‹ Les premiers VénitiensChapitre 12 sur 22 · OFFICES DE FLORENCE · texte numérisé non relu

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directe de la figure humaine qu'il va renouveler ses inspirations.

^N'est-ce pas ainsi qu'il convient de nous le représenter : un observateur toujours attentif aux réalités, avec cette belle et puissante faculté de vision qui est au fond de tout grand homme, et les yeux curieusement ouverts sur le magnifique spectacle de nature qui se déroulait devant lui?

Servi par de telles facultés, il dut être et il fut en effet un merveilleux portraitiste. Si l'on en croit \ asari, sa réputation fut surtout une réputation de portraitiste, et le trait rapporté plus haut touchant la curiosité du Grand-Turc à son endroit est bien pour confirmer ce dire. Après la mort de son frère Gentile qu'il aimait tendrement, et malgré son grand âge — il avait alors près de quatre-vingts ans — Giovanni Bellini se mit à faire des portraits et Vasari ajoute : — - « 11 n'y eut à A enise personne d'une condition un peu relevée qui ne se fit peindre par lui ou par quelque autre. » - Sa production comme portraitiste dut être considérable. Malheureusement il est peu de ces œuvres qui soient parvenues jusqu'à nous : la plupart sans doute demeurèrent dans les familles pour qui elles furent peintes et partagèrent les hasards de leur destinée. Parmi ceux que cite Vasari, nous relevons le portrait du doge Loredano, et celui dune des maîtresses de Bembo, si enthousiasmé de l'œuvre du peintre qu'il la célébra dans un sonnet.

J'aurais aimé que cette dernière parvint jusqu'à nous, fixée par le pinceau de Bellini : document précieux à double titre. D'abord c'eut été l'image dune des plus belles femmes du temps, peutêtre une de ces courtisanes brillantes chez qui l'esprit s'égalait à la beauté, et qui, sous les frais ombrages des jardins de Murano, donnaient la réplique à cette société de lettrés délicats dont nous avons décrit par ailleurs l'élégant assemblage. Mais plus vraisemblablement encore était-ce un type de séduc-

tion moins hardie, si l'on son tient au vers du sonnet où son amant la célèbre :

0 imagine niia céleste e pura

c'est-à-dire sans doute quelqu'une de ces tètes pensives et douces qui servirent de modèle au maître pour nous traduire le touchant poème de la .Maternité heureuse. Qui sait? peut-être l'une de ces Madones n'est-elle autre que le portrait de cette maîtresse aimée ! Combien il eût été curieux en tout cas de placer à côté de l'œuvre pieuse l'image profane fixée sur la toile pour répondre au vœu de l'amant empressé, et ne tendant à rien autre qu'à nous laisser une œuvre de vérité et de beauté!

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