L'INFLUENCE ÉTRANGER
CHAPITLIE III
Il vient une heure dans le développement des écoles où se manifeste presque nécessairement l'apport des influences étrangères. Les éléments sensibles et intellectuels de la race qui donnèrent l'essor au génie des premiers maîtres se compliquent d'altérations qui leur sont quelquefois tout opposées. On ne les retrouve plus, tels qu'ils étaient à l'origine, purs et intacts, nous rendant comme le parfum de l'àme qu'ils exprimaient. Quelque chose s'y surajoute que l'on n'avait point encore aperçu. Seulement il arrive d'habitude que cette pénétration se produit assez tard dans l'évolution des écoles, lorsque, s'étant tout à fait dégagées de leurs origines, elles ont atteint à la pleine conscience. Il y a là un processus psychologique que l'on peut aisément recréer : c'est en effet lorsque les facultés de comparaison et de raisonnement ont atteint chez les maîtres individuels un certain point de développement, c'est alors seulement pour l'ordinaire que les influences étrangères peuvent s'exercer avec efficacité : l'instinct seul de l'artiste n'y suffirait pas.
A Venise il ne paraît pas qu'il en ait été rigoureusement ainsi. La réaction de l'influence étrangère se produit d'assez bonne heure : nous allons en elfet la constater dès le milieu du xve siècle, chose qui ne nous surprendra pas et devra même nous sembler assez naturelle, si nous songeons à la situation tout exception-
nelle que créait à cette cité son importance sociale. Placée comme elle est à l'entrée de l'Adriatique, et servant d'intermédiaire, aux temps de sa grandeur, entre les cités commerçantes d'Allemagne
Caklo Crivklli, — Deux Saints (Académie des Beaux-Arts. Venise.)
et les Echelles du Levant, elle était, plus qu'aucune autre, prédestinée à subir le contact des races voisines. Songeons à la fascination qu'elle devait exercer, non plus seulement par sa rayonnante beauté extérieure, par cette sorte de lièvre qu'elle communique à 1 àmcet qui devait être si active sur les hommes du nord, sortant à