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NOTION GÉNÉRALE DU PRÊT SUR L^HONNEUR

retard, il est clair qu'elles auront été purement et simplement consommées par l'usage qui en aura été fait, sans se retrouver en équivalence dans une valeur quelconque créée par leur emploi (1).

5. — D'autre part nous avons dit que les prêts d'honneur peuvent intervenir et interviennent en fait non plus, comme dans l'hypothèse précédente, pour porter remède à une crise déclarée ou imminente, mais pour prévenir les crises éventuelles en augmentant la capacité de production et la force de travail des bénéficiaires des prêts. C'est le second aspect objectif du prêt d'honneur.

Ici la préoccupation de philanthropie chaintable s'atténue et passe au second plan. Quand on avance une ou deux centaines de francs au petit artisan, par exemple, pour l'achat des outils qui lui sont nécessaires, ou à la couturière en chambre pour acquérir une machine à coudre,

(!) Le crédit de consommation peut cependant trouver parfois son équivalence partielle et indirecte dans les économies qu'il permet de réaliser par ailleurs. Il en serait ainsi notamment du prêt permettant à un ménage ouvrier d'acheter son vin par petites barriques plutôt qu'à la bouteille (Voy. Dufour- MANTELLE, Le Crédit de consommation. Bulletin du crédit populaire, 1909, p. 451). Mais il est évident que ce sera rarement le cas des prêts d'honneur intervenant dans les crises, qui traversent la vie des travailleurs.

il s'agit bien moins d'apporter un secours proprement dit à une situation plus ou moins précaire, que de procurer à des travailleurs une aide de portée économique en vue de faciliter leur ascension sociale. Tout à l'heure, le prêt d'honneur arrêtait la chute ; il opérait comme un traitement médical qui enraye la maladie. Ici, il prévient la possibilité de la chute ; il est le fortifiant qui accroît la sanlé et rend l'organisme plus résistant aux atteintes éventuelles du mal.

Sous ce nouvel aspect, le prêt d'honneur sera presque toujours un crédit de production, c'està-dire créateur d'une richesse nouvelle en laquelle se retrouvera la valeur du prêt augmentée d'un profit. Le savetier, auquel un petit prêt aura permis d'acheter son cuir, transformera celui-ci en chaussures dont la valeur représentera le montant de la somme prêtée accrue d'un bénéfice. De même, la marchande de quatre-saisons, à laquelle une modeste avance aura facilité de substituer la vente en voiture à bras à la vente au panier, reconstituera peu à peu par l'exercice élargi de sa profession la somme qui lui aura été prêtée. En pareils cas, et dans tous autres semblables, le prêt aura été productif d'une richesse nouvelle, au sens économique du mot; il aura contribué à consolider ou à améliorer la situation de son bénéficiaire, et par là-même aura mieux armé celui-ci contre les épreuves possibles de Texistence.

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6. — Le prêt d'honneur nous apparaît donc comme étant en lien étroit de parenté avec la bienfaisance et avec le crédit populaire. Il s'en distingue pourtant.

Les frontières sont faciles à tracer entre le prêt d'honneur et la bienfaisance pure. Celle-ci se manifeste par la charité^ c'est-à-dire par un don fait à titre définitif, sans qu'il soit rien demandé en échange à celui qui en bénéficie. Le prêt d'honneur, au contraire, tout en étant inspiré d'un même sentiment altruiste, se traduit par une aide temporaire, exigeant en retour de la part de l'assisté un effort de travail et d'épargne. 11 n'est pas besoin d'insister longuement sur ce point, et il nous suffira de dire que le prêt d'honneur rentre dans la bienfaisance et s'en distingue au même titre que Tassistancepar le travail ; il constitue une assistance par le crédit.

Plus délicate est la démarcation à faire entre le prêt d'honneur et le crédit populaire ordinaire. A la vérité, entre ces deux branches de crédit il n'y a pas de différence essentielle ni fondamentale, car l'une et l'autre sont les rameaux d'un même tronc : le crédit personnel. C'est plutôt dans leurs conditions d'application qu'il faut chercher ce qui les différencie. Or, tandis que le crédit populaire proprement dit est un crédit de production organisé selon les principes d'affaires et s'adressant à toutes les catégories de

l'échelle sociale, de quelque importance que soit le crédit accordé, le prêt d'honneur, au contraire, se révèle comme un crédit tantôt de production, tantôt de consommation, d'allure plus paternelle, où l'idée philanthropique intervient, et qui, réservé aux travailleurs les plus modestes ou aux personnes éprouvées par la gêne, ne porte que sur de petites sommes.

Rapproché de la bienfaisance, le prêt d'honneur nous apparaît comme un mode supérieur de celle-ci. Comparé au crédit populaire, il se présente comme en étant le mode élémentaire.

7. — Arrivé au terme de notre analyse de la notion du prêt d'honneur, nous n'avons plus qu'à en relever les traits caractéristiques pour formuler la définition que nous avions jusqu'ici réservée, et nous dirons : « Le prêt d'honneur « est un crédit personnel, de consommation ou « de production, consenti, dans un sentiment de « philantropie,aux travailleurs les plus modestes « ou aux personnes éprouvées par la gêne, en « considération de leur valeur morale bien plus « que des sûretés accessoires fournies, et sous « obligation morale de remboursement, pour les « aider à surmonter ou à prévenir les crises de « l'existence ».

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