Analecta novissima, t. I, p
ce projet aurait échoué. Qu'il y ait eu successivement deux projets île mariage ou que l'on s'en soit tenu à celui de 932-933, il est sûr que la famille dominante de Rome chercha à s'allier aux parvenus impériaux de Constantinople. Et ce fait est plus significatif encore si l'on tient compte de la résolution avec laquelle Albéric trancha derrière lui toutes les attaches provençales, italiennes ou germaniques. Comme jadis les papes Etienne II et Paul, il préférait le protecteur lointain au protecteur voisin. C'était toujours la théorie de la Donation de Constantin, mais avec une application différente.
Sur le sens de son gouvernement, nous n'avons que des renseignements favorables, édifiants même. Les quatre papes qui lui durent leur promotion furent, pour autant qu'on les connaisse, des personnes très recommandables. Il s'employa beaucoup à fonder ou à réformer des monastères. Celui de Sainte-Marie de l'Aventin fut établi dans une de ses maisons paternelles; c'est à lui aussi que remonte le couvent de Saint-Cyriaque in Via Lata. Il dota et réforma ceux de Saint-Grégoire, de Saint- Paul, de Saint-Laurent, de Sainte-Agnès. La
célèbre abbaye de Siibiaco, qui conservait d'anciens souvenirs de saint Benoît, n'était guère qu'une chapelle rurale quand il en fit un grand établissement monastique. Quant à Farfa, il y restaura la discipline, ce qui, vu l'extrême décadence de la vie conventuelle et l'attitude des moines, nécessita une véritable expédition militaire. En tout ceci, Albéric était guidé par saint Odon, abbé de Cluny, qui séjourna longtemps à Rome et se servit du prince des Romains pour opérer des réformes bien nécessaires.
Pour qu'un tel régime pût durer et porter des fruits sérieux, il eût fallu qu'Albéric vécût longtemps, qu'il laissât un successeur animé de son esprit et capable de le continuer. Il n'en fut pas ainsi. Le prince des Romains n'était pas encore âgé de quarante ans quand il sentit la mort approcher. Il avait un fils, qui portait l'ambitieux nom d'Octavien. Peutêtre Albéric s'était-il flatté qu'un jour cet Octavien deviendrait Auguste et qu'un empire romain vraiment indigène sortirait de sa principauté et de sa famille. L'apparition d'Otton sur la scène italienne dut lui donner des craintes. Il était inévitable qu'un prince aussi
puissant, une fois installé à Pavie, ne se souvînt de Charlemagne; le clergé romain, lui, ne l'avait jamais oublié. De la rencontre de ces souvenirs, il ne pouvait sortir rien de bon pour l'aristocratie laïque dont Albéric était le chef et dont il conduisait le triomphe. La papauté, qui avait le passé, était moins que jamais en droit de désespérer de l'avenir. Albéric vit bien que, surtout après sa disparition, il n'y aurait, pour sa famille, d'autre ressource que la possession du pouvoir ecclésiastique. Octavien, d'abord destiné à l'empire, fut orienté vers le pontificat. Le prince réunit les Romains à Saint-Pierre et leur fit jurer que, quand le pape Agapit II viendrait à mourir, ils le remplaceraient par son fils. Octavien avait alors une quinzaine d'années. Quelque temps après, Albéric mourut; on était à l'année 954. Son fils lui fut aussitôt substitué comme vrinccps et omnium Romanorum senator.
Pour le bien de Rome et de l'Eglise, il eût été désirable que le pape Agapit prolongeât son existence et donnât à son successeur désigné le temps de s'assagir. Malheureusement il disparut vers la fm de l'année suivante, et,
le troisième dimanche de l'Avent, 16 décembre 955, un jeune homme de seize ans devint, de prince des Romains, vicaire de saint Pierre et chef de la chrétienté. Octavien prit le nom de Jean XII.
L'antagonisme qui existait à Rome entre le pouvoir des nobles et celui du clergé cessa par le fait de sa promotion. On remontait au delà du régime de Serge III et de Théophylacte, de Nicolas et de Louis IL d'Eugène II et de Lothaire; on remontait même plus haut; comme il n'y avait plus d'empereur, même titulaire, ni de protecteur étranger, de patricius Romanorum, on revenait à cet équilibre instable d'où était sortie la papauté temporelle. Jean XII, sauf ce que la tradition deux fois séculaire avait introduit de changements, était à Rome à peu près dans la situation de Zacharie ou dans celle d'Etienne II, avant le voyage de France. La différence est que le jeune pape n'avait d'appui solide que dans le souvenir de son père, tandis que la papauté du huitième siècle avait derrière elle un long passé d'influence et de services rendus.
