‹ Les premiers temps de l'État pontificalChapitre 60 sur 74 · Jean XII, au moins, était cardinal lors de son élection · texte numérisé non relu

Jean XII, au moins, était cardinal lors de son élection

goire, il fit prendre le gouvernement temporel, sous le titre de consul Romanorum; un autre, appelé ïhéophylacte, comme l'ancêtre lointain, et aussi comme Benoît VIII, fut désigné pour succéder à ses deux oncles sur le siège pontifical; il prit le nom de Benoît IX. C'était un enfant de douze ans. Les princes allemands, qui, par les comtes de Tusculum, présidaient en lait aux destinées du Saint- Siège et de l'état romain, n'eurent aucune répugnance à cette transmission héréditaire de la chaire apostolique. Ils avaient admis Jean XIX, un laïque, mais enfin un homme fait; ils souffrirent Benoît IX, un gamin, qui ne demeura pas longtemps inoffensif.

En effet, l'âge venu, et il vint vite, Benoît IX fit refleurir au Latran le régime de cocagne auquel son parent Jean XIÎ avait présidé quatre-vingts ans auparavant. Conrad II, qui savait jouer de cette marionnette pontificale, le supporta, le combla même de prévenances. Il en tirait appui dans sa lutte contre l'archevêque de Milan; Benoît le vint trouver à deux reprises, en 1037 à Crémone, en 1038 à Spello, et prononça, sur sa demande, l'anathème contre l'archevêque Héribert. Henri III, suc-

cesseur de Conrad en 1039, attendit sept ans avant d'intervenir et de faire cesser l'énorme scandale sur lequel tout ce qu'il y avait dans la chrétienté de personnes sérieuses était réduit à gémir en silence.

Les Romains furent les premiers à se lasser de leur pape. En 1044, dans le courant de l'automne, à ce qu'il semble, ils se soulevèrent contre lui et le chassèrent ^ sans doute avec son frère le consul et tout ce qui tenait à la maison de Tusculum. Cependant le parti du pape réussit à se maintenir dans le Transtévère, tandis que la ville elle-même et la cité Léonine demeuraient au pouvoir des insurgés. Le 7 janvier 1045, ceux-ci essaimèrent d'attaquer les Transtévérins; mais ils furent mis en déroute par les vassaux de Tusculum, sous la conduite de Gérard, comte de Galeria. Ils rentrèrent en désordre par la porte de Saxe, c'est-

1. Ann. Rom. (L. P., t. II, p. 331). C"est peut-être à cet événement que se rapporte le récit de Raoul Glaber, IV, 24 (cf. 17); mais Raoul confond les da~ tes. L'annaliste romain mentionne une éclipse de soleil arrivée le 22 novembre, aussitôt après avoir marqué l'expulsion de Benoît IX.

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à-dii'e dans la cité Léonine. Celle-ci cependant ne fut pas forcée, et les Romains, s'enhardissant, donnèrent un successeur à Benoît. Ce fut l'évêque de Sabine, Jean, qui prit le nom de Silvestre III. Les principaux électeurs se firent grassement payer; mais l'élu en fut pour ses frais, car au bout de quaranteneuf jours, les assiégeants parvinrent à pénétrer dans Rome. Silvestre regagna son éveché. La Sabine était le pays des Crescentius; pour c{u'il ait pu y vivre tran{fuille il faut que ses puissants diocésains l'aient défendu contre Benoît IX réinstallé. Aussi y a-t-il tout lieu de soupçonner, dans l'émeute de 1044 et dans l'élection de Silvestre III, une réapparition de l'influence crescentienne.

Benoît, réinstallé de force, mais ne réussissant pas à se défendre contre le mécontentement des Romains, se décida à se démettre du pontificat. Il s'en démit, en effet, le V mai, au profit de son parrain, Jean Gratien, archiprétre de Saint-Jean-Porte-Latine. Une charte de cession fut rédigée ^. Cela n'empêcha sans

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