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II. — Les banques populaires

1. — On est mieux documenté, en ce qui concerne les Banques populaires. Trois statistiques

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très complètes dressées par le Ministère italien de TAgriculture, du Commerce et de l'Industrie, pour les années 1898, 1902 et 1908, vont nous permettre de suivre leur mouvement au cours des dix à douze dernières années (1). Mais avant d'indiquer ce qu'elles font en matière de prêts sur l'honneur, il n'est pas inutile d'esquisser à grands traits le tableau d'ensemble de leur développement actuel.

2. — L'Italie est, avec l'Allemagne, la terre d'élection du crédit populaire, qui s'y épanouit en une floraison de près de 1.800 caisses rurales et de 736 banques populaires. Celles-ci sont, à juste titre, l'orgueil de nos voisins d'au-delà des Alpes. Elles ont été dans une large mesure les promotrices du crédit rural. Elles ont été et restent encore un facteur essentiel du relèvement du commerce et de l'industrie dans la Péninsule, et leur rôle est si considérable dans la vie économique du pays que M. Luzzatti a pu dire d'elles que, secondées et vivifiées par les Caisses d'épargne à régime de libre emploi, elles

(1) La dernière statistique publiée à l'occasion de l'Exposition universelle de Turin est particulièrement instructive. Elle comprend deux volumes : le tome I est consacré aux données statistiques portant sur la période 1899-1908 ; le tome II comprend Une série de monographies de Banques populaires, arrêtées à l'exercice 1909-1910.

ont été les véritables régénératrices de la prospérité de l'Italie contemporaine (l).

C'est à Luigi Luzzati, d'ailleurs, que revient l'honneur d'avoir été, sinon l'inventeur de l'idée, du moins l'apôlre et l'initiateur du mouvement par la publication, en 1863, de son livre sur la diffusion du crédit en Italie, et par la fondation en 1864 de la première banque populaire, à Lodi.

Avant cet époque, la notion du crédit populaire exposée par Ettore Levi dans son Manuel des banques populaires paru en 1858, n'avait poussé que de maigres racines dans le sol italien. Les essais tentés ne dépassaient guère alors les limites de modestes services de prêts d'honneur organisés par quelques sociétés de secours mutuels. La publication du livre de M. Luzzatti montra ce qu'on pouvait attendre d'institutions spécialisées et élargies, inspirées de l'exemple allemand déjà consacré par quinze années de succès.

La Société de secours mutuels de Lodi, constituée entre des ouvriers de cette ville, et qui avait

(1) On a beaucoup écrit sur les Banques populaires italiennes. Nous signalerons spécialement les ouvrages suivants : Eugène Rostand, Une visite à quelques insti' tutions de prévoyance en Italie^ 1 vol., Paris, Guillaurain. — L. Say, Dix jours dans la Haute Italie (avec une lettre-préface de M. Eug. Rostand), 1 vol., Paris, Guillaumin, 1896. — Mabilleau, Rayneri, de Rocquigny, La prévoyance sociale en Italie, 1 vol., Paris, Cohn, 1898.

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dès 1862 créé au profit de ses membres un service de prêts d'honneur, fut la première à vouloir suivre les conseils du jeune économiste. Une conférence fut demandée à M. Luzzatti, alors âgé de vingt-trois ans, et le 1" mars 1864, dans cette même ville, était fondée la première banque populaire italienne. La mutualité de secours avec sa caisse de prêts sur l'honneur avait été le berceau et la cellule de la Coopération de crédit!

D'autres centres imitèrent Lodi. Les milieux d'éclosion se multiplièrent. Des Monts de piété, des Caisses d'épargne, des initiatives particulières se firent promotrices de Banques populaires. Mais les groupements mutualistes demeurèrent toujours le foyer principal de rayonnement de l'idée, et trente-quatre ans après la fondation de Lodi, M. Mabilleau pouvait encore écrire que «la plupart (des banques populaires italiennes) sont issues de l'initiative des sociétés de secours mutuels, directement ou par influence » (1).

Cette conception italienne a, d'ailleurs, été particulièrement féconde, car ce n'est pas seulement la vie que les Banques populaires ont puisée dans le sein des Sociétés de secours mutuels. Elles y ont également puisé la conscience des services que peuvent rendre les prêts sur l'honneur, et — pareilles à ces enfants qui mettent un soin pieux à continuer la tradition

(1) Mabilleau, Ratnbri, de Rocquicny, op. cit.f p. 323.

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des vertus paternelles, — elles les ont à leur tour introduits et organisés dans leur propre maison.

3. — En 1870, l'Italie comptait déjà 50 banques populaires. Jusqu'en 1893, leur nombre pro~ gressa sans interruption, pour atteindre à cette époque le chiffre de 730. Quatre années de crise éprouvant surtout les provinces du sud le ramenèrent à 685 en 1897 ; mais dès Tannée suivante la marche ascensionnelle reprenait, et la statistique pouvait enregistrer en 1908 l'existence de 736 institutions de l'espèce.

Les renseignements qui suivent, portent sur 690 d'entre elles.

Celles-ci groupent 501.022 membres recrutés dans toutes les catégories sociales de la population et dans les milieux professionnels les plus variés. Les petits cultivateurs, propriétaires, fermiers ou métayers, les petits industriels, artisans et commerçants, les ouvriers, les employés, les paysans journaliers représentent près des 4/5, (exactement 374.830 sociétaires) du total; parmi ces travailleurs, les plus humbles d'entre eux, ouvriers, petits employés, journaliers ruraux, petits artisans, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent offrir en garantie du crédit qui leur est accordé que le gage de leur labeur et de leur honnêteté, formeront pour une large part la clientèle des services de prêts sur l'honneur.

Le capital social versé des 690 Banques popu-

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laires visées par la statistique de 1908 atteint 98.310.108 francs; leurs réserves, supérieures à plus de la moitié de ce capital, s'élèvent à 57.354.279 francs. Enfin les dépôts en comptescourants, d'épargne ou à terme, qui leur sont confiés, représentent 971.167.644 francs.

Avec ces trois sources de disponibilités, qui montrent assez la sagesse de leur administration et la confiance qu'elles inspirent, les Banques populaires italiennes ont, en 1908, procuré au travail national pour plus de 2 milliards de crédits sous les formes les plus diverses (1).

Mais elles ne limitentpas leur activité à ces services d'ordre économique, si considérables qu'ils soient. Elles estiment aussi, — et c'est là ce qui fait leur beauté originale, — qu elles doivent être également un facteur efficace de progrès social et moral dans la vie du pays. Dans ce but, elles prêtent largement leur concours et leur

(1) Escompte d'effets. . . . . Réescompte actif du portefeuille d'autres banques populaires ou de caisses ru

raies

Crédits en comptes-courants Avances sur nantissement Prêts sur l'honneur . . .

Prêts agricoles spéciaux .

Prêts hypothécaires. . .

Total. . . ,

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