A l'instabilité de la situation s'ajouta bien-
tôt le danger" qui résultait de l'extrême jeunesse du nouveau i)ape. Elle l'entraîna dans une expédition aventureuse contre les principautés lombardes de l'Italie du sud; il fut repoussé et contraint à signer la paix. On sait de reste que sa jeunesse déborda d'une autre façon et qfie Rome fut bientôt témoin des plus graves scandales. Le jeune pape ne se plaisait guère aux choses d'église; on ne le voyait jamais à matines; ses nuits et ses jours se passaient en compagnie de femmes, de jeunes gens, au milieu des plaisirs de la chasse et de la table. Ses amours sacrilèges s'affichaient publiquement; elles n'étaient arrêtées ni par la considération des personnes qu'il désirait, ni par les liens du sang. Le Latran était devenu un mauvais lieu; une honnête femme n'était pas en sûreté à Rome. Ces débauches étaient payées avec le trésor de l'Eglise, que la simonie alimentait et qu'on n'avait garde d'employer aux usages légitimes. On parle d'un évêque consacré à l'âge de dix ans, d'un diacre ordonné dans une écurie, de dignitaires aveuglés ou transformés en eunuques. La cruauté complétait l'orgie. Pour que rien ne manquât, l'impiété s'en mêlait, et l'on racontait que,
dans les festins du Latran, il arrivait au pape de boire à la santé du diable.
Il est vrai que l'administration pontificale marchait comme d'habitude et par habitude, comme les machines bien montées. On trouve même une charte de Jean XII en faveur de Subiaco, où il prescrit aux moines de chanter tous les jours, pour le salut de son âme, cent Kyrie eleison et autant de Chrisie eleison. C'était assurément le cas, pour les chrétiens consciencieux, d'invoquer la pitié du ciel.
Jean XII, chose singulière, prit lui-même l'initiative d'appeler à Rome celui qui devait mettre fm à ses scandales. Ses rapports avec le royaume italien n'étaient pas des meilleurs; on parle de quelques incidents de frontière. Il n'y avait sûrement pas de quoi déranger Pépin le Bref; mais les honnêtes gens de Rome, ne sachant à quel saint se vouer, n'étaient pas fâchés que l'on intervînt. C'est parmi eux que Jean choisit ses envoyés, le diacre Jean et le protoscriniaire Azo. Ces deux personnages portèrent en Germanie les plaintes du pape contre le roi son voisin, et, sans doute aussi, quoique non officiellement, les plaintes des Romains contre le pape. Leurs
protestations n'étaient pas les seules. Le gouvernement cie Bérenger II et de son fils Adelbert pesait à beaucoup de princes italiens. L'archevêque de Alilan, chassé de son siège, l'évéque de Corne, bien d'autres encore, s'en allèrent solliciter l'intervention d'Otton.
Otton descendit en Italie vers l'automne de 961; il entra sans résistance à Pavie; Bérenger et sa femme Willa se renfermèrent dans une forteresse de l'Apennin; Adelbert se mit à courir le- monde pour trouver des auxiliaires. Au milieu de l'hiver, le roi de Germanie partit pour Rome, après s'être entendu avec le pape sur les conditions de son séjour et sur la suite qu'il comptait donner à ses réclamations i.
Le sacre eut lieu le 2 février 962. Le pape et l'empereur s'engagèrent l'un envers l'autre. Jean XII jura de rester fidèle à l'empereur et de ne jamais prêter secours à Bérenger II et
1. La formule de l'engagement, conservée par Bonizo de Sutri (cf. L. P., t. II, p. 354), contient une clause qui l'a fait mettre en doute : In Romam nullum placitum aut ordinationem facicrm de ovinibus quœ ad te aut ad liomanos pertinent sine tuo consulta. Il est sûr que le privilège donné après le sacre suppose de tout autres rapports. Mais la formule de futur 0 est elle-même bien élastique.
