‹ Les prétendusChapitre 11 sur 30 · LES l'j.ÉTIiXD'LS · texte numérisé non relu

LES l'j.ÉTIiXD'LS

poussée tout à coup par un boa sentiment, elle tendit la main à la marquise, en In disant :

— Merci, Clara, vous èles bonne. ^ Celle-ci, dont le visage avait une teinte de triste mécoft-

tentemeut, sembia se laisser aller tout à coup à un mouvement de pitié, et lui tendit aussi la main avec un sourire ti'iste et airectueux, mais elle ne prononça pas une parole ; Ja voiture partit, et madame d'Houdailles tomba dans une rêverie profonde. Quant à Victor, il ne pensait qu'au bonheur d'être parti et s'écriait joyeusement :

— EatJu, nous voilà en roule !

TLTE-A-TETE EN CALECHE.

Madame d'Houdailles était prolbndéraent absorbée, et une véritable tristesse se mêlait à ses réflexions, car une grosse larme arriva jusqu'à ses yeux. Victor, tout occupé à coasidérer l'état du temps, à calculer les chances qu'il avait 44 offrir aux chasseurs, la marche qu'ils avaient dû suine, babillait tout haut sans s'apercevoir qu'on ne l'écoutait j^ae^ lorsque tout à coup il aperçut dans une vaste percée eûtie deux collines la vaste ruine de Saint-Martial.

— Voilà où nous aUons, dit-il à madame d'Houdailles ca appelant si directement son attention, qu'elle ne put s'eiapêcher de regarder.

— C'est encore bien loin, reprit-elle.

— La route est admirable, dit Victor, et quoique je raie faite cent fois, elle me met toujours en extase.

—Vous! lui dit madame d'Houdailles, préférant sans doute la conversation de Victor, si frivole qu'elle fût, aux pensées qui l'avaient dominée jusqu'à ce moment; je ne vous aurai j»as cru un admirateur excentrique des beautés de la a»ure.

— Oh! dit Victor, je n'ai point cette prétention, etoda. ni'arrive moins souvent qu'aux vrais amateurs; mais il y a des heures^ des moments où ça m'empoigne ( pardon de Texpression, mais elle est vraie), oui, ça m'empoigne, ç* me prend au collet. Tenez, regardez ce tertre là-haut; un soœ.

LES PRKTENDUS. 51

en revenant de la chasse, je m'y suis assis pour me reposer; le soleil se couchait; jeus l'imprutience de le regarder, et je trouvai cet iispcct merveilleux. Peu à peu ce fut uce fascinaliou leiie, i\jQ je restai là suivant des yeux toutes lesdémadalioiis du jour et du bruit, admirant toutes les translormalious (|ue subissent successivement le paysage et le ciel,Ocoulant tous les murnuires et leur prêtant un sens. Il était minuit quand je rentrai au château, où tout le monde tiait en alarme; je voulus dire la vérité, on se mcqua de i.ioi et ou ne la crut pas. Mou onde a prétendu...

— Je comprends alors, dit madame diloud.iilles, voulant ;:^iiorer l'accusation assez probable qu'avait pu porter son iière, je comprends cette singulière expression dont vous vous êtes servi, en disant que vous aviez eu Vimprudence de regarder !e soleil qui se couche, puisque cela vous a valu une moquerie.

— Oh! dit Victor en souriant, ce n'est pas à cela que le moi imprudence faisait allusion.

— A quoi donc? dit naturellement la marquise.

Victor la regarda d'un air triste et amical, et finit par lui diie avec un accent profond :

— Tenez, madame, je vais vous dire une chose que je ne dirais à aucun homme; une chose que je ne dirais pas à ma tante, qui ne me comprendrait pas sans doute. Je ne suis pas si étourdi que je le parais.

La marquise se mit à rire.

