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Banque populaire de crédit de Bologne {Italie

La Banque populaire de Bologne est une des Sociétés coopératives de crédit les plus justement fameuses de l'Italie et même de l'Europe. Deux chiffres suffiront à donner une idée de son développement et de sa prospérité : en 1910, date de la dernière statistique qui nous ait été transmise, elle a accusé un mouvement général

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d'affaires de 240 millions de francs et possédait, à la fin de cet exercice, un fonds de réserve de 3.200.000 francs représentant (chose unique dans l'histoire de la Coopération de crédit) le double exactement de son capital social (1.600. 000 frs.)(l).

Depuis 1876, elle a un service de prêts sur l'honneur, qui forme au milieu de ses multiples activités un compartiment à part disposant d'un capital spécial et géré par une administration particulière.

Chaque année, cette admirable Banque prélève sur ses bénéfices nets un tantième qu'elle applique à des œuvres variées d'utilité sociale et de prévoyance : hospices, crèches, écoles professionnelles, chambre de travail, fonds pour le perfectionnement des ouvriers, caisse de prévoyance des employés, etc.. Au nombre des œuvres dotées sur ses bénéfices figure le service qu'elle a créé sous le nom à' Institut des prêts d'honneur.

Cette création a été décidée en 1873 et a reçu cette année-là une première affectation de prélèvement sur les bénéfices s'élevant à 2.000 frs. En 1876, ce fonds initial atteignait 4.299 francs, somme que la Banque jugea suffisante pour commencer les opérations de prêts sur l'honneur.

(1) Ajoutons que les actions^deja Banque populaire émises à 70 francs, valent aujourd'hui 170 francs.

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L'histoire rapide des modifications successives apportées à l'organisation de cet Institut mérite d'être tracée ; elle montre comment peu à peu les règles directrices actuelles émergèrent de la pratique et comment, progressivement, ce service de prêts sur l'honneur conquit, avec sa majorité, son autonomie presque complète.

D'après le règlement de 187(5, c'était au Conseil d'administration de la Banque populaire qu'appartenait le droit d'accueillir ou de repousser les demandes de prêts. Les avances consenties étaient alors gratuites ; le maximum de chaque prêt était limité à 100 francs ; sa durée ne pouvait dépasser 420 jours et les remboursements devaient se faire par acomptes hebdomadaires. Pour encourager le respect de l'échéance, la Banque populaire accordait pendant toute la durée du prêt un intérêt de 4 0/0 sur les acomptes régulièrement payés, de sorte que l'emprunteur non seulement n'avait aucun intérêt à supporter, mais au contraire se trouvait, une fois sa dette liquidée, créancier de quelques francs ; ceux-ci constituaient une prime d'encouragement à la ponctualité. Les prêts étaient accordés sans autre garantie que le patronage de deux personnes de probité notoire qui témoignaient de l'honnêteté et de la bonne conduite du postulant.

En 1882, première réforme du règlement. Les primes à la ponctualité sous forme d'intérêts

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crédités sont remplacées par des récompenses accordées aux débiteurs les plus exacts par le Conseil d'administration. En même temps, celuici est autorisé à déléguer à un Comité spécial ses pouvoirs, en ce qui concerne l'examen des demandes et les décisions à prendre.

En 1886, ce Comité spécial devient une Commission composée de cinq ouvriers ou personnes vivant au milieu des ouvriers, qui se réunissent à tour de rôle, à raison de deux par séance, sous la présidence du Directeur de la Banque populaire, pour statuer sur les demandes de prêts : un droit de veto est toutefois réservé au Directeur. Cette organisation de la Commision d'examen est encore en vigueur actuellement. Il va de soi, d'ailleurs, que la Commission n'a pas seulement pour rôle d'accepter ou de repousser les demandes ; elle doit les instruire et se livrer à cet effet, s'il y a lieu, à des enquêtes préalables.

En 1894, de nouvelles et dernières modifications sont introduites dans le règlement sur certains points : elles constituent le régime actuel de Tlnstitut des prêts d'honneur»

Désormais, les prêts se divisent en deux catégories. Les prêts dits de la catégorie A sont ceux qui ne dépassent pas 100 francs ; ils sont gratuits. La catégorie B comprend ceux allant de 101 à 200 francs (1). Ceux-ci payent un intérêt de fa-

(1) Au-delà de 200 francs, les prêts ressortissent au crédit populaire ordinaire.

veur de 3 0/0, et ne sont accordés qu'aux personnes ayant l'intention d'entreprendre ou de développer une petite Industrie ; ce sont donc des prêts à la production : ils servent surtout aux petits artisans à domicile qui ne pourraient, sans cela, trouver d'autre crédit que du crédit usuraire.

La durée maxima des prêts est de 60 semaines.

Aucun prêt n'est accordé, s'il n'est appuyé par deux cautions morales de probité notoire et présentant une certaine surface, qui attestent connaître personnellement le postulant et le tenir pour capable d'opérer les remboursements réglementaires. Une au moins de ces cautions doit être un sociétaire de la Banque populaire.

