UTILITÉ ET OBJET DES PRÊTS SUR L*HONNEUR
La Chambre syndicale de la mercerie en détail, à Paris, qui consent à ses membres des prêts variant de 500 à 1.500 francs, n'a eu, jusqu'à présent, à enregistrer aucune défaillance.
A la Société philanthropique du prêt gratuit, à Paris, les pertes ne dépassent guère une moyenne annuelle de 2 à 2,50 0/0.
Dans une Caisse de Reims, elles n'atteignent pas 2 0/0.
La Caisse de prêts delà Société de secours mutuels, la Couturière, à Paris, a depuis son origine consenti pour 18.718 francs de prêts, sur lesquels elle n'a perdu que 539 francs, soit 2, 87 0/0 de ses avances.
Passons maintenant aux institutions étrangères.
La Banque populaire de crédit de Bologne a, du 1" janvier 1876 au 80juin 1911, consenti pour .329.000 francs de prêts sur l'honneur. Durant cette même période de temps, ses pertes se sont élevées à 10,384 francs, soit 1, 73 0/0 des sommes prêtées.
Dans la Banque coopérative populaire de Padoue, les années où les prêts d'honneur ont pris le plus grand développement furent les années 1886 et 1887 ; les prêts s'y élevèrent respectivement à 19.000 et 22.600 francs. Or, durant ces deux années, sévirent le choléra et la petite vérole ; et cependant, malgré les chômages, les maladies, les décès qu'entraînèrent ces épidémies, les
pertes ne dépassèrent pas 592 francs en 1886 et 812 francs en 18871
A Berlin, la Caisse de prêts pour les membres nécessiteux de la communauté israélite enregistre à peine 1 0/0 de pertes.
A l'inverse, le secrétaire de \B.Caisse de secours de V Union des commerçants et industriels berlinois nous avouait des pertes atteignant la proportion considérable de 60 à 70 0/0. Nulle part ailleurs nous n'en avons rencontrée d'aussi élevée.
Nous en avons dit assez pour asseoir l'impression générale que nous cherchons à dégager. Dans l'ensemble, — et à part quelques institutions où, sans doute, la pensée charitable tient une place trop grande, — les pertes occasionnées par les prêts sur l'honneur sont faibles, quelquefois nulles. Ceci est la preuve de l'efficacité des efforts tentés par nos organisations, et montre également que l'honneur, même dans les catégories sociales les plus éprouvées par la lutte pour la vie, n'est pas un vain mot. Aussi bien, dit éloquemment et avec justesse M. Rayneri (1),
(1) Mabilleau, Rayneri et de Rocouigny, op. cit.^ p. 164. Voy. également sur la portée sociale et morale des prêts d'honneur les pages attachantes qu'a consacrées à ces institutions le comte d'Haussonville dans son livre : Salaires et misères de femmes (1 vol., Paris, Calmann Lévy, 1900).
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de telles pertes, quand elles se produisent, honorent les Caisses qui les subissent ; « ce sont « des blessures glorieuses, car elles ne repré- « sentent pas des spéculations, ni des combinai- (c sons financières, mais des secours arrivés à « propos, des douleurs atténuées, des misères « soulagées, des épisodes touchants de laviepoa pulaire aux heures critiques. »