Laborde, Revue archéologique, i85o-5i, p. 4i
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE)
i53o. Les miniatures qui décorent les Heures Branicki, quoique peu nombreuses, puisqu’elles sonl seulement au nombre de sept, mais tout à fait remarquables, sont d’une importance extrême.
Au premier abord elles sembleraient devoir être classées dans la série des similaires des Heures d'Anne de Bretagne, à la meilleure époque des œuvres qu’on croit pouvoir attribuer à Bourdichon, vers i5oi-i5i8 par conséquent (voir p. 3o6) : on ne va pas tarder à voir pourquoi elles doivent être placées seulement à la date de i53o.
Elles ont fait partie antérieurement d’un autre manuscrit, car elles sont simplement collées sur des feuilles de parchemin et intercalées dans un nouveau volume. En les regardant par transparence on peut en effet voir l’écriture qui est au revers. On n’a donc aucun renseignement à demander au manuscrit où elles sont actuellement. Elles mesurent en moyenne om,i85 de hauteur sur on,,i2o de largeur (pl. XXX III).
Six appartiennent à une même série exécutée par le même artiste. Leur disposition identique est très particulière : au milieu même du sujet, dans un petit cartouche réservé, débute la prière qui se continue au verso: quatre ont dans la partie inférieure un petit sujet indépendant du thème principal. Dans les deux autres, les personnages occupent toute la hauteur de la miniature.
Elles représentent la Pentecôte (pl . XXXIII. fig. 2), la Fuite en Égypte (fig. 3io), Job (pl. XXXIII, fig. 6), l'Annonciation aux bergers (pl. XXXIII, fig. 1), la Nativité (pl. XXXIII. fig. 5), l'Adoration des Mages (pl. XXXIII. fig. 4). Une seule doit venir d’un autre manuscrit. David, de facture différente, de dimension un peu plus grande, puisqu’on a dû la rogner par en haut (pl. XXXIII. fig. 3), et qu’il est sous un portique, entre des colonnes, alors que les autres sont simplement encadrées dans une large bande de couleur.
La Pentecôte est d'une composition tout à fait personnelle. La Vierge, âgée, à droite, debout, en vêtement bleu sur une robe violette, fait face à saint Paul, en robe rouge et manteau vert. Dans le fond saint Jean est en robe blanche recouverte d’un manteau laque.
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La Fuite en Égypte est exquise (fig. 3io); la figure de la Vierge est charmante dans son manteau bleu sur son âne, au milieu d’un paysage vert bleu, sur lequel tranche sans heurts le turban jaune rayé de rouge de saint Joseph.
La ' Salinité a produit un très singulier effet ; la photographie l’a complètement modifiée. Dans la miniature en effet, le côté gauche est dans l'ombre, et le côté droit en pleine lumière : dans la gravure c’est tout l’opposé : le côté gauche est en pleine lumière, lecôté droit dans l’ombre. C’est que la Vierge, en manteau bleu, est venue en blanc et saint Joseph en manteau rouge vif est venu en noir. Mais la petite scène inférieure est au contraire fort juste de ton.
Il faut noter dans l’Annonciation aux bergers la petite maison à pans de bois, différente de la petite maison normande que nous avons vue dans le Josèphe de la Mazarine (fig, 281) enluminé par un artiste normand. Celle que nous avons ici est une maison de Touraine.
Mais c’est l’Adoration des Mages, une des meilleures de la série, que nous devons surtout examiner. Elle est extrêmement brillante. Devant la Vierge en robe violette, en manteau bleu, est agenouillé un Mage à barbe blanche qui rappelle avec beaucoup plus d’art par exemple, le type du Mage agenouillé du Missel d’Autun (fig. 222), où je pensais voir un type bien français, du centre de la France. Vêtu d’une robe de brocard rouge, brodé d’or, avec un baudrier bleu, qui soutient son sabre, il offre l'or.
Le second, qui est debout derrière lui, a un manteau carmin et un turban jaune d'or; le troisième a un chapeau de velours rouge et un manteau rouge à collet d’hermine. Dans la scène inférieure, on aperçoit les Trois Mages marchant à l’Etoile.
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Cliché Mély.
Fig. 3io. — La Fuite en Egypte. Miniature des Heures Branicki.
(Bibl. du château de Villanow.)
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE) 3gi
En examinant alors les détails, on peut lire sur le sabre du Mage à genoux : GASPAR, comme nous avons lu sur le fourreau du soldat du petit Missel de Tours YIAVIEAN (fig. 807). D’après les nombreuses signatures inscrites ainsi sur des armes (voir p. 358 et 07,)), c est 1res probablement le nom de 1 artiste, auteur des miniatures, qu’il faut relever ici.
Il est vrai cpion peut objecter que Gaspar c'est le nom d'un des Mages. Assurément. Mais il ne faut pas oublier que l'iconographie a des règles fort précises, que les artistes du Moyen Age ont rarement transgressées.
Or, s il est vrai que les Mages s’appellent dans les Excerpla latina barbari (.jgi) d’après un texte grec perdu, Belhisarea, Melichior. Gaschaspa, qui deviendront dans le Codex Egberli (980), Pudi:ar, Melchias, Gaspar, au xn" siècle la littérature finira par préciser de telle sorte que nous aurons alors Melcbior, roi japhétique de race blanche. Balthasar, roi sémite, brun, d Asie, Gaspar, roi cbamite noir, d Afrique, et que chacun offrira les présents de son pays: Melcbior,
1 or, Balthasar, 1 encens du Liban (a1, o xvoç) , Gaspar. la myrrhe.
Or, ici, c est le nom de Gaspar le nègre, qui se lit sur le sabre du Mage blanc qui offre lor : Melchior, par conséquent ; enfin jamais le mage noir n’est à genoux (voir pl. XXV).
O11 pourrait cependant encore demeurer dans l’inclécision ; mais on peut lire sur la tête du fourreau du sabre 1 5 et à la suite sur la bélière 3o, ce qui donne, i53o GASPAR. 11 paraît alors difficile de récuser un nom ainsi accompagné d’une date précise, quand en plus nous savons que nombreux furent les miniaturistes qui portèrent ce nom1 et que M. Ed. Baes l'a découvert au bas d’un tableau, comme signature d’artiste, sous la forme JASPER*.
Vers En 1899, M. l’abbé Auriol communiquait à la Société Archéoi53o. logique du Midi de la France3 une grande initiale avec miniature