— Oh ! ne riez pas, madame, car vous ne me comprenez pas non plus. Que vous dirai-je? Je suis jeune, je suis riche, riche pour moi, qui ai des goûts simples. Jai un avenir tout laii,, puisque je suis dv,^stiné à occuper un siège à l;i cour des pairs, et cependant, madame, je crains la soiilude, j'ai peur de la rellexiou. Dans cette longue soirée que j'ai passée ainsi que je vous l'ai dit, j'ai été plus triste que je ne l'avais été encore de ma vie, et cependant j'éprouvai un invincible attrait à contempler ce spectacle. Vous dire ce qui me faisait pleurer au milieu de cette contemplatiori, c'est difficile, mais jamais je ne me suis senti si orphelin qu'en goûtant cette joie. Souffrir et être seul, ce n'est rien, je crois ; mais se sentir Tàiue toute pleine dune jo;e inconnue, d'une decfô? joies qui n'ont pas de nom dans la vie usuelle, et û'avoir pas

quelqu'un à qui le dire avec effusion !... Un fils n'est jamais ridicule devant sa mère, madame, et le souvenir qui m'e?t resté de la mienne m'a fait rêver que si j'étais rentré chez elle pour lui dire ce que j'avais éprouvé, elle m'eût embrassé plus tendrement. Bien des fois depuis j'ai pensé, j'ai réfléchi, et je ne sais pourquoi, au bout de toutes mes réflexion^ arrivait une peur ou une tristesse. C'est une fâcheuse disposition de mon esprit, sans doute; mais quand je m'abandonne à une idée, elle s'empare de moi, me domine, m'entraîne. Je me crée des bonheurs, un avenir qui s'en vont tout à coup à la première rencontre que je fais, à la première parole prononcée auprès de moi, et j'en souffre beaucoup.

— Je ne vous blâme pas, dit sérieusement madame d'Houdailles, de regretter la perte d'une mère, mais vous en avez été consolé mieux et plus qu'un autre,

— Non, madame, non ! dit rapidement Victor.

— C'est de l'ingratitude, monsieur Victor, et votre tante vous aime comme une mère, sans parler de mon frère, dont vous n'appréciez peut-être pas assez la tendresse.

— Moi ! dit Victor en souriant tristement : je connais M. Ménier, je le connais mieux que vous qui êtes sa sœur; j'en sais plus qu'il ne croit sur son compte ; je sais qu'il a doublé ma fortune ; je sais qu'il n'y a pas en France un plus honnête homme et un meilleur ami; mais, voyez-vous, madame, M. Ménier n'est pas de ma famille, et si ma tante avait été une femme plus sérieuse, il y a bien des choses qui me blessent et qui n'auraient pas lieu.

Ces paroles avaient été prononcées avec un si étrange accent de mystère qu'elles excitèrent la curiosité de madame d'Houdailles. Cependant elle prit la question dans un sers qui devait dissimuler cette curiosité à Victor et repartit : :?. -- Lui en voulez-vous d'avoir oublié la distance qui séparait sa naissance de celle de mon frère, et de s'être alliée à un homme sans nom ?. . . ij

— Non, certes, madame, dit Victor, mais laissons cela... je ne sais rien et je n'ai le droit de juger personne ; mais si vous me voyez si brûlant, si étourdi, c'est que je ne veux pas réfléchir. Je l'ai fait ce matin, et vous voyez, je suis triste, ennuyeux; je vous dis des choses qui n'ont pas le sens commun.

ON ACCIDENT DE CHASSEï

Nous avons dit que la curiosité de madame d'Houdailles était éveillée ; c'est plus qu'une excase à la question qu'elle fit à Victor. D'ailleurs, comme on le verra plus tard, ce n'était pas une curiosité frivole.

— A quoi donc, dit-elle, avez- vous réfléchi qui ait pu vous rendre si triste ?

-- Vous ne me le pardonneriez pas si je vous le disais.

— Moi ! dit madame d'Houdailles ; à moins que cela ne regarde mon frère, je ne vois pas en quoi vos réflexions peuvent me blesser au point que je ne vous le pardonne pas.

Victor la regardait en ce moment avec une expression pleine d'anxiété et d'émotion ; madame d'Houdailles ne voulait pas avoir l'air d'éviter ce regard et le soutint courageusement. Tout à coup Victor baissa les yeux et reprit en secouant la tête :

— D'ailleurs, vous, ce n'est pas la même chose, vous êtes libre.

