Keuren
2. Bulletin des Commissions d'art et d'archéologie de Belgique, 1886, p. 87.
3. Bullet. de la Société archéologique du Midi de la France, série 8°, n° 24 (1899), P- 161.
centrale provenant du célèbre Antiphonaire en neuf énormes volumes ("0,820 mm. sur 0,570 mm.), que Philippe de Levis, évêque de Mirepoix de 1^97 à 1 537 , t'I exécuter pour sa cathédrale.
Une tradition attribue ses miniatures à un artiste anonyme, qu'on ne connaît que sous le nom de « Cordelier Manchot ».
Ces volumes, sauf deux, hier encore à la bibliothèque de Foix (mss. 47"48). mais qui ont été volés le 12 juin 1 g 1 3, ont été effeuillés et dispersés. Cinq de leurs belles miniatures, après avoir servi de bons points chez un instituteur, ont été sauvées par la Société archéologique de Toulouse, qui les a placées au musée Saint-Raymond. D’autres sont conservées au château de Léran. appartenant au duc de Lévis-Mirepoix ; une enfin appartient au Dr Chamayon. C’est cette dernière qui a été retrouvée par l’abbé Auriol, auquel je dois l’intéressante photographie publiée ici (pl. XXXIV). Il me l’avait envoyée en me demandant si on ne pouvait tirer parti des deux inscriptions tracées sur les pleins de ce G. de sentiment encore très gothique.
Le sujet central est l'immaculée Conception, assez pauvrement dessinée, quand au contraire les miniatures du musée Saint-Raymond sont d’un pinceau tout à fait artistique.
Disons tout de suite que les mss. 47 et 48 de la bibliothèque de Foix, que je n’ai pas vus, donnent d’après le Catalogue 2, les deux
dates de 1 534 et 1 535 .
Les cinq remarquables initiales du musée Saint-Raymond sont :
a) un G, dont l’intérieur est rempli de soldats, vêtus à l'antique, sous un étendard rouge à croix blanche;
b) une L, avec Y Adoration des Bergers;
c ) un B, avec la Trinité dans la boucle du haut, un Paysage dans celle du bas ;
d) un E, avec la Cène et l’écusson des Lévis ;
e ) un E, avec Y Adoration des Mages.
1. Catalogue des Manuscrits des bibliothèques publiques, t. XXXI, p. 699.
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
Cliché Consi.
fie. 3 1 i . — Le nom de Zita sur le plein d’un G do Y Anliphonaire de Mirepoix.
(Toulouse, Musée Saint- Raymond.)
Elles sont d’une science anatomique et d'une valeur artistique bien supérieure au G du Dr Chamayon *.
En les examinant avec soin, on peut remarquer dans le plein du G un nom, ZITA (fig. 3 1 1 ) ; c’est certainement une signature d’artiste. Ce nom de femme est celui d’une sainte vénérée à Lacques, et l’exécution rappelle de très près une fort belle page d’un manuscrit qui fut exposé au Burlington Club en 1908 (ms. 118) et qui était signée sur la base d’une colonne, IERONIMUS F., c’est-à-dire Girolamo de Cremone fecit.
Peut-être alors est-il opportun de rappeler que vers cette époque Louis 11 d’Amboise (i5o3-ioio) et Charles Robertet (i5io-i5i5), évêques d'Albi, avaient appelé pour décorer leur cathédrale une colonie d’artistes italiens, élèves de Jean d’Udine, qui ont laissé leurs noms dans les fresques. Nous y trouvons également le nom d’une femme, Lucrecia Cantora Bolognesa, avec ceux d’Ambrosio Laurens de Modène, Antonio de Lodi, Franciscus Donela de Carpa.
Pour en revenir à la miniature du Dr Chamayon, l’inscription, presque invisible sur la photographie — parce qu elle est en or sur fond jaune, — a été soigneusement décalquée par M. l’abbé Auriol (fig. 3 1 a).
Il me semble d’abord lire NAVA COMINS, c'est-à-dire Nava en Comminges, s équivalant dans bien des cas à ges : telles les Chroniques de Burs de l’inventaire de 1 4 1 1 de Charles V. tandis que l’exemplaire du duc de Berry (British Muséum, Royal, 19. e. vi) porte: Chroniques de Bourgues. Et Nava est parfaitement une localité de Comminges.
Puis, après avoir relevé dans le G du musée Saint-Raymond le
1. M. l'abbé Auriol a bien voulu compléter les renseignements que je n’avais pas tous relevés lors de mon examen à 1 oulouse ; je le prie de trouver ici l’expression de mes remerciements.
De Mély.
I'ic. 3ia. — Inscription dans la lettre G de YAntiphonaire de Mirepoix.
(Collection du Dr Chamayon.)
nom indiscutable de ZITA, je cherchais dans l'inscription de l'autre branche de ce G un nom d'artiste. Ne pourrait-on y lire : I X FRAPA 0[pifex] ? Ce nom de Frappa d'ailleurs est bien de ces régions, d’où était originaire notre contemporain, le délicat aquarelliste Frappa mort il y a quelques années.
