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appui financier au développement de la coopération, à l'extension de la mutualité, et participent chaque année, lors de la répartition des bénéfices de l'exercice, à des œuvres multiples d'utilité publique ou de caractère philanthropique, telles que des écoles, des hôpitaux, des institutions protectrices de l'enfance, des habitations à bon marché, etc.. (1)
Dans la belle préface qu'il a écrite pour la statistique de 1908, M. Luzzatti a rendu aux Banques populaires italiennes l'hommage qu'elles méritaient à tant de titres divers. « Elles se sont illus- « trées, dit-il, plus que les banques populaires « allemandes les plus puissantes, par leurs ini- « tiatives économiques aux effets heureux et « durables. Aspirant à l'idéal qu'elles ont de dece venir des caisses d'épargne perfectionnées, « elles rendent au peuple des producteurs et « des travailleurs les épargnes qu'il leur a con- « fiées, sous forme de crédits sûrs et produc- « tifs, de bienfaits inépuisables consacrés dé- « sormais, en bien des endroits, par cin- € quante ans d'expériences fécondes... Le jour « où elles perdraient le sentiment de leur mis- « sion éducatrice, où elles ne sentiraient plus « la gloire de leurs humbles origines et l'obliga- « tion qui découle de leur nom, où elles se ren-
(1) Pour la seule année 1908, nous voyons 76 banques populaires participer à 120 œuvres d'utilité publique pour une somme de 4,535.279 lire.
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« fermeraient dans un égoïsme sans satisfactions, a elles cesseraient d'être des institutions mo- « raies et presque de caractère public dans l'éco- « nomie de notre pays ; pour vivre dans une « opulence inefficace, elles perdraient la raison « idéale de leur vie ! »
Les faits montrent que les Banques populaires italiennes conservent encore intact le sentiment de leur triple devoir économique, social et moral. De leurs diverses initiatives, celle qu'elles ont prise en matière de prêts sur l'honneur est à cet égard suffisamment probante^, car, encore que ne portant que sur des chlifres modestes, elle témoigne peut-être plus qu'aucune autre du souci de relever les humbles à la fois dans leur situation matérielle et dans leur dignité humaine.
4. — Le mouvement des services de prêts sur l'honneur organisés par les Banques populaires se résume, d'après les trois statistiques de 1898, 1902 et 1908, dans le tableau suivant :
Nombre de
Prêts
d'honneur
Prêt» d'honneur en
Années
Banques populaires prati-
accordés pendant l'année
cours au 31 décembre
quant le prêt
d'honneur
Nombre
Lire
Nombre
Lire
Dufourmantelle.
Le premier enseignement qui se dégage de ce relevé, c'est que le nombre des Banques populaires italiennes pratiquant le prêt d'honneur est resté le même, à une unité près, en 1908 et eu 1898. Cela ne veut pas dire d'ailleurs que celles comprises dans la statistique de 1908 soient les mêmes que celles enregistrées par la slatistisque de 1898. Des déplacements ont eu lieu au contraire durant cette période décennale : certaines banques ont renoncé à ce genre d'opérations, tandis que d'autres l'abordaient.
En second lieu, nous constatons que de 1898 à 1908 le nombre des prêts accordés a plus que doublé, en même temps que leur somme globale augmentait de presque 50 0/0. Cette activité croissante est l'indice d'une pénétration plus grande de l'idée tant parmi les populations que dans les institutions, due à la fois à une expérience plus mûre chez celles-ci et, chez celles-là, à un afflnement de la valeur morale. Il ne paraît guère possible d'avoir de doute sur ce dernier point, lorsqu'on compare les colonnes 3 et 4 du tableau ci-dessus : on y voit, en effet, que tandis que le nombre et le montant des remboursements représentaient, en 1898, à peu près la moitié du nombre et du montant des prêts consentis, la proportion des remboursements se haussait en 1908 à près des deux tiers des crédits accordés. On pourrait croire, il est vrai, à un fléchissement sensible des rembourse-
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ments pour 1902, si l'on en juge par la somme plus forte des prêts en cours à la fin de cet exercice ; mais outre que ce chiffre ne prouve rien, faute de terme de comparaison dans la 3® colonne, nous le tenons pour manifestement exagéré et pour inexact, du fait, probablement, de réponses erronées au questionnaire de la statistique (l).