Il y avait toute une histoire dans ce peu de mots; en en cherchant le sens, madame d'Houdailles crut y voir une accusation contre elle et contre une autre, accusation qui, au dire de Victor, perdait de sa gravité vis-à-vis d'elle, gràeo à son état de veuvage. Eutre nous, pour si bien deviner, il faut qu'on ait frappé bien juste, et malgré tous ses efforts, madame d'Houdailles parut troublée. ^^

«'A ce moment un coup de feu se fit entendre dans uu champ voisin : un vol de perdrix traversa la route ; mais Tune d'elles, qui avait été blessée, s'abattit et tomba sur les genoux de madame d'Houdailles, qui laissa échapper un cri ; presque aussitôt deux chiens sortirent du champ, et sentant le gibier dans la voiture, se mirent à se dresser autour en jappant ; en même temps un chasseur parut sur le bord de la route et s'avança vers la voiture poui faire des excuses,

— Madame d'Houdailles ! s'écria-t-il tout à coup.

— Ah ! c'est vous, Cancel? dit brusquement Victor en lui

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jclant la perdrix sur la roule. Vous venez de faire un ioU coup : la robe de madame esl toute lâchée de sang.

La voiture s'était arrêtée. Mais le beau jeune homme à qai s'adressait celte remontrance ne parut pas l'entendre, car il regardait la marquise dans une muette contemplation. Celleci était si pâle et si troublée que Victor pensa q ae la frayeur la rendait muette, et il lui dit d'un ton peu aimable pour celui dont il pariait :

— C'est M. le comte de Gancel, madame, si surpris d'avoir lait une maladresse envers ane dame, quïl ue sait commeol s'excuser.

Le jeune homme murmura quelques mots inarticulés ea forme d'excuse à madame dHoudailles.

— Ce n'est rien, monsieur, j'ai eu peur; je suis ravie de vous voir en parfaite santé.

Elle lit un signe au cocher, qui reprit sa marche, et itla laissèrent M. de Gancel sur la route immobile comme uae statue. Une colère inlmeure, une agilation impatiente s'étaient emparées de madame dHoudailles.

— Vous connaissez Cancel? lui dit Victor.

— Oui... autrefois je l'ai vu... il y a de bien longues aftnées.

— En ce cas, vous avez gardé un excellent souvenir l'un de l'autre, car vous vous êtes vite reconnus.

— Que signilient vos paroles? dit madame d'Houdailles Evec une Qerlé indicible.

— C'est que je hais cet homme de toute mon âme, dit "'Victor d'un ton qui montrait combien ce sentiment était vrai en lui.

— Vous avez sans doute vos raisons pour cela, dit la marquise d'un ton sec, mais je suis peu curieuse de les apprendre.

— Puissiez-vous les ignorer toujours, madame, dit Victoi d'un ton aiïeclueux; mais croyez-moi, cet homme n'a ai loyauté ni honneur dans le cœur... Eh 1 mais j'y pense, s'écriat-il tout à coup... Hier... cette lettre...

Puis il releva les yeux sur madame d'Honùailles, qui roagit, se troubla encore plus et dùtourna la tête. Victor parut ne pouvoir se contenir, à la pensée qui lui vint à l'esprit, cl il s'écria sourdement ;

LES lT.ÉTi:NDUS. 65

— Ah! si je le savais, le misérable!...

Madame d'Houdailles était dans un état non moms extraordinaire. Tout à coup encore Victor, comme poussé par uue inspiration soudaine, quitte sa place, s'asseoit en face de madame d'Houdailles et dit :

— Ecoutez, madame, vous êtes la sœur de M. Menier, et ii vous aime trop pour que vous n'ayez pas comme lui une i^énérosité immeiise.

Madame dHouiJailles tut encore plus troublée de cette brusque interruption et ne répondit pas. Victor continua:

— Ufuut que vous sachiez la vérité, madame, sans cela... Clara posa ses doigts sur ses lèvres en murilraut le cocher

de l'œil. En effet, ils c '.aient dans une voilure découverte, et le bruit de leurs paroles pouvait monter jusqu'à cet homme. Victor le comprit, et se penchant vers madame (''Houdailles, qui fit de même pour mieux l'euteudre, il reprit à voix basse :

— Si c'est lui qui vous a écrit, ne lui répondez pas.