Ma tâche doit ici prendre fin.
Si pendant le premier tiers du xvi' siècle, la Renaissance n'a pas eu de prise sur la mentalité des artistes élevés sous le régime de la discipline du Moyen Age, les jeunes au contraire, qui forment leur personnalité dans une ambiance nouvelle, vont modifier leur technique. Ce ne sont plus des primitifs; ils ne nous appartiennent donc pas.
Mais nous devions conduire jusqu’à leur tombe les anciens que le siècle commençant n'avait point changés ; à d autres le soin de nous faire connaître maintenant ceux qui. dépouillant un vêtement d’art démodé, ontcru, dans une formule nouvelle, retrouver l'art perdu, pensaient-ils, depuis seize siècles.
Fig. 3 i 3. — Devise et signature du Livre d' Heures de Louis van Boghem. (Bibliothèque du Séminaire de Bruges.)
ADDITIONS
xiv° Au nombre des manuscrits du Chapitre de Lyon qui viennent iècle. d'entrer à la Bibliothèque municipale de la ville de Lyon, se trouve un volume de Décrétales, qui rappelle le ms. d’Honoré (voir p. 37). Avant qu’il partît de la Primatiale, le Dc Birot et l’abbé J. -B. Martin lont étudié et photographié. Je leur dois d’en pouvoir parler; grâce à eux, ma tâche a été singulièrement simplifiée. C’est un volume de 470 mm. de hauteur- sur o,3o5 de largeur, rempli d’initiales et de lettrines variées de dessin et de couleur, orné dc quarante miniatures de style avignonnais. Au f° 1, chapitre 1, se trouvent deux miniatures accolées (h. 0,10 cm., 1. 0,17 cm.) : à droite c’est la Loi naturelle et évangélique, représentée par le Pape entouré de ses évêques, à gauche la Loi civile, figurée par le Roi, entoure de ses vassaux (pl. XXXV, fig. 1 : voir aussi fig. 35).
Mais notre attention doit surtout être attirée par une bande qui se trouve presque au bas de la première page : on y lit en or, GUILLERM0 BOUDREUtLE; entre les deux noms, un blason soutenu par un homme qui semble plier sous le faix, porte d’azur au lion de gueules, marchant sur des rochers verts, n’ayant aucun caractère héraldique par conséquent.
Ce nom placé absolument comme une foule d’autres indiscutables qui nous ont passé sous les yeux depuis le ix" siècle : IIRABANUS (fig. 5), GODEF1UDUS (fig. 18), R AT MA N (fig. 3o), ALEXANDER
(fig. 95), JOHANNES (fig. l5l), LOYSET L. (fig. 208), BENIGNE GUYOT (fig. 221), SIFERWAS (fig. 263), FOUQUET (pl. XXXV, fig. 2), jusqu’aux imprimeurs comme BERCHTOLDUS (fig. i5o), paraît bien un nom d’éditeur, qui doit prendre ainsi une place fort honorable parmi les artistes Provençaux.
Entre Des discussions passionnées qu'ont fait naître mes études, 1 ideni456 lificalion de la signature d’Ugo de Vosor ne fut pas la moindre.
et MM. P. Durrieu et Stein onl prétendu voir simplement dans
1 467 . l'inscription, le nom <« du roi d’Assyrie, Nabuchodonosor » (cf. p. 208).
Même après toutes les objections, je pense devoir maintenir ma première lecture : Ugo de Vosor. Mais je crois intéressant de signaler à mes contradicteurs la curieuse découverte, que M. Maeterlinck vient de publier dans la Chronique des Arts ( 1 9 1 3 , p. 28) et qu’il a complétée dans le Bulletin de l’art (1918, p. 86). Il y étudié les peintures de la Boucherie de Gand, une Natwdé et une Adoration de l'Enfant Jésus : elles sont d’un artiste, Nabur Martins, qui apparaît à Gand en i44° ; 011 propose actuellement son identification avec le Maître de Flémalle. Or, dans les Comptes, il est appelé Nabuchodonosor, dont bien probablement Nabur est la simple contraction familière. Dès lors, à supposer même qu’il y aurait NABUCODONOSOR dans le coupet de la tente du Bon roi Alexandre, il faudrait, avant de proposer simplement de lire là le nom de Nabugodonosor « roi d’Assyrie », qui n’a aucune raison de se trouver à cet endroit, se demander si ce ne serait pas, comme tant d autres noms, qu'on fut obligé d’admettre plus tard comme des signatures après les avoir très vivement combattus, celui d un artiste inconnu hier, célèbre demain.
xv° Le nom de « Maître aux banderoles » (cf. p. 1 55) fut donné siècle, pour la première fois par un ancien conservateur de la Bibliothèque nationale, Ducbesne, à un graveur allemand auquel il attribuait plusieurs estampes présentant des similitudes de technique, notain-
ADDITIONS 3g7
menl des banderoles, sur lesquelles il inscrivait des devises en lettres gothiques.