Quoi qu'il en soit, ce qui est à retenir, c'est qu'en l'espace de dix ans le nombre et le montant des prêts sur l'honneur ont doublé. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cet accroissement a porté proportionnellement beaucoup plus sur les prêts gratuits que sur les prêts à intérêt. En effet, de 1898 à 1908, les premiers ont passé en nombre de 113 à 543, et en valeur de 11.220 lire à 109.155 lire, tandis que les seconds
(1) Quand on examine le détail de la statistique de 1902, qui porte sur 24 provinces, on remarque en effet que les provinces de Pavie, de Rome et de Salerne entrent dans le total de 819.188 francs de prêts d'honneur en cours pour, respectivement : 369.791 francs, 150.171 francs, 127.703 francs. De tels chiffres paraissent invraisemblables en présence des données relatives aux autres provinces, qui varient de quelques centaines de francs au minimum, à 35.000 francs au maximum (province de Venise). Il est probable que certaines réponses au questionnaire ont compris parmi les prêts d'honneur des opérations de crédit populaire ordinaire.
voyaient leur nombre s'élever de 8.758 à 18.736 et leur somme monter de 590.027 lire à 1.023.856 lire.
L'Emilie est la région où le prêt sur l'honneur est le plus répandu :1a statistique portant sur trois banques populaires y relève, pour 1908, Texistence de 13.140 prêts sur l'honneur pour 424.227 lire, ce qui représente une moyenne (la plus faible du royaume) de 32 lire par prêt. La Calabre et le Latium sont au contraire les pays d'activité la plus faible. Celle-là, avec 2 banques populaires, accuse 64 prêts pour 5.325 lire, soit une moyenne de 83 francs par prêt. Celui-ci, avec trois banques populaires, n'a consenti que 26 prêts d'honneur pour 12.516 lire, ce qui donne une moyenne (la plus forte du royaume) de 481 lire par prêt.
5. — On peut être surpris de voir quelle modeste place tiennent les prêts sur l'honneur dans l'ensemble des opérations de crédit des Banques populaires itahennes : 1.133.011 lire sur 2.126.004.333 lire, soit 0,053 0/0 seulement !
C'est qu'en ce domaine il ne faut marcher qu'avec une extrême prudence, Si l'on veut éviter les risques, on doit limiter ces opérations à l'élite des postulants. Or l'élite est toujours une minorité, surtout quand il s'agit des catégories sociales les plus inférieures et les plus menacées parla gêne. L'histoire des Banques populaires qui, ayant tenté les prêts d'honneur, y ont
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renoncé ou ne les développent pas, est à cet égard particulièrement instructive.
Voici, par exemple, la Bayica miitua popolare de Mantoue. Ses prêts sur l'honneur qui, eni885 étaient au nombre de 83 pour 4.841 lire, tombent en 1895 à 57 pour 4.557 lire et se fixent, en 1909 à 63 pour 3.804 lire. Pourquoi cette mesure si faible ? La banque elle-même répond : € parce que l'élément emprunteur capable d'être adapté à ce genre d'opérations fait à peu près défaut. »
Voici encore la Banque populaire de Lonigo. Son bilan au 31 décembre 1881 accuse 148 lire de prêts d'honneur consentis à de petits artisans. Séduite par « la noblesse de l'idée, qui met à la portée des plus humbles travailleurs la source bienfaisante du crédit », elle élargit sa clientèle : son bilan de fin 1886 inscrit pour 2.966 lire de prêts sur l'honneur en cours ; leur somme monte même à 5.505 lire au 31 décembre 1891. Ce fut t'apogée. Des déboires refroidirent l'enthousiasme initial, et successivement les opérations de l'espèce tombèrent au 31 décembre 1896 à 746 lire, puis à 465 lire en 1898, pour cesser complètement en 1901 après une expérience de vingt années.
