Lcttro initiale du ms. fr
11075 de la Bibl. nationale.
En cotte année là, Ferrandus Pétri de Fûmes décore d’environ mille petits sujets, une Bible, aujourd’hui à la Bibliothèque d’Amiens (ms. 108). Elle se termine ainsi ;
« Explicit hic liber [Figura? bibliorum], Deo gratins, quem lustrissimus Sancius rex Navarræ, filius Sancii nobilissimi regis Na-
Fie. 20. — Le peintre Félix P • 1 r* * T-’
enluminant ic ms. fr. varrorum tecit lien a rer-
11575 de la Bibl. natio-
nalc rando Pétri de Fûmes. Fer¬
randus Pétri composuit hune librum ad honorem Domini regis et ad ipsius preces proul melius potuit, præcipue ut omnipotentis Dei amorem acquirat etejusdem regis Sancii possit gratiam invenire. Fuit autem consumatus anno ab incarnatione Domini MCLXXXXVII '. »
Fig. ai. — Le moine Siger composant son volume.
(Bibl. de Douai.)
i . Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques (Départements), t. XIX, p. 5o.
« Rendons grâce à Dieu! Ici est terminé le livre que l'illustrissime Sanche, roi de Navarre, fds du très noble roi des Navarrais Sanche fit exécuter par Ferrandus Pétri de Fûmes. Ferrandus Pétri composa ce livre en l’honneur du Seigneur Roi a sa demande, le mieux qu il put, surtout afin d’acquérir l’amour du Dieu toutpuissant et d obtenir les bonnes grâces du Roi Sanche. 11 fut terminé en l’année
MCLXXXXV1I. »
xii Le h rater Rujîlus que M. Hans Y ol I nier publiait dernièrement1 et siècle. (Jon( très aimablement il a bien voulu me prêter le cliché (fig. 22), n est pas une des miniatures les moins intéressantes du xne siècle.
Bien que le petit personnage n’ait pas fait suivre son nom de pictor, 011 11e peut hésiter à voir dans cette jolie page, découverte dans un Légendaire de la bibliothèque du prince de Ilohenzollern-Sigmaringen (f° 244). le nom de l’artiste, car il est entouré de ses petits pots de couleurs, dans lesquels il trempe le pinceau avec lequel il trace son nom.
Puisc’esl I Iioméliairedu collège de Saint-Barthélemy de Francfort-sur-le-Mein, signé ainsi par une femme scribe et miniaturiste :
Cliché Hans Vollmer.
Fig. 23. — Légendaire du xme siècle exécuté par le P,,,].. , /• -,
peintre Fraler Rufilus (f° a44)- Llll(l(l pBCCCltl IX TÏÏUllCT SCI'ipSlt
(Bibl. du Prince do Hohenrollcrn Sigmaringen.) f / ^
Ensuite le Térence du prieuré de S. Sxvithun, à Winchester, exécuté par un moine miniaturiste et orfèvre qui écrit ce qui suit :
» Henricus suis manibus apices literarum arlificiose pinxit et illuminavit, nec non æreos umbones in tegminibus, appinxit ».
« Henri a peint et enluminé de ses mains, avec art, les grandes lettres, et il a placé sur les plats du volume les grosses tètes de bronze. »
lieperloriam fiir Kunstwissenschaft, 1910, p. 238.
Enfin le manuscrit 786 de la bibliothèque de Douai, un Raban Maur, porte dans sa première grande lettre majuscule:
Oliverus pidor et Rinaldus scriptor.
Passons au xm” siècle.
202. Le P. Cabier, dans ses Nouveaux Mélanges (t. IV, p. 107), a décrit le Mater Verborum ou Glossa Salomonis de la Bibliothèque de Prague, que M. Alfred Michiels a depuis, longuement étudié dans la Gazette
des Beaux-Arts (2° pér. , t. VI (1872), p. 5oo).
Au commencement du vol urne le scribe et l’enlumineur sont agenouillés devant une image de Marie : au-dessous de l'écrivain on lit: Ora p. sre Vacerado (Prie pour le scribe Vacerado) ; audessous de 1 autre personnage :
Orap. illre Mirozlao, a. MCII (Prie pour l’enlumineur Mirozlaw, année 1 J 02). Dans les encadrements se trouvent déjà les singes grotesques que nous verrons vers le xiv° siècle très en honneur dans l’école flamande et une très curieuse femme demi-nue, debout, aux cheveux flottants qui porte des fleurs dans ses mains ; au-dessous est l'inscription Estas l désignée dans le manuscrit, tantôt
Fig. 23. — Ilistoria Scholaslica, enluminée par Conrad de Scheyern II.
