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Madame d'Houdailles était trop femme pour ne pas comprendre que madame Ménier voulait demeurer au château et voulait y demeurer seule, mais elle n'était pas disposée à céder ace caprice et allait faire quelque nouvelle objection lorsque Victor lui dit avec cette liberté qu'il prenait vis-à-vis de tout le monde et surtout de madame Ménier :
— Tenez , ma tante , il eût bien mieux valu nous dire tout de suite que vous ne vouliez pas venir.
— Gomment! Victor, s*écria madame Ménier d'un ton fâché, tu dis...
— Allons, voyons, reprit celui-ci du petit ton mignard qu'il prenait vis-à-vis d'elle quand il voulait lui dire quelque vérité , croyez-vous que je ne vous aie pas devinée depuis ce matin ^ quand je vous priais d'aller vous habiller et que vous me répondiez toujours que vous aviez bien le temps ?
— Ce que tu me dis là, Victor, est très-mal , iit d'un air triste madame Ménier; ce serait faire supposer à Clara que je ne veux pas aller avec elle...
— Ho!... ho!... ho!... dit Victor, si vous le prenez comme ça, ce n'est pas juster, non.; mais vous avez quelque petite chose à faire ici pendant notre absence . quelque petit secret , une
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surprise pour notre retour. ÀTonèz-le tout de suite et nous n'en dirons rien.
Madame d'Houdaiiles avait été visiblement embarrassée au moment où Victor avait supposé que sa tante avait une raison secrète de demeurer au cbàleau ; elle le regardait comme si elle avait peur des paroles qu'il prononçait* Hais lorsqu'il conclut en parlant d'une surprise, elle respira comme ferait un spectateur qui verrait de loin un aveugle marcher dans un terrain dangereux, qui n'ose l'avertir de peur d'accroître le danger en le signalant , et qui se sent le cœur soulagé lorsque l'aveugle a heu* reusement franchi les obstacles auxquels il pouvait se heurter. Madame Ménier , pendant ce temps y n'avait pu dissimuler un trouble profond , si bien que Victor s'en aperçut et murmura :
— Ce que je dis, ma tante, n'est qu'une plaisanterie.
— Et ce que vous deviez savoir, dit madame d'Houdaiiles en l'interrompant vivement , c'est qu'il n'y a pas de plus mauvaise plaisanterie que de deviner une surprise qu'on veut vous ménager. Partons donc, et ne faites pas que ce soit vous qui nous retardiez maintenant.
La manière dont madame Ménier accueillit cette intervention de Clara, avait à la fois quel-
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que chose de reconnaissant et d'inquiet qui échappa sans doute à Victor , mais qui confirma la marquise dans les soupçons secrets qu'elle avait. Elle était si pressée départir, qu'elle dit à peine adieu à sa belle^sœur , et qu'elle était déjà en voiture avant que Victoi* eût reçu toutes les explications de sa tante pour l'excuser auprès de son mari.
Madame Ménier accompagna son neveà jusqu'à la voiture, et là elle parut encore hésiter un moment ; puis , comme poussée tout à coup par un bon sentiment , elle tendit la main à la marquise en lui disant :
-— Merci, Clara, vous êtes bonne.
Celle-ci , dont le visage avait une teinte de triste mécontentement , sembl» se laisser ail^ tout à coup à un mouvement de pitié , et lui tendit aussi la main avec un sourire triste et affectueux , mais elle ne prononça pas une parole ; la voiture partit et madame d'Houdailles tomba dans une rêverie profonde. Quant à Victor, il ne pensait qu'au bonheur d'être parti et s'écriait joyeusement :
— Enfin, nous voilà en route.
Madame d'Houdailles était profondément absorbée, et une véritable tristesse se mêlait à ses réflexions, car une grosse larme arriva jusqu'à ses yeux. Victor tout occupé à considérer l'étal
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da temps , à calculer les chances qu'il avait dtk, offltr aux chasseurs , la marche qu'ils avaient dû suivre, babillait tout haut sans s'apercevoir qu'on ne l'écoutait pas , lorsque tout à epup il aperçut dans une vaste percée entre deux col-* Unes la vaste ruine de Salnt-Metral.
— Voilà où nous allons, dit- il à madame d'Houdailles en appelant si directement son at« tentîon, qu'elle ne put s'empêcher de regarder.
— C'est encore bien loin, reprit-elle.
— La route est admirable , dit Victor , et quoique je l'aie faite cent fois, elle me»met tou* jours en extase.
— Vous, lui dit madame d'Houdailles, préférant sans doute la conve.rsation de Victor , si frivole quelle fût, aux pensées qui l'avaient do-^* minée jusqu'à ce moment, je ne vous aurais pas cru un admirateur extatique des beautés de la nature.
— Oh ! dit Victor, je n'ai point cette prétention, et cela m'arrive moins souvent qu'aux vrais amateurs; mais il y a des heures, des moments où ça m'empoigne (pardon de l'expression , mais elle est vraie), oui , ça m'empoigne, ça me prend an collet. Tenez, regardez ce tertre là-havtf un soir, en revenant de la chasse, je m'y suis assis pour me reposer ; le soleil se couchait ; j'eus l'imprudence de le regarder, et je
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trouvai cet aspect merveilleux. Peu à pen ce fut une fascination telle, que je restai là, suivant des yeux toutes les dégradations du jour et du bruit, admirant toutes les transformations que subissent successivement le paysage et le ciel, écoutant tous les murmures et leur prêtant un sens. Il était minuit quand je rentrai au château où tout le monde était en alarme ; je voulus dire la vérité, on se moqua de moi et on ne la crut pas. Mon oncle a prétendu*. •
-r- Je comprends alors , dit madame d'Uoudailles , Voulant ignorQr l'accusation assez probable qu'avait pu porter son frère, je comprends cettç singulière expression dont vous vous êtes servi » en disant que vous aviez eu VimprudencM de regarder le soleil qui se couchait, puisque cela vous a valu une moquerie.
— Oh ! dit Victor en souriant , ce n'est pas à cela que le mot imprudence faisait allusion.
— A quoi donc? dit naturellement la marquise.
Victor la regarda d'un air triste et amical, et finit par lui dire avec un accent profond :
— Tenez, madame, je vais vous dire une chose que je ne dirais à aucun homme , une chose que je ne dirais pas à ma tante qui ne me comprendrait pas, sans doute. Je ne suis pas si éiourdi que je le parais. .