à son fils Adelbert. Quant à Otton, il garantit au pontife romain toutes ses possessions ou revendications temporelles. Il régla en même temps les droits impériaux sur Rome et dans l'élection des papes. De ces conventions il nous reste un document célèbre, connu sous le nom de privilège d'Otton, daté du 13 février 962, quelques jours après le couronnement impérial 1.
1. Le privilège d'Otton (M. G. Diplom., t. I, p. 322; cf. Lib. Censuum, n» 82) a été l'objet d'une magistrale enquête de la part de M. de Sickel {Das privileglum Ottos I fin- die rômischc Kirche), qui a établi que nous possédons de ce document une copie contemporaine, actuellement conservée aux Archives du Vatican. Cependant, il est possible que cet exemplaire dépende d'une retouche, dans le passage : Et ut ille qui ad hoc sanctum et apostoliciun regimen eligitur neinine consentiente consecratus fiât pontifex priiisquam talem in presentia viissorum nostroruin vel filii nostri seu universae generalitatis faciat promissionem qaalem domnus et venerandus spiritalis pater noster Léo sponte fecisse dinoscitur. M. de Sickel (cf. Ot- THENTAL, daus Bœhmer, Rcgesta imp., 2° édit., t: II, p. 153) pense que ce Léon est Léon III, et que le privilège d'Otton reproduit ici servilement les termes d'une promesse adressée par ce pape à Charlemagne ou à Louis le Pieux. D'autres ont songé à Léon IV. M. B. Simson {Neues Arcliiv, t. XV, p. 577) fait remarquer combien est étrange la formule domnus et venerandus spiritalis pater noster em-
Jean XII et Otton se séparèrent en bonne intelligence et l'empereur rentra à Pavie i. A peine avait-il quitté Rome, que le pape se mit à intriguer avec les prétendants au trône italien. Otton, informé, traînait les choses en longueur, affectait de ne pas s'alarmer et s'efforçait de dompter les résistances qu'il rencontrait encore dans son nouveau royaume. Mais l'année suivante (963), pendant qu'il assiégeait Bérenger II et sa femme Willa, réfugiés dans le château de Montefeltre, audessus de Rimini, il apprit que Jean XII, levant tout à fait le masque, avait accueilli Adelbert à Rome. Dès lors il n'hésita plus. Le 3 novembre, il était devant la ville. Jean XII et Adelbert, impuissants à dominer la réaction que produisit l'arrivée de l'empereur, s'enfui-
ployée pour un autre pape que pour le pape contemporain. Il faudrait donc songer à Léon VIU. Cependant la même phrase reparaît dans le privilège délivré par Henri II à Benoît VIII, lequel n'est guère autre chose, à la vérité, qu'une reproduction de la formulé d'Otton, tandis que celle-ci, quelques emprunts qu'elle ait faits à des pièces antérieures, est certainement originale dans l'ensemble de sa rédaction. On le voit, le privilège de 962 offre encore des obscurités.
1. Il partit de Rome le 14 février et célébra la fête de Pâques (30 mars) à Pavie.
rent au plus vite. Les Romains ouvrirent leurs portes, prêtèrent serment de fidélité et s'engagèrent à ne plus élire ni ordonner aucun pape en dehors du consentement et du choix de l'empereur Otton et de son fils Otton II ^.
Le 6 novembre, une grande assemblée se tint à Saint-Pierre. L'empereur présidait; autour de lui était rangée sa cour ecclésiastique et laïque, où figuraient des prélats allemands et italiens, l'épiscopat des environs de Rome, le clergé romain et l'aristocratie locale. Beaucoup de plaintes furent déposées contre le pape. Le concile se détermina à le sommer de comparaître. Ses envoyés parvinrent à le rejoindre. Jean fit à cette démarche une réponse hautaine et menaçante 2. LTne seconde sommation, expédiée le 22 novembre à Tivoli, où il résidait, ne le toucha pas personnel-
1. Fidelitatevi repromittunt, hoc addentes et firmiter iurantes numquam se papairi electuros aut ordinaturos prœter consensum et electionem doiiini imp. Ottonis cœsaris aug. filiiqiie ipsiiis régis Ottonis (Liutprand).