Celle de la Banque populaire coopérative de Rovigo ne fut pas plus heureuse. Cette banque avait, en 1883, constitué un fonds spécial pour prêts d'honneur au capital de 3.000 lire, porté par la suite à 8.000 lire, destiné à procurer des
prêts de i 00 lire au plus aux membres des sociétés ouvrières. Mais dès 1890 elle supprimait ce service, car elle reconnaissait que l'insuffisante maturité sociale des emprunteurs les portait à considérer ces prêts comme un secours de bienfaisance, et qu'en définitive « les vicieux bien plus que les besogneux en profitaient.
La même expérience fâcheuse a été faite à Milan et à Turin. La. Baiica coopei^ativa milanese fait bien encore de temps à autre quelques opérations de prêts sur l'honneur, mais son Directeur m'a confessé qu'elle en faisait le moins possible. La Banca popolare de Milan y a de son côté renoncé depuis une vingtaine d'années (1). Quant à la Banque coopérative ouvrière de Turin (aujourd'hui transformée et devenue la Banca cooperativa torinese)^ son essai fut particulièrement malheureux. Sa direction, d'une part, commit la faute d'accorder les prêts sur l'honneur beaucoup trop facilement ; au lieu d'éduquer progressivement la clientèle, on excita plutôt ses appétits : durant la seule année 1898, par exemple, les demandes formulées représentaient 70.000 francs, sur lesquels 48.000 francs furent consentis. Les ouvriers, d'autre part, qui étaient les bénéficiaires de ces prêts accordés
(1) Ce service fonctionnait encore en 1883, lorsque L. Say écrivait son livre : Dix jours dans la Haute Italie, (voy. 2« édition, 1896, p. 69).
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sur leur seule signature, montraient un médiocre respect de leur engagement à l'échéance. La banque dùl intervenir auprès des patrons, faire opposition entre leurs mains sur les salaires dus aux emprunteurs. Ce fût la fin du service des prêts sur l'honneur, en même temps que de la banque ouvrière, car le Directeur et le caissier jugeant leur responsabilité engagée estimèrent prudent de disparaître. Aujourd'hui, à Turin, aucune banque populaire ne croit plus à la possibilité d'organiser le crédit sur Thonneur, ni à son efficacité (1).
Nous ne nous laisserons pas aller au même désenchantement. A côté de ces échecs, les Banques populaires italiennes nous montrent aussi des exemples de réussite notamment à Lodi, à Bologne, dont nous donnons plus loin les monographies, à Crémone, à Padoue (2) et ailleurs. Mais de ce qui précède nous pouvons retenir cette idée, que les organisations de prêts d'honneur sont environnées de risques particu-
(1) J'ai rencontré le même scepticisme à Rome et à Florence.
(2) Mabilleau, Rayneri, de Rogquigny, op. cit., sur la Société de crédit mutuel de Crémone, p. 127; sur la Banque populaire de Padoue, p. 163. Cf. également sur cette dernière la monographie très complète qu'elle a publiée à l'occasion de l'exposition universelle de Paris de 1900; 1 vol., Padoue, Salmin frères.
lièrement menaçants, dont les uns tiennent à la mentalité des bénéficiaires trop souvent portés à méconnaître le caractère de l'aide, qui leur est donnée, et dont les autres sont inhérents à la situation même, difficile ou exposée à mille aléas, de ceux auxquels il est porté secours. En cette matière, la plus rigoureuse prudence s'impose donc. Il faut à la fois se garder d'aller trop vite et éviter de se laisser entraîner trop loin par le sentiment de la philanthropie. Si l'on veut ne pas compromettre l'œuvre, on doit compter avec l'éducation plus ou moins faite des esprits et réserver avant tout à l'élite des humbles les bienfaits du crédit sur l'honneur. L'observation de ces principes ne permet évidemment pas un essor considérable de cette branche de crédit, et l'on comprend dès lors pourquoi dans l'ensemble des activités des banques populaires les prêts d'honneur tiennent une place si modeste.