L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE
Marco Basaïti. — Le Christ a Gethsémani (Académie des Beaux-Arts. Venise.)
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lins, délicats autant que ceux d'aucunes femmes. Et ses traits, pareillement lins et reposés, ne laissent pas deviner la moindre contraction de souffrance. Deux petits anges à genoux jouent avec sa chevelure et ses pieds, figures potelées qui complètent l'impression de douceur se dégageant de l'ensemble. Quelle autre aine qu'une âme de pur \ énitien pouvait se composer de la mort nue image aussi douce, aussi reposée, aussi parfaitement exempte de ce que nous y voyons pour l'ordinaire de douloureux et d'impressionnant ! Ici évidemment, comme dans la grande peinture voisine, la Prière sur la montagne, Marco Basai ti ne tendit à rien antre qu'à faire œuvre gracieuse et décorative, où s'affirment les éminentes qualités de couleur du tempérament vénitien, pures de tout alliage, mais aussi un peu exclusives et passablement étroites.
C'est cette même tendance, amplifiée seulement et poussée jusqu'à son maximum d'effet, que nous voyous reprise par un Véronèse dans la période d'éclat du xvip siècle. Car s'il y eut jamais, dans le glorieux développement de la peinture à cette époque, un véritable et pur A énitien, ce ne fut certes ni Titien qui dut subir lui aussi le contact des influences étrangères, niTintoret, qui tendit l'effort de ses personnages jusqu'aux gesticulations les plus dramatiques, et dans ses fresques brossées à la hâte sut nous émouvoir aux dépens même des qualités de peinture ; mais bien plutôt celui dont l'ambition, à quelque sujet quelle s'appliquât, ne tendit jamais à rien d'autre qu'à développer sous nos yeux de belles formes et de chatoyantes couleurs. Par là vraiment ce Véronèse demeure pour nous le plus parfait exemplaire du pur génie vénitien, nullement touché, nullement entamé par les influences; et, comme à toute manifestation d'art très exceptionnelle et très tranchée, il convient de lui assigner un rang à part. Encore ne nous apparaît-il à cet égard qu'un continuateur, puis-
qu'il eut des ancêtres, et ce Marco Basaïti fut le premier de tons. N'est-ce pas le lieu de répéter encore ce que nous disions plus
Marco Basaïti. — Saint Sébastien (Église délia Salute. Venise.)
haut, nous appliquant à traduire la prise voluptueuse de cette beauté tout extérieure qui fut l'essence même d'un tel art, et par
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où toute âme artiste est aussitôt séduite : — 'Fout entiers et si complètement sont absorbés les sens, que l'âme n'imagine rien au delà ! La magnificence de cette vie décorative' ne laisse subsister aucun autre besoin.
J'ai noté cette Prière sur la montagne de Marco Basaïti. On ne saurait omettre, peint par ce même Basaïti, le tableau des Fils de Zébédcc, composition tout aussi froide' au point de vue expressif, mais où les qualités de couleur prennent une importance décisive et où le paysage fait son apparition dans un décor d'exceptionnelle étendue : trait d'autant plus notable qu'il est plus rare en cette école ! N'en faut-il pas cliercher la raison dans ce fait que leur ville fut tout pour eux et que les spectacles quelle offrait à leurs regards suffisaient amplement à satisfaire leurs exigences. Encore, lorsque le paysage apparaît, comme dans la peinture de .Marco Basaïti, le voyons-nous ordonné et composé, avec des tours et des châteaux forts et, dans le fond des perspectives, ces arrière-plans de montagnes toutes vêtues de neige, que l'on découvre de quelque île voisine de Venise et qui prennent, sous la caresse des dernières lueurs du jour, ces tons irisés et changeants de la nacre, si voluptueux et si doux au regard !