2. lohannes episcopus, servus servorum Dei, omnibus episcopis. Nos audivimus dicere quia vos viiltis alium papam facere. Si hoc facitis, excominiinico vos de Deo omnipotente ut non habeatis licentiam nullum ordinare et missam celebrare.
lement. Enfin, le 4 décembre, après un mois d'attente, le concile prononça sa déposition; puis les Romains, sous les yeux et avec l'assentiment d'Otton, élurent le protoscriniaire Léon. Suivant l'usage, il fut introduit au Latran et, le dimanche suivant, 6 décembre, on célébra sa consécration à Saint-Pierre.
Revenons maintenant au privilège d'Otton, qui fut peut-être retouché à ce moment et reçut ainsi la forme définitive sous laquelle il nous est parvenu. La seconde partie, relative aux droits de l'empereur, n'est presque autre chose que la reproduction de la Constitution de 824, laquelle est expressément visée. En ce qui regarde l'élection du pape, il semble qu'on remette en vigueur, purement et simplement, le droit du neuvième siècle. Tout au plus y a-t-il obscurité sur un point. Le privilège d'Otton consacre l'obligation pour les Romains de jurer qu'ils ne laisseront ordonner aucun pape avant que celui-ci n'ait prêté devant les missi impériaux et devant le peuple un serment conforme à celui que domnus et venerandiis spiritalis pater noster Léo sponte lecisse dinoscitur. Cette partie du privilège reproduit, pour le sens et pour les mots, la for-
mule du Sacramentum Romanorum annexée au texte de la Constitution de 824. Elle se réfère à une promesse faite en 824 par le pape Eugène II et à une autre, faite par un pape Léon (Léon VIII?). Le texte de ces engagements ne nous est pas parvenu. Y avait-il une différence notable entre le serment d'Eugène et celui de Léon ? Nous ne sommes pas à même d'en juger. On peut dire toutefois que, par sa teneur générale, le privilège d'Otton n'indique aucun progrès dans l'autorité impériale à Rome 1, soit pour les élections soit pour les autres choses.
Cela étant, on peut s'étonner que Liutprand ait parlé d'une véritable abdication du droit d'élection; car, suivant le texte cité plus haut, les Romains renoncent en fait au droit de choisir le pape. Et ce texte n'est pas isolé. Dans son récit du concile de 964, où fut déposé Benoît V, Liutprand dit que l'archidiacre fit le reproche suivant au pape accusé : « Peux-tu
1. Aucun progrès théorique, bien entendu; car, depuis la mort de Lambert, la constitution de Lothaire était devenue lettre morte. Mais c'était, au jooint de vue impérial, un immense progrès que la simple remise en ligueur du règlement de 824.
(( nier avoir juré à l'empereLir, avec les autres « Romains, que vous n'éliriez ni ordonneriez (( aucun pape sans son consentement et celui « de son fils, le roi Otton ? » Ici il faut bien noter que le témoignage de Liutprand a une tout autre valeur que quand il relate les historiettes relatives à Théodora et à Marozie. C'est le témoignage d'un témoin oculaire et auriculaire, de l'un des évêques les plus influents du concile, de l'homme de confiance de l'empereur Otton.
Il est clair que son dire, deux fois produit, et dans les mêmes termes, donne une impression différente de celle qui ressort du privilège. Laquelle est conforme à la réalité ?
Je réponds, sans hésiter : la première, celle qui ressort du témoignage de Liutprand. C'est en effet avec celle-ci que concordent tous les récits d'élection dans une période de près d'un siècle après les événements de 963. Tant qu'il y a un empereur effectif, c'est lui qui choisit le pape; quand la puissance impériale est accaparée à Rome par un patrice ou un dépositaire quelconque de l'autorité reconnue théoriquement à l'empereur, c'est encore et toujours, autant qu'on peut s'en assurer, en vertu de
cette autorité que le pape est nommé. L'élection n'est qu'une cérémonie; elle ne fait que consacrer un choix fait en dehors et au-dessus de ceux qui semblent y prendre part.
