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§ IV. — Autres pays.
Nous ne croyons pas nécessaire de passer en revue tous les autres pays, où il existe des organisations de prêts sur l'honneur. Dans le domaine du crédit populaire comme dans celui de la bienfaisance, nous retrouverions en effet presque partout, avec des variantes de détail, l'un ou l'autre des types que nous avons notés en Italie, en Allemagne ou en France.
S'agit-il du crédit populaire?
Dans tous les pays, où celui-ci s'est organisé d'après les principes posés par Schulze-Delitzsch ou Raiffeisen, c'est-à-dire à peu près dans tous les Etats de l'Europe, le crédit personnel accordé aux qualités d'honorabilité, de travail et d'économie de l'emprunteur apparaît comme la caractéristique des institutions de l'espèce. Qu'on étudie les pays où le mouvement est issu de la libre initiative privée, comme la Belgique et l'Autriche, ou ceux dans lesquels se traduit une intervention financière ou administrative de l'Etat, tels que la Hongrie ou la Roumanie, dans les uns et les autres on constatera que c'est avant tout à la probité, à l'honneur de l'individu qu'il est fait confiance dans l'octroi des prêts, alors même
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que ceux-ci sont appuyés par les engagements de cautions solidaires.
L'exemple des Caisses de crédit agricole espagnoles, et spécialement des Caisses navarraises, est à cet égard assez significatif. En effet, le statut-type de ces dernières, quoique formel pour décider qu'une garantie devra toujours être exigée de l'emprunteur, donne cependant ses préférences, quand il énumère les diverses sécurités possibles, à la caution personnelle affirmative pour les agriculteurs économes et moraux « d'un capital d'honneur et d'amour du travail » (1). Ici encore, c'est doncla valeur morale de l'individu proclamée par ses concitoyens qui est la base même du crédit agricole.
îl n'est pas jusqu'à la Grande Bretagne, pourtant si en retard en matière de crédit populaire, 011 cette même conception ne se retrouve dans une certaine mesure. Elle domine l'organisation des Caisses agricoles irlandaises, qui sont la meilleure expression du crédit coopératif dans le Royaume-Uni. On la rencontre aussi dans quelques unes des rares tentatives de crédit coopératif urbain réalisées en Angleterre, telles que la Banque du peuple de Nottingham, la Banque populaire de Finsbury Park, à Londres, ou
(1) Cf. XV^ Congrès du crédit populaire : Actes du congrès, p. 321 et suiv., 1 vol.. Menton, Imprimerie coopérative, 1909.
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celle de Nevvport en Monmoulhshire. Mais ces derniers essais sont si modestes qu'ils méritent à peine d'être cités, et ont même fait dire (1) qu'en Grande-Bretagne, en matière de crédit coopératif urbain, « on n*a rien fait, ou presque rien, pour les emprunteurs n'offrant qu'une garantie personnelle » (2).
Si maintenant nous nous tournons vers les (Euvres philanthropiques, que voyons-nous? Partout des expériences analogues à celles que nous avons étudiées précédemment.
En Autriche, par exemple, nous rencontrons, comme en Allemagne, une Association po2ir lutter contre le paupérisine et la mendicité {k Vienne), qui se propose de « substituer à la charité par l'aumône individuelle l'aide organisée, respectueuse de la dignité de l'assisté et apte, par la pratique des prêts gratuits et des ventes d'outils à tempéraments, à développer sa conscience et à relever sa condition », — ou encore un service de prêts gratuits organisé au profit de ses membres par Y Association vieniioise des
(1) Cf. le rapport présenté au Congrès international du crédit populaire de 1900 (1 vol., Menton, impr. coopérât., 1901, p. 204), par M. H. Couvelas Devine, secrétaire de l'Association des Banques coopératives anglaises.
(2) Un semblable jugement m'était tout récemment exprimé par M. Henry W. Wolfî, de Londres, ancien président de V Alliance coopérative internationale^
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institutrices et gouvernantes, — et aussi, à Vienne également, une Caisse de prêts d'honneur en faveur des artisans et des petits industriels Israélites.
Le Danemark nous fait voir de même, au milieu d'un magnifique épanouissement d'œuvres diverses et multiples de bienfaisance, des institutions de prêts d'honneur nombreuses et intéressantes, telles que la Société coopérative de secours dite VAmi des citoijens, qui prête chaque année gratuitement quelque vingt-mille couronnes à ceux de ses membres dans le besoin ayant au moins trois ans de sociétariat ; — ou V Association secourable mutuelle des ouvrières ^ dont la caisse de prêts consent à ses membres des avances de 20 à 50 couronnes, en vue d'acheter des machines à coudre ou d*entreprendre une profession indépendante (1).
En Grande Bretagne pareillement, les institutions mutualistes ou de bienfaisance consentant des prêts basés sur la confiance en l'honorabilité de l'emprunteur sont considérablement développées ; elles ont même obtenu un remarquable succès. Elles présentent une extrême variété : Charity organisation societies, local Provident societies^ Leagues of Help, social SettlementSy Self-help societieSf Sociétés de se-
(1) Cf. sur le Danemark, la Revue philanthropique , t. XIV, p. 161 et suivantes, 325 et suivantes.
Dufourmantelle. 6
cours mutuels , etc.. Dans une brochure publiée en 1909, M. Henry W. Wolff indique qu'une enquête ayant porté sur 479 sociétés de secours mutuels d'Angleterre et d'Irlande a fait ressortir chez ces institutions l'existence de prêts en cours s'élevant à 17.308. 425 francs (1). Nul doute que depuis cette époque ces florissantes sociétés n'aient continué à prodiguer les mêmes précieux services à leurs membres. Comme sur le continent, d^ailleurs, ces prêts servent à soulager les mêmes misères : gêne en cas de chômage involontaire ou à la suite de maladie, dégagement d'outils, paiement de dettes usuraires, etc..
La Belgique, enfin, nous offre un spectacle analogue. Nous avons pu cependant, au cours d'un voyage en ce pays, y relever deux initiatives originales et particulièrement intéressantes, dont l'une a été prise et dont l'autre a été encouragée par la Caisse générale d'épargne et de retraite, et qui méritent mieux qu'une simple mention. Nous les décrirons dans le chapitre consacré aux exemples monographiques.
Du tableau d'ensemble que nous avons tracé
(1) Le crédit populaire dans le Royaume- Uni de Grande- Bretagne et Irlande, par Henry W. Wolff, 1 broch. pu. bliée par l'Institut international pour l'étude du problème des classes moyennes (Bruxelles, 101, rue du Commerce).
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du développement des institutions de prêts d'honneur et de crédit personnel dans un certain nombre de paysd'Europe(l), nous pouvons, semble-t-ii, garder l'impression d'un mouvement très général, très ample et surtout heureux, dont la civilisation contemporaine peut tirer quelque fierté. En l'étudiant de plus près dans ses réalisations, nous allons saisir davantage encore la générosité de la pensée qui l'a inspiré.
(1) En ce qui concerne les institutions suisses, on pourrait utilement se renseigner auprès de l'Office central de renseignements sociaux (Schweizerische Zentralauskimftsstelle fur soziale Fiirsorge], dont le siège est à Monchaltorf, près Zurich, et qui vient de faire paraître le premier compte-rendu de son activité.