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Dans la ballade, habituellement traitée en forme de rondeau, Machaut use, le plus souvent, d'une seule voix chantante, et de deux parties d'accompagnement. Rare auparavant (voir p. 37), et ne marchant guère que note contre note, cette disposition harmonique
prend chez le maître champenois une grande plasticité; et, bien avant l'époque où on la fait naître d'ordinaire, elle nous fait faire ainsiconnaissance, en plein xiv^ siècle, avec la forme du « madrigal accompagné », célèbre déjà à Florence dès la seconde moitié du même siècle ! Le charmant rondeau écrit par Machaut pourPéronne d'Armentière en est un exemple intéressant :
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Enfin, dans la chanson baladée, le compositeur unit la forme de la chanson, ordinairement monodique, et simple de mélodie, aux reprises de la ballade : il en tire d'exquis effets. Il faudrait pouvoir donner ici plus que ce début alerte et charmant, accompagné d'une véritable « basse continue » :
A l'imitation de Pérotin, et pour faire suite à son triple fameux sur le verset AUéluialique Nativitas, laissé en suspens au mot David, que devait répondre le chœur à l'unisson ou en organum simple, Machaut veut rivaliser avec le vieux déchanteur parisien. Sur la même forme, reprenant le thème oii Pérotin l'a laissé, il écrit en « double hoquet », c'est-à-dire en contrepoint
entremêlé de silences alternés, une pièce d' « organum pur » sur le motif du mot David, qui doit conclure ce verset, et l'on imagine la sonorité curieuse des anciennes ors-ues, avec leurs « nasards » et leurs « fournitures » enti'ecroisant ce duo, sur les montre soutenue de bourdons :
tenues d'une grosse
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Mais c'est avec la Messe que Guillaume de Machaut s'élève au rang d'un véritable grand maître. Si la forme de chacun des morceaux pris en particulier ne lui appartient pas en propre S il est le seul à s'être attaqué à la composition de cet ensemble, le premier à s'être essayé à écrire de tels morceaux à quatre voix mixtes, en insufflant à son œuvre un intérêt, souvent une grandeur et une émotion qui justifient le renom prolongé de cette première « Messe du Sacre ».-A elle seule, cette messe, dont plusieurs passages sont vraiment remarquables, demanderait une étude détaillée, dont je ne peux donner ici que les éléments : elle justifie amplement la célébrité qu'elle eut, et, dans l'histoire de l'art, elle tint une place importante par l'infiuence prolongée qu'elle exerça.
i. En elTet, on avait depuis un certain temps essayé des Kyrie, des Gloria, etc., mais séparés, et jamais à plus de trois voix. La Messe de la Confrérie des notaires de Tournai, publiée par De Coussemaker comme une œuvre du xni», n'est pas antérieure à l'époque de Machaut, et d'ailleurs elle n'est formée que de morceaux juxtaposés, qu'on retrouve ailleurs en d'autres manuscrits.
r,4 LES PRIMITIFS DE LA MUSIQUE FRANÇAISE
Et, si certains traits sont communs entre cette messe et celle du manuscrit de Tournai que je cite en note, l'œuvre de Guillaume de Machaut amplifie de beaucoup les proportions du modeste essai précédent. Sans doute, il ne faut pas la juger avec les « règles » de notre harmonie actuelle et on doit se souvenir, en l'étudiant, que tel frottement, telle agrégation, insolites pour nous, étaient goûtés et considérés au xiv' siècle comme une recherche piquante.
Le premier morceau du Kyrie est écrit sur la teneure du « Cunctipotens » (n° IV de l'Édition Vaticane), placée, par une innovation remarquable, non plus à la basse, mais « en taille », comme on disait autrefois, et s'englobe en des harmonies puissantes, qui se maintiennent en une lente et suppliante vocalise de vingtsix mesures :
Le Christe est traité par les mêmes procédés, mais avec une recherche extraordinaire d'émotion rythmique dans la partie du dessus; on y relève avec curiosité le dessin et le rythme, la, si bémol, la, sol, fa, mi, analogues au trio de la Marche funèbre de Chopin et (jui reviennent, en véritable motif conducteur, lorsque les paroles du texte sacré font mention du Christ (voir ci-après, au motif de Et ho?no).
Cette recherche, on la retrouve en partie dans les deux derniers Kyrie, dont le second, dévt'lopj)ement du premier, unit en lui les caractères des invocations
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