IV.% PP.RTENDUS
Menî ïeprit madame d'Houdailles après une assez longue pacse, restez, monsieur Victor, restez.
— Voilà un étrange conseil, reprit celui-ci d'un ton méfiant. Auriez-vous donc besoin que ma tante, exaspérée par ma résistance, poussée à bout par l'inimitié de tous ceux qui devraient la protéger, fît ce terrible aveu à son mari et se perdit sans retour?
— De tous les soupçons que vous m'avez montrés, reprit tristement madame d'Houdailles, celui-ci est assurément le plus cruel ; la trahison dont vous m'avez accusée en disant que j'avais accepté le rendez- vous de M. de Cancel, ne serait qu'un jeu auprès de celle-ci. Dans votre morale de jeunes gens, reprit la marquise avec amertume, une femme qui reprend son amant à celle qui le lui a enlevé, use sans doute de ses droits légitimes; mais je ne pense pas que vous puissiez trouver une excuse à la duplicité qui VBut se servir de la passion d'une rivale pour la perdre. Faites donc ce qui vous plaira, monsieur, et veuillez me date ce que je dois répondre à mon frère.
— Eh! le sais-je, madame? et lorsque c'eFt à vous que je me serais adressé pour vous demander conseil et appui, vous m'accablez pour on mot inconvenant sans doute. Mou Dieu, je le sens, mais je ne puis répondre dans le désordre où je suis; ear, si vous le voulez, je resterai; mais si je reste, elle parlera, toos dis-je ; elle parlera, et c'est moi qui l'aurai poussée à se perdre.
Madame d'Houdailles parut en ce moment vivement agitée; puis, après quelques minutes d'hésitation, elle prit tout à coup une résolution nouvelle.
— Monsieur Victor, dit-elle d'un ton ferme et déterminé, TOUS êt€s un noble eœur ; si vous ne me comprenez pas aujourd'hui, je suis sûre que vous me rendrez justice plus tard : restez, vous dis-je, et madame Ménier ne parlera pas; elle ne parlera pas , monsieur , parce qu'elle srit bien qu'elle n'a rien à apprendre à son mari.
— Que dites-vous ! s'écria Victor en reculant involontairement. Il le sait ! Son Tisage prit une expression de dédain, et il ajouta en baissant la voix : Et il le souffre !
— lOui, monsieur, il le souffre, et de sa part c'est plus de.noblesse, plus de courage, plus do grandeur que vous ne
*Û0 LES PRÉIEWDUS.
jiouvez vous imaginer; c'est une effroyable histoire, monsieur, mais que je ne puis ni ne dois vous dire encore; feulement ne blâmez pas M. Ménier,ne condamnez même pas votre tante avant de savoir ce qui a pu la pousser à. mal faire, et puisque vous avez trouvé près d'eux tendresse et protection, soyez indulgent pour tous les deux et attendez, q,
— Mais vous, madame, dit Victor, vous que j'ai crue coupable, vous que j'ai otfensée !
— Ne nous occupons pas de moi, reprit madame d'Houdailles, rentrons au salon ; et si vous voulez être bon jusqu'au bout, dites à votre oncle que c'est la réprimande qu'il vous a faite qui vous avait décidé à partir; que c'est un mouvement d'humeur, d'emportement : et peut-être Dieu lera-t-it que ce nuage menaçant suspendu sur nos têtes liasse sans amener d'orage.
— Et ne me dites-vous rien, madame, dit Victor, pour me donner la force de rester ?
— Croyez-moi, monsieur, repartit madame d'Houdailles, le ressentiment de madame Ménier sera bien vite effacé, et elle vous saura bon gré d'avoir compté sur ea justice et de n'avoir pas obéi à l'emportement de sa douleur.
— Je le crois, madame, dit Victor d'un air sombre ; je resterai puisque vous le voulez, mais il me semble que quand je fais tout pour vous, il me semble que vous pourriez bien me dire un mot.
— Je vous remercie, reprit madame d'Houdailles tout étonnée de l'humeur que montrait Victor, je vous suis reconnaissante de ce que vous faites, soyez-en assuré.
— C'est trop, madame; c'est trop, reprit Victor d'une voix con train te et émue ; je n'en demande pas tant, et je resterai ; n'en parlons plus.