— Comment! dit madame d'Houdailles, vous supposez que M. Cancel...

— Ne vous fâchez pas ; mais enfin, voici ce qui s'est passé liier. Ce n'est pas pour le plaisir de sauter uu mur que je raesuis blessé le pied. Comme je rentrais au chàtt-au et que j'allais gagner la porte qui est près du bois, j aperçus de loin un homme qui paraissait faire le guet à celte porte. (Jet homme même collait son oreille comme pour écouter f'i quelqu'un venait. Cet homme était M. de Cancel. Si j'avais pu croire que ce fût vous et mon oncle qui fussiez tierrière cette porte, as>is sur le banc où vous avez laissé votre mouchoir, j'aurais été à lui et je lui aurais peut-être demandé comment il se faisait qu'il tût ici quand il a dit qu'il retournerait à Paris. Mais quand j'y pense, j'aurais eu tort de le faire, car il était fort indifférent que je le trouvasse seul ou avec... la... personne que je croyais qu'il attendait. Je savais ou je croyais savoir pourquoi il éîiiii resté, et pendant le temps que j'aurais mis à le rejoinuie. cette personne t^ùt pu puraitre, et je n'aime pas àc^pioîiiivi- ceux que je voudrais croire irréprochables. G" est puur cela, u-a dame, que j'ai passé par-dessus le mur, pour u avoir [;as â le rencontrer scuL ou avec elle.

Madame d'IIoudailles tressaillit à cette dernière parole, mais elle n'eut pas la force de répondre.

™ Vous ne me comprenez pas, madame, lui dit-il d'un ton douloureux, je ne puis pourtant pas en dire davantage. Il y a beaucoup de ma faute dans ma manière d'être, les idées me viennent à peine que je les oublie, ou plutôt que je les chasse ; de façon que ce que j'ai pu soupçonner hier, je n'y pensais plus ce matin. Vous vous rappelez votre mouchoir : quand j'ai été le chercher, une lettre était posée à côté. C'était près de la porte où j'avais vu M. Cancel arrêté, mais ce n'était pas son écriture ; cette lettre était pour vous, je ne pensai pas qu'elle put être de lui, et cependant, ne sachant ni d'où elle venait ni de qui elle venait, je vous la remis sans paraître l'avoir découverte.

— Cette lettre, dit madame d'Houdailles, est une lettre que j'avais prise pour la montrer à mon frère.

— Une lettre que vous n'aviez pas encore décachetée?

— Monsieur, vous oubliez que ces suppositions vont plus loin que je ne le permettrai jamais à personne.

— Vous vous offensez, et vous avez tort, dit Victor; laissez-moi continuer et vous verrez.

— J'étais bien jeune quand vous vous êtes mariée, madame, et c'est parce que j'étais un enfant que j'ai souvent entendu mon oncle quereller sa femme de ce qu'elle avait usé de son iutluence sur votre père pour vous sacrifier au vieux marquis d'Houdailles, lorsqu'elle savait l'amour que vous aviez pour M. de Cancel. Ces souvenirs me sont revenus à lïnstaut où vous lui avez parlé comme à quelqu'un qu'on connaît, et à ce moment même j'ai cru, j'ai supposé que cette lettre pouvait être de lui.

Madame d'Houdailles sourit le plus gaîmcnt qu'elle put en disant :

— Il est vrai, monsieur, que vous oubliez bien vite vos propres observations; c'est vous qui avez remarqué que ce n'étuil pas l'écriture de M. le comte de Cancel. >3i

— Oh! dit Victor d'un air sombre, M. de Cancel est un de ces messieurs qui font métier d'avoir des manteaux couleur de muraille et des écritures à toutes mains. Mais, Dieu soit loué, madame, que la lettre ne soit pas de lui; tant mieux pour vous et pour un autre. Tant mieux pour lui surtout!

La marquise était dans une position terrible; elle coraprenait tout ce que voulait lui dire Victor ; cependant elle ne voulait pas en avoir l'air, elle ne voulait pas être de moitié dans des secrets dont elle eût osé à peine s'entretenir avec un homme d'un âge avancé. Ne sachant que répondre, elle S8 taisait.