Ces cautions, venons-nous de dire, sont avant tout des cautions morales. Cependant si, aux échéances hebdomadaires ou mensuelles convenues, le débiteur ne verse pas l'amortissement stipulé et si la Banque a des doutes sur la solvabilité, la moralité ou la loyauté de l'emprunteur, elles peuvent être alors invitées à cautionner effectivement le prêt. Une telle invitation a, parait-il, eu souvent pour effet une intervention immédiate et énergique des cautions auprès du débiteur pour le presser de se mettre en règle, et le versement, sans plus tarder, par ce dernier de l'à-compte échu.

Notons enfm que le cumul de plusieurs prêts n'est pas permis, même dans la limite du maxi-

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mum réglementaire, et qu'un nouveau prêt ne peut pas être accordé avant qu'un mois ne se soit écoulé depuis le dernier versement sur le précédent emprunt.

Au 30 juin 1911, le fonds de VInstitiit desprêts (Thonneur s'élevait à 15.360 francs. Il s'augmente chaque année, non seulement des prélèvements sur les bénéfices nets de la Banque qui peuvent lui être attribués, mais aussi des intérêts produits tant par les prêts de la catégorie B que par le placement des disponibilités en compte de dépôt à la Banque populaire.

Depuis le 1'^ janvier 1876 au 30 juin 1911, il a été consenti :

2.677 prêts de la catégorie A, pour ... frs. 262.405 342 . » B • 67.250

soit 3.019 prêt? sur l'honneur pour » 329.655

Cela représente une moyenne annuelle de 86 prêts pour 9.418.

Les prêts eu cours au 30 juin 1911 sont au nombre de 53 {ôQ de la catégorie A et 17 de la catégorie B) et représentent une somme de 6.750 francs.

Quant aux pertes éprouvées durant celte période de 36 ans, elles se sont élevées à 10.384 francs, soit environ 1,73 0/0 du total des sommes prêtées. C'est peu, et encore convient-il Dufourmantelle. 11

de remarquer qu'elles proviennent surtout des premiers exercices, période d'inévitables tâtonnements. Ces remarquables résultats s'expliquent par la bonne gestion de l'entreprise, par l'influence morale qu'exerce sur le personnelemprunteur la Commission d'examen composée de personnes appartenant à la même classe sociale que les débiteurs, et par l'application de ce principe que les prêts ne sont que des prêts de production.

Le service essentiel ainsi rendu par Vlnstilut de la Banque populaire de Bologne a été de soustraire à l'usure une foule de petits travailleurs intéressants.

Le second, non moins précieux, a été de faire leur éducation économique. Par la pratique du prêt d'honneur ces petits artisans ont appris à connaître Futilité bienfaisante du crédit sain et honnête consenti au travail ; ils ont appris également à introduire plus d'ordre dans leur vie et une meilleure administration dans leur propre entreprise, pour pouvoir tenir leurs engagements à l'échéance. On a dit que le prêt d'honneur est l'école primaire du crédit coopératif. L'exemple de Bologne justifie cette affirmation. Beaucoup de ces petits emprunteurs, consolidés dans leur modeste entreprise, sont devenus sociétaires de la Banque populaire. Recommandés par leur passé de travail, de probité et d'exactitude, par leur « casier d'honneur » en un mot, ils ont pu

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alors participer aux avantages du crédit coopératif ordinaire distribué sur une plus large échelle. Plusieurs sont ainsi parvenus à s'élever à des situations plus importantes; certains même complètement émancipés de leur condition inférieure par le crédit sont aujourd'hui titulaires à la Banque populaire de comptes créditeurs.

Un fait très significatif, d'ailleurs, de l'amélioration, à Bologne, de la condition économique des classes artisanes est le suivant. Depuis quelques années, le fonds de V Institut des prêts d'honneur reste stationnaire : il répond aux besoins, sans qu'il soit nécessaire deTaccroître. Et en même temps on constate que, parallèlement, le mouvement du crédit populaire ordinaire (à deux signatures et au taux de o 0/0) au profit des petits industriels et des 'petits commerçants passe de onze millions en 1906 à quatorze millions et demi en 1910.

Cela indique que les travailleurs ont aujourd'hui moins recours au prêt d'honneur et s'adressent de préférence au crédit populaire proprement dit qui, malgré son prix plus élevé, leur rend de plus grands services.

Or s'il en est ainsi, c'est non seulement parce que les conditions économiques générales du pays se sont améliorées et qu'il y a partout plus d'argent et de richesse ; c'est aussi parce que, directement ou par rayonnement, l'éducation

des masses en matière de crédit s'est faite de jour en jour davantage. Ce n'est pas en vain que pendant 36 ans l'exemple des bienfaits du crédit aux plus humbles a été mis sous les yeux des travailleurs. Decet exemple même s'est dégagée une vertu contagieuse. On a mieux compris la portée et l'utilité du crédit coopératif, et, pour pouvoir en bénéficier, on s'est appliqué à s'en montrer à la fois plus capable et plus digne.

Le double phénomène que nous venons dénoter est le signe d'un accroissement général de la capacité de crédit des plus modestes artisans et d'un aftinement de plus en plus marqué chez eux du sens du crédit coopératif. L'école primaire du crédit populaire a porté ses fruits (4).

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