Mais le privilège ? Eh bien, le privilège, dans sa seconde partie comme dans la première, est un document tout en apparence. Dans la première, il reconnaît au pape un domaine territorial aussi large que celui dont il est question dans la vie d'Hadrien P^ A le prendre à la lettre, Otton garantit au pape la Toscane, Parme, Mantoue, la Vénétie, l'Istrie, les duchés de Spolète et de Bénévent; il lui promettrait même les territoires byzantins de Naples et de Gaète. Nul n'admettra que les expressions du privilège, si précises qu'elles soient, concordent ici avec la réalité. Est-il interdit de croire que, même dans la seconde partie, en ce qui regarde les élections pontificales, il y ait un écart entre la théorie consacrée par le document et les rapports effectifs ? A ceux-ci correspondraient les engagements relatés par Liutprand et confirmés par ce que nous savons des élections sous le nouveau régime.
Etait-ce un bien grand changement ? —
Oui et non. Non, quant aux Romains; car, depuis longtemps, ils n'exerçaient plus leur droit qu'en apparence. Depuis le commencement du siècle, il y avait toujours eu un grand électeur, appelé successivement Théoph} lacté, ]\ïarozie, Albéric. Oui, si l'on tient compte de la nationalité de cet électeur effectif. Jusqu'à Jean XII inclusivement, c'était une influence indigène, romaine, qui avait dominé l'élection; maintenant on allait subir une influence étrangère, celle de la famille saxonne à qui, pour le moment, était échu le droit de présider aux destinées de l'Allemagne.
Tout ceci soit dit, bien entendu, sans qu'il en résulte quoi que ce soit en faveur des pièces apocryphes ^ par lesquelles on chercha plus tard à rattacher au pacte conclu entre
1. J., 3704-6. De ces pièces et de quelques autres il faut dire qu'elles sont l'analogue de ces chartes de donation que les moines se croyaient en droit de fabriquer après coup, pour remplacer .des originaux authentiques, mais disparus. Les rapports qu'elles font consacrer par Léon VIII et autres papes plus anciens sont à peu près ceux de la période de 960-1060; de ce que ces rapports aient été contraires à l'ancienne tradition et, aux revendications de la réforme grégorienue, il ne s'ensuit nullement qu'ils n'aient pas existé.
Otton et Léon VIII les prétentions des rois de Germanie sur les investitures en général, sur la nomination du pape et sur certaines parties du domaine temporel du Saint-Siège.
Jean XII et les siens n'avaient pas désarmé. On entendit bientôt parler d'eux. Après les fêtes de Noël, l'empereur renvoya une partie de son armée, se préparant lui-même à reprendre le siège de Montefeltre. Le 3 janvier 964, une émeute éclata; des barricades se dressèrent sur le pont Saint-Ange. Les Romains se figuraient avoir raison de la faible troupe restée auprès d' Otton. Ils se trompaient; les barricades furent enlevées; il se fit un grand massacre des vaincus. Les survivants se présentèrent le lendemain devant l'empereur, en piteux appareil, et lui remirent des otages. Léon eut la naïveté de s'entremettre pour les faire rendre. L'empereur était à peine parti que Jean XII reparut. Son compétiteur déguerpit aussitôt. Un concile, dont nous avons les actes, se tint au Latran dans les premiers jours de février. Tous ceux qui avaient adhéré au pape impérial, considéré maintenant comme un intrus, furent frappés de sentences très dures ou contraints à se rétracter. Il y
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avait contre la promotion de Léon deux arguments fort graves : d'abord la conviction où l'on était que le pape ne peut être jugé par personne, sancta sedes a nemine iudicatur i, et, par suite, que la dép-osition de Jean ayant été prononcée par une assemblée incompétente, elle était nulle de plein droit; de plus l'élu n'appartenait pas au clergé. Il n'est pas absolument sûr que sa charge de protoscrinius supposât la cléricature, la tonsure, bien que cela soit très probable. Mais il est certain qu'il n'avait, au moment de son élection, aucun ordre ecclésiastique, pas même celui de portier. Or, l'ancienne tradition exigeait que le pape fût pris dans le clergé cardinal, parmi les prê^ très ou les diacres; aucune dérogation à cette coutume n'avait passé sans protestation^.
1. Ce principe avait empêché de faire passer en justice les papes Léon III. et Pascal,- dont Tinnocence ne fut prouvée que par leur propre serment. Le cas de Jean XII était tout autre : on se trouvait en présence d'un scandale notoire et permanent; le pape se fût difficilement prêté à la piwgatio per sacramentum. L'eût-il fait, que ce n'eût été, aux yeux de tous, qu'un sacrilège de plus. Il était impossible de se tirer de là autrement que par un procédé extraordinaire.