(Bibl. de Munich.)
3;ua, déesse qu’on retrouve souvent comme Cérès, tantôt comme Flore.
241. Le célèbre Conrad de Scheyern travaille en 1241. En réalité c’est un artiste double, au moins, ainsi que l’a montré M. J. Damrich1.
1. Damrich (Johannes), Ein Kiinsllerdreiblatt des XIII. Jahrhunderts des Klosters Scheyern (Hejl 52 der Studien zur deutschen Kunstgeschichte) .
De Mbly.
Car il y a d’abord un Conrad de Scheyern qui signe une Historia scholastica (fig. 23) de la bibliothèque de Munich (clin. i74o5):
Frater Chonradus peccator auctor et scriptor hujus operis.
Certes, sur cette simple mention, je n’aurais eu garde de le classer au nombre des enlumineurs : mais il a eu soin de nous laisser dans un autre manuscrit de Munich, le Mater Verborum (clm. I74o3), un catalogue des peintures qu'il a exécutées. Là nous apprenons qu’il
Fig. — Page du Matutinal exécute par Conrad de Scheyern I. (Bibl. de Munich.)
acheva un Matutinal (cod. lat. 17401), commencé sous l’abbé Conrard (1206-1225) par un moine également nommé Conrad. De ce premier artiste, qui n’a pas signé, voici une bien curieuse miniature (fig. 24) qui montre la différence de main des deux artistes du même nom, travaillant à trente ans de distance et qu’il importe de ne pas confondre.
C’est à cette même époque que Villard de Honnecourt, l’architecte célèbre, parcourt l’Europe. Il relève dans son Album si précieux, les détails les plus intéressants des cathédrales qu’il visite à son
retour de Calocza (Hongrie). Cet Album est exposé dans les vitrines de la Bibliothèque nationale (ms. fr. 19093), où il est arrivé de Saint-Germain-des-Prés. II a été reproduit par Darcel, avec des annotations de Lassus en 1 863 . M. C. Enlart, le savant conservateur du Musée de sculpture comparée du Trocadéro, a résumé tout ce
Cliché Mély.
Fig. a5. — Album de Vil lard de Ilonnccourt, signé : de honnecor cil qui fu en Hongrie. (Bibl. nat., ms. fr. 19093.)
que nous savons sur ce grand artiste dans la Bibliothèque de l’École des Charles (t. LVI, i895).
On trouve dans ces pages une foule de croquis des plus vivants, des inventions, des projets ; et gravement l’artiste débute ainsi au premier f° : « Vilars de Honecort vous salue » (fig. 25), tandis qu’à la deuxième page, un chevalier, esquissé de la main la plus légère, la lance au poing, salue effectivement, du geste le plus élégant. Et à côté, nous lisons: « de honnecor, cil qui fu en Hongrie ».
1246. Mais dans leur vie intense, dans leur souplesse étonnante, ces
petites figures sont-elles d’un art plus puissant que cette belle page si classique, véritable tableau de chevalet (fig. 26 et pl. II), mesurant ora,2Q sur o'u, 20 , signée IIAINRICUS PICTOR, qui décore le f°2 du t. IV de la Diblia sacra latina avec les prologues de saint Jérôme, écrite en 1246, par Dom Conrad abbé de Saint-Burcbard et conservée aujourd'hui à la Bibliothèque royale de Wurzbourg?
De la même époque, est le Livre ci Heures de Saram [Salisbury], qui fut exposé en 1908 au Burlington Club. II a été peint et signé par un artiste dont nous trouvons deux fois le nom au cours de ses miniatures (fig. 27) : « W. de Brades qui me dépeint ».
Avant L’histoire de l’admirable feuille de la 1252. jqjhig moraliser (fig. 28 et pl. III et IV) où nous voyons si probablement saint Louis et Blanche de Castille, qui appartient à M. Pierpont Morgan, doit être consignée avant d’être oubliée. Achetée il y a quelques années à un notaire de Poitiers pour 3o 000 francs par M. Bourdériat, antiquaire à Paris, elle fut revendue 60000 à M. Badin. A ce moment sa trace se perdit. Après quelques jours d'informations, je fus heureux d’apprendre à L. Delisle
Fig. a6. — Page d’une Bible latine signée dans le bas à gauche : Hainricus pictor.
