l'adversaire implacable de la maison carolingienne. En elle se réunissaient les vieilles rancunes des anciens rois lombards et les ressentiments nouveaux des princes de Spolète. Arnulf dut compter avec elle.

A l'automne 895 il reparut en Italie, et, au mois de février suivant, il se mit en marche contre Rome. Son armée eut beaucoup à souffrir en Toscane; le marquis Adalbert était un vassal fort douteux; le mauvais état des routes, la saison, la maladie, avaient fort réduit l'armée allemande quand elle parvint sous les murs de Rome. Jusque-là on n'avait pas entendu parler des Spolétains; Arnulf croyait la ville au pouvoir du pape et s'attendait à en voir sortir une procession pour le recevoir.

L'EMPIRE DE SPOLETE. 295

Il avait compté sans Agiltriide. La vaillante femme s'était emparée de Rome, sans s'inquiéter des réclamations du pape; elle y avait mis garnison et s'apprêtait à recevoir l'envahisseur.

Son plan, toutefois, échoua par un incident fortuit, qui, contre toute attente, livra la porte Saint-Pancrace aux assiégeants étonnés. Les Spolétains s'éclipsèrent et le dialogue reprit entre la papauté et la maison carolingienne. Arnulf fut accueilli sur les degrés de Saint- Pierre; Formose serra dans ses bras celui que son prédécesseur et lui avaient attendu comme le Messie. Le 22 février 896, la basilique vaticane fut témoin d'un sacre impérial, qui, cette fois, fut célébré de bon cœur.

Restait à forcer les vaincus dans leur repaire. Enfermés dans le château de Spolète, Agiltrude et Lambert attendaient Arnulf.

Celui-ci, au lieu du missus pacifique d'autrefois, laissa à Rome un commandant militaire solide, appelé Farold, et prit la route de rOmbrie. Le pape Formose se disposait à suivre, sous la protection de Farold, les péripéties de la lutte entre les deux empereurs sacrés par ses mains, lorsqu'une nouvelle ter-

rible lui fut apportée. Avant d'arriver à Spolète, Arnulf avait été frappé de paralysie; on l'emportait maintenant, couché dans une litière, comme son père Carloman en 877. Il n'était pas à prévoir que ses forces physiques lui permissent jamais de revenir guerroyer en Italie au gré du Saint-Siège.

Formose, terrassé par l'écroulement de ses rêves, mourut aussitôt (4 avril 896). Son ordination, comme celle de Marin, plus peut-être, avait été faite en violation des lois ecclésiastiques; car non seulement il avait été autrefois, mais il était encore, au moment de sa promotion, titulaire du siège épiscopal de Porto. Les deux élections suivantes, qui eurent lieu la même année, sous l'œil du inissus Farold, ne témoignèrent pas d'un souci plus grand pour l'ancienne discipline. On remplaça Formose par un prêtre Boniface (Boniface VI), qui avait encouru deux fois, comme sousdiacre et comme prêtre, une sentence de déposition. Son élection paraît avoir été imposée par le populaire^. Il ne siégea que quinze

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