CHAPITRE XVII
Albéric, sénateur des Romains. — Limites de sa principauté. — Caractère de son autorité. — Rapports avec la cour byzantine. — Renaissance monastique. — Octavien, fils et successeur d'Albéric. — Il est élu pape : ses désordres. — Otton est appelé par lui à Rome et sacré empereur. — Brouille entre le pape et lui. — Déposition de Jean XII, élection de Léon VIII. — Le privilège d'Otton. — L'élection pontificale confisquée par l'empereur. — Retour de Jean XII : sa mort. — Benoît V et Léon VIII.
Devenu prince des Romains, Albéric eut pour première tâche de défendre sa principauté contre les attaques du dehors. Il n'y avait plus de Sarrasins; avec l'empire grec, on n'avait depuis longtemps que des rapports diplomatiques; sous Albéric, ils paraissent
avoir été particulièrement affables. Comme son ambition ne s'étendait pas au delà des limites de l'ancien duché de Rome, il n'eut aucune difficulté avec ses voisins de Spolète et de Toscane. Quant aux provinces transapennines, Exarchat et Pentapole, elles étaient déjà de fait au pouvoir du roi d'Italie : Albéric les y laissa, ne s'occupant que de deux choses, défendre son territoire contre les revendications du roi et, à l'intérieur, fortifier le pouvoir qui lui était échu.
Hugues de Provence essaya à diverses reprises, en 933, 936, 941, de lui enlever Rome et de s'ouvrir les avenues du Vatican, c'est-àdire du couronnement impérial. Mais Albéric lui opposa une résistance invincible. Après plusieurs trêves, où intervint le digne abbé de Cluny, saint Odon, Hugues finit par abandonner (946) tous les droits qu'il tenait de son mariage avec Marozie. La même année, il rentrait en Provence, après avoir remis le royaume aux mains de son fils Lothaire. Ce prince mourut à la fleur de l'âge, en 950, laissant une veuve également jeune, Adélaïde. Bérenger, marquis d'Ivrée, dont l'importance avait singulièrement grandi les années précé-
dentés, se fit alors proclamer roi; mais Adélaïde protesta au nom des droits qu'elle tenait de son mari et de son père, Rodolphe de Bourgogne transjurane, qui avait régné entre Bérenger et le roi Hugues. Jetée dans une tour sur le lac de Garde, la princesse réussit à s'échapper, se réfugia à Reggio, et de là appela à son secours le puissant roi de Germanie, Otton.
Otton vint en effet. Le 22 septembre 951, pendant que Bérenger se réfugiait dans une forteresse, il entrait à Pavie et prenait pour femme la jeune veuve de Lothaire. Désormais et pour longtemps les destinées de l'Italie allaient être étroitement unies à celles de l'Allemagne. Otton eût désiré venir à Rome; il envoya même une ambassade conduite par l'archevêque de Mayence et l'évêque de Goire, mais il se heurta à un refus. xMbéric ne put admettre que l'on reprît l'ancienne tradition de protectorat dont l'empire était le symbole.
Otton n'insista pas. Rentré dans son royaume, où il eut encore fort à faire pendant longtemps, il se décida à remettre le gouvernement de l'Italie à Bérenger, son compéti-
teur, lequel accepta la situation de roi vassal. Ces événements extérieurs n'eurent aucun effet sur la situation de Rome. Le pouvoir d'Albéric y était incontesté; c'est à peine s'il est question d'une conspiration de famille qui avorta et fut punie avec rigueur ^. Les actes publics étaient encore datés par les années du pape; mais, sur les monnaies, le nom d'Albéric figurait conjointement avec celui du pontife; il y remplaçait celui de l'empereur. Les assemblées judiciaires se tenaient, comme par le passé, avec le concours des dignitaires du palais pontifical et de la noblesse laïque. Le pape n'y intervenait guère autrefois, bien que le lieu ordinaire de leur réunion fût dans son palais de Latran, en une salle appelée ad Lupam, à cause de la fameuse louve de bronze, que le populaire appelait mater Romanorum^. Quand l'empereur était présent, ces assemblées se tenaient au Vatican; sous Albéric, elles eurent lieu quelquefois dans sa propre demeure, dans son palais de la Via Lata, auquel correspond très probablement