Il faut dire que Renouvier voyant ces banderoles dans les gravures les plus diverses, se moquait de cette appellation. Zani, lui, le nommait le « Maître de i464 ». parce qu’on lit cette date sur la lettre A d'un alphabet gothique, gravé sur bois, au Musée de Bàle. Il l’appelait également le « Maître aux chairs emplumées ». C’est amusant, mais nullement scientifique.
Aussi M. A. Blum a-t-il rendu service à nos études, en mettant dernièrement sous les yeux des lecteurs de la Revue de l’art', une série de pièces attribuées à ce « Maître aux banderoles », qui permettent ainsi de connaître l’œuvre qu’on croit sortie de son burin. Je déclare d'ailleurs, devant ces rapprochements, mon profond scepticisme.
Vraiment, si le Jeune homme et la femme me de l’Albertine de Vienne (fig. 3 1 4) peuvent être rapprochés de la Fontaine de Jouvence également à I Albertine, car nous y retrouvons la même femme au col incliné, ces deux gravures paraissent sans aucun lien avec la Roue de la Fortune du British Muséum, avec la Vierge immaculée, enluminée, signée P. MCCCCLI, du baron Edm. de Bothschild. Mais ce n est toujours que du sentiment.
Quelque temps avant l’article de M. A. Blum, M. A. de Ilévésy avait donc publié son intéressante étude sur le Bréviaire de Sigismond de Luxembourg que j'ai résumée p. 1 55 .
Or, une des miniatures, celle que j’ai reproduite, les Noces deJason et de Médèe (fig. 1 46) , porte également une banderole.
Bien entendu, la banderole n'est rien; mais elle invite à faire un
I. Novembre 1912; j’emprunte à son article le petit cliché de « La Femme nue ».
rapprochement entre l’anatomie de la miniature et celle de la gravure. Dans les deux, les têtes des femmes sont beaucoup trop grosses (six tôles au lieu de sept et demie ou huit), les membres inférieurs très grêles, la taille très marquée, le ventre tout à fait plat, alors <pie les artistes du Nord l'accusent au contraire avec une terrible exagération (voir le Paradis terrestre, fig. 97). Bref, si on fait la part respective du pinceau et du burin, il y a plusieurs points communs frappants.
Nous avons vu que M. de Hévésy avait fait connaître le nom de l'artiste qui avait enluminé I Histoire de Troie, un certain Martinus opifex, qui avait inscrit lui-même son nom, sans humilité, au bas de la première page du manuscrit.
Quel est ce Martinus P Est-il identifiable avec le « Maître aux banderoles » ? Nous n’affirmons rien : notre rôle est de réunir des documents; mais l'hypothèse est de celles dont il faut, je pense, tenir compte.
Vers Les Heures de Laval (Bibl. nat. ms. lat. 920) sont connues par i/|6o. une fort belle miniature représentant Louis de Laval agenouillé en face de la Vierge. Elle a été nombre de fois reproduite, accompagnée quelquefois de la miniature de la Vierge qui lui fait lace (f° 5o v°). Ce manuscrit a figuré à plusieurs expositions, mais toujours ouvert à la même page (f“ 5i r°), comme si cette miniature était unique. De très brèves notices lui ont été consacrées, quelques lignes seulement, dans lesquelles la critique se borne à exprimer le regret de ne pas connaître l’auteur de ces miniatures, desquelles au reste on n’a, en quelque sorte, jamais parlé.
Tout ce qu’on en sait, tout ce qu’on en a dit, se résume en ces lignes que je copie dans le Catalogue de l’Exposition des portraits peints et dessinés du xiw au xvu ■ siècle, à la Bibliothèque nationale (Avril
« Le portrait de Louis de Laval s’y trouve trois fois (f“ 45, 01, 129 \°), mais le [dus remarquable des trois est incontestablement celui du P 5 1 auquel le volume
ADDITIONS
est ouvert. Légué par son propriétaire à Anne de France, duchesse de Bourbonnais, comme l’indique la note de Bobertet secrétaire du duc de Bourbon, écrite sur la feuille de garde de la lin (f“ 342 v°), ce volume entra dans la collection de livres formée à Moulins par les ducs de Bourbon et en suivit le sort. Or on sait que cette collection fut confisquée en 1023 par François I, à la suite de la défection du connétable de Bourbon. »
Et c'est lout.
Il ne sera pas alors sans intérêt, je crois, d’en reprendre la description. Il semble bien en effet que le volume n’a pas été complètement examiné, car lorsqu’on nous parle de trois portraits de Louis de Laval qui s'y trouvent, on doit faire immédiatement remarquer que le portrait du f° 129 v° est celui d’un jeune homme, bien différent des deux autres, probablement un des fds de Louis de Laval, et qu au 1' 334 v°> *1 existe un admirable gisant, peint au vif, accompagné d'un homme nu agenouillé, représentant alors Louis de Laval, identifié par l’inscription du marbre :