— Vous ne comprenez pas, dit Victor; eh bien, tant mieux encore, j'aime mieux cela; mais pouvez-vous faire une chose sans m'en demander raison ?

— C'est selon ; je ne m'engage pas aisément, monsieur.

— Cela n'est pas difficile à faire, reprit Victor. Ne dites pas à mon oncle, ne dites à personne, je vous en supplie, que nous avons rencontré M. de Cancel.

— Vous avez raison, dit madame d'Houdailles, oubliant que cet assentiment empressé était la meilleure preuve qu'elle pût donner qu'elle avait compris Victor. Elle y fît si peu attention qu'elle fit un geste d'impatience, et, montrant le cocher, elle murmura tout bas :

— Mais cet homme...

— Ahl dit vivement Victor, mon oncle ne descend pas à s'informer à de telles gens.

Tout le secret venait de se dévoiler dans ce dernier mot. Il parut impossible à madame d'Houdailles de paraître plus longtemps ne pas comprendre; mais l'âge de Victor l'arrêta encore, et elle se tut en poussant un profond soupir de regret.

— Eh bien! lui dit Victor, qui sentit bien que la marquise en savait autant que lui, n'en parlons plus ; cela vous afllige, mais pas plus que moi, Je donnerais un bras pour que cela ne fût pas... mais... Allons! cria-t-il tout à coup, Pierre, pousse donc tes chevaux, nous allons au pas.

La voiture prit un grand train, et Victor, soit qu'il fût fatigué d'une conversation presque mystérieuse, soit qu'il voulût en distraire l'esprit de madame d'Houdailles, se mit à lui dire :

— Ah ! si vous aimez les sites romantiques, vous allez en voir un admirable ; la Ruine est fort riche et toutes ses parties admirablement conservées.

— Vous la connaissez?

— Je l'ai visitée vingt fois.

58 f.F.S PRÉTENDUS.

— Sans doute, dit madame d'Houdaillcs avec une sorte da familiariié amicale, elle a sa chronique bien noire et biea épouvi^ntable?

— Mais il n'y manque rien, dit Victor en riant. Adultère, duel, meurtre, empoisonuement, rivalité de deux sœurs...

Victor avait commencé cette nomenclature assez rapidement, mais peu à peu ses paroles s'étaient ralenties, comme si à mesure qu'il les prononçait, le drame qu'elles lui rappelaient lui faisait peur. Il s'arrêta tout à fait, devint sombre et baissa la lêle en disant ;

— C'est une histoire terrible, qui peut cependant être vraie. Une larme lui vint aux yeux, et il murmura tout bas :

— Ma pauvre tante! ma pauvre tante!

— Monsieur Victor, lui dit doucement madame d'Houdailles, vous vous alarmez à tort.

— C'est qu'après tout, reprit celui-ci, elle m'aime, moi, elle m'a traité comme son fils. Je ne puis pas l'accuser, et]e ladéfenclrai contre son mari, s'il le faut. Ah ! tenez, madame, je voulais partir, je ne voulais plus revenir ici; j'aurais mieux fuit.

— Et moi aussi, dit madame d'Iloudailles, j'aurais mieux fait de ne pas venir.

— H faut absolument que cet homme parte, s'écria Victor; il faut qu'il parle ou je le tuerai. Moi , ça m'est facile : une impertinence est bientôt dite; il me hait comme je le hai^•, et s'il me tue, après tout, elle n'osera plus le revoir après ma mort, et elle sera peut-être sauvée.

Madame d'Houdaillesconteni la Victor avec ime véritab- • admiration; il était si naïf, si franc, si sûr de faire ce qu'i! disait; il y avait si peu d'ostcniation dans cette menace, laiit de facilité dans le sacrifice qu'il faisait de sa vie, qu'elle i • ijut s'empi\ hor de lui ) rendre la main et de lui dire : ...,— Vous êtes bon, monsieur Victor, vous êtes bon; maiif i; y a des choses en ce monde qu'il faut paraître ijjnorer;il^ a des choses dans lesquelles l'intervention du meilleur ami e.>t souvent une cause de malheur.

— C'est possible, dit Victor ; j'attendrai.

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