‹ Les prétendusChapitre 24 sur 30 · CURE MORALE · texte numérisé non relu

CURE MORALE

D'après ce' qui avait été convenu la veille, Fernand fit dbmauder un entretien à madame d'Houdailles; le docteur, selon sa promesse, l'avait prévenue et avait exigé d'elle qu'elle reçût du Luc. Dans le premier moment, ell'j s'y était refusée avec terreur, puis elle avait accepté avec un empressement reiuarq lable. Le médecin avertit du Luc de cette apparente contradiction.

— D'abord, lui dit-il, elle a eu peur et honte de se montrer; ensuite, elle a voulu tenter l'épreuve et voir si son aspect ne vous étonnerait pas. Soyez donc calme, et dominez toute émotion et surtout toute curiosité.

Cependant le docteur, M. de Sommerive, Victor et M. de Cancel se retirèrent dans la chambre d'où lis devaient écouter rontrelien de duo Luc avec ma lame d'iloudaihes. Catherine avait exig.;^ de M. Ménier de ne pas quitter sa chambre, et madame Mciiier, » iilermée chez elk", semblait avoir abandonnné toute participation à Texisteoce de sa maison et. à ce qui pouvait s'y passer.

Enfin Lise vint avertir du Luc que madame d'IIoiidaiUes était prête à le recevoir. Lorsqu'il entra elle était a moitié couchée sur une chaise longue. Lise se plaça derrière elle. Fernand al a jusqu'à la marquise et s'assit prés d'elle après l'avoir suiuee avec uue familiarité airectueuse.

— Je viens vous ennuyer bien matin, fit-il, mais j'ai ua monde de ciioses à vous dire.

La marquise avait cherché vainement une expression d'embarras ou de pitié sur le visage de Fernand, il était entré comme il fût entré deux jours avaut. Elle baissa les yeux, respira profondément et répondit :

— Qu'avez- vous donc ù me dire?

— Vous allez voir, dit du Luc en souriant : c'est presque un roman ; mais vous serez induljicnte pour le conteur s'il vous ennuie; car c'est aussi une histoire vraie.

— Je vous écoute, monsieur.

— D'abord il faut, madame, que je vous raconte avec les détails les plus minutieux comment s'est passée mon entrevue avec M. de Caiicel. J'espère que lorsque vous en saurez le résultat, vous me saurez bon gré de n'en avoir omis aucun. Sur votre invitation, je me suis rendu chez le comte; je le connais définis longtemps, et sans avoir eu avec Jui des relations très-intimes, je le savais assez homme d'honneur pour être assuré qui! ne résisterait pas à des remontrances qui venaient de vous. Mais ces remontrances passaient par ma bouche, madame, et elles furent d'abord assez mal accueillies, et interprétées comme l'avait été la provocation de Victor. Ne voulant pas engager une discussion personnelle entre M. de Cancel et moi, je lui racontai les faits tels qu'ils s'étaient passés : l'histoire de la tache de sang, celle de la ballade, la singulière disparition de M. Ménier, la découverte faite par un valet curieux de sa visite nocturne, votre projet de départ et enlin la mission que vous m'aviex, donnée de prévmir un combat entre lui et M. Ménier. A cela j'ai ajouté que vous aviez d'autant plus de raison de redouter cette rencontre que M. Méuier était venu me prier d'en jtre le témoin.

— Je ne m'étais donc donc pas trompée, dit madame d'Houdailles, qui fit un elTort sur elle-même pour répondre d'une voix calme : Mais quel motif mon frère vous a-t-il donné pour jusUlier ce combat prés de vous ?

— L'insulte que vous avait laite M. de Cancel en s'introduisaiit la nuit chez vous, l'insulte personnelle qu'il lui avait faite eu no respectant ni sa sœur ni sa maison.

— Pauvre frère! dit Clara, s'il savait qu3 j'ai trahi son secret.

— J'ai accepté vis-à-vis de 51. Ménier les motifs q''.'il voulait donner à sa conduite, et je les ai fait connaître à M. de Cancel. Mes conseils n'avaient d'abord trouvé qu'irritation, mon récit amena un morne et long silence, et c'est après ce silence que, comme vous, madame, il me demanda les motifs que M. Ménier donnait à sa provocation. Je les lui dis tels que M. Ménier me les avait énoncés, et je vous demande pardon, madame, de répéter ici les propres paroles de 51. de Cancel; leur familiarité n'a rien d'offensant. Lorsque j'eus dit au comte les raisons de ce combat, il montra une douloureuse impatience et s'écria avec colère :

— Pauvre Clara, il lui faudra donc toujours payer poulies fautes de cette femme !

— H a dit cela, fit madame d'Houdailles dont les yeux se trempèrent de larmes.

— Oui, madame, et je ne crois pas avoir été au delà de mon rôle d'ami en me croyant autorisé par cette parole à aborder le côté grave de cette situation. Ce que je puis dire a M. de Cancel sur le trouble qu'il pouvait jeter dans votre famille, sur les malheurs qui en pouvaient résulter, sur le sai-rifîce qu'il vous devait de ses relations avec madame Méuier, sacrifice que je n'ai présenté que comme un devoir exigé par l'honneur, tout cela n'a pas besoin de vous être répété, mais je dois vous redire textuellement la réponse de M. de Cancel.

— Monsieur du Luc, me dit -il, cette rupture qu'on me demande, ce n'est pas un sacrifice ni à l'amour ni à Ihonneur que j'accomplirais ; ce serait la délivrance bien désirée de la chaîne la plus odieuse que jamais homme ait portée. Mais co que je n'ai pu faire depuis longues années pour mon repos, pour mon honneur, pour ma dignité, le pourrai-je pour elle? Oh ! si vous saviez ce que c'est que madame Ménier ! si vous pouviez savoir comment elle m'a entraîné, dans quels pièges je suis tombé, cii elle m'a conduit et par quels liens elle me retient, vous seriez épouvanté de ce qui peut arriver, et vous noseriez croire à une duplicité si patiente et si implacable !

Je crus pouvoir faire observer à M. de Cancel que souvent

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•on jugeait mal de sa propre position ; je sollicitai, je l'avoiic; r.necontiieiice, et ia manière dont lo comte me l'a faite me prouve qu'il n'y a pas vu une curiosité indiscrète, mais un u'I'sir véritable d être utile à une iamille que j honore. Cette oontiJence, madame, il est nécessaire que je vous la redise.

— Le croyez vous indispensable?

— H le iaut, madame^ reprit Fernand, qui remarquait dojà que l'attention de iradame d'Houdailles était assez attirée sur un sujet qui !a touchait de près, pour l'élO: ^ner des alîreuscs terreurs qu'elle avait éprouvées ; il le faut, repritil. La seule grâce que je vous demande, madame, c'est de iv-2 permettre d'être un narrateur fidèle et par conséquent ii;i peu libre peut-être dans mes expressions. Vous vous ctonuerezje le crains, du style dootquelquetois les hommes parlent entre eux, mais il y a dans cette alî'aire des choses et une pensce que vous devez connaître tout enlièr'^s, et que je ne veux pas allaiblir par des méiiagements que je m'imijoserais vis-à-vis d'une autre femme moins forte et moiuB supérieure que vous.

Cet éloge alla peut-être trop loin, car la physionomie de madame d'Houdailles s'altéra. Mais du Luc, alarmé, repiit immédiatement ;

— M. de Cancel est un noble et galant homme ; M. de Cancel vous aime, madame. Jugez-en par le récit qu'il m'a fait, récit dont j'attesterais ia sincérité sur l'honneur, si de iùoheuscs préventions pouvaient vous eu faire doutera

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