(Bibl. royale do Wurzbourg.)
qui la recherchait, qu’elle était chez M. Pierpont Morgan; il l'avait acquise pour 1 go 000 francs; c’est de lui que, sur mon renseignement, l’éminent savant put l’obtenir, pour la communiquer le 5 août 1907 à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Mais si on a pu ainsi admirer son exquise finesse, son coloris merveilleux, ses ors extraordinaires, on n’a pas signalé sur le registre que lit le clerc, au bas de celte page si brillante, le mot FORTIN (fig. 29). Que vient faire là ce nom ? Quand je l’examine, il me rappelle, entre vingt autres que nous connaissons, les livres ouverts devant les artistes, sur lesquels on lit : Rotberlus, Issenbadus, Fruciusus, Johannes de
Gaïbana,
Fig. 28. — Saint Louis et Blanche do Castille sur un feuillet de la Bible moralisce. Au bas, sur le livre ouvert, on lit : Fortin.
(Collect. Pierpont Morgan.)
Fig. 29. — Le nom de Fortin sur le registre de la Bible moralisèe.
(Détail de la miniature précédente.)
que personne n’hésite à reconnaître comme artistes enlumineurs. Fortin ne serait-il pas par hasard un confrère de ces miniaturistes ? Et aussi de cet Hugues Pied dOie, peintre de saint Louis, dont 1 épitaphe ainsi conçue était naguère dans leglise de Longjumeau :
| IIIC • JACET ■ HUGO • PECDOE ■ PL... IA... PICTOR ■ REG ■ Q VI ■ EDIFICAVIT • ISTÀ E.CCLAM ■ O B II T ■ V ■ KL • IANR1I ■ AN.
DNT ■ MCCLI1.
1. Piot (Eug.), Cabinet de l’Amateur, Nouvelle série, n° 9, 1861, p. 32.
Milieu On ne voit pas trop en effet la différence qu’on pourrait trouver du entre ce nom de Fortin et celui d'Ademar de Chabannes que Léopold xnl Delisle rencontre au f° gg v°, dans une Vie de saint Amand et de siècle. sa'int (pjjpp nat. nls. lat . 3784). « Dans ce livre, écrit le savant
« critique, Ademar s’est fait connaître par un triple acrostiche et par « l’inscription de son nom dans un médaillon dessiné à la plume, où « les mots Eparchias paler ont été tracés autour de la tête du person- « nage principal. Dans un coin du médaillon, on distingue assez « difficilement une petite tête à côté de laquelle est inscrit en carac- « tères très fins le nom « Ademarus » : c’est le compilateur du manu- « scrit qui fait modestement hommage de son travail au patron de « son abbaye.
« Ce médaillon, ajoute Léopold Delisle, doit être rapproché des « dessins à la pl urne qui décoraient plusieurs cahiers du manuscrit « d'Ademar conservé à la Bibliothèque de Leyde. Tous ces dessins » sont vraisemblablement l’œuvre du laborieux Ademar1 ».
Ainsi, pour Léopold Delisle, c’est bien l'artiste qui s'est représenté ainsi lui-même, en inscrivant son nom à côté de son portrait. Si celui-ci est admis par un maître comme L. Delisle, je ne crois pas vraiment qu’on puisse écarter le nom de Fortin.
125g. Nous avons signalé plus haut(p. 10) le Sacranientaire conservé au Domschatz d’Hildesheim. Il fut enluminé en ia5g par un moine nommé Ratmann (fig. 3o), qui inscrit son nom au-dessous de son portrait.
Mais voilà qu’avec saint Louis, l’iconographie religieuse va subir d’importantes modifications. Il est d’un grand intérêt de les signaler parce que leurs détails pourront dans bien des cas permettre de dater assez approximativement les documents que nous étudions. L’apport des reliques d’Orient par les grands seigneurs qui dirigèrent la quatrième croisade, celle de Constantinople, n’avait pas
1. Notices et extraits des manuscrits, t. XXXY (1896), p. .822 et pl.
été sans faire naître une évolution très caractéristique; la cession, en 1289 à saint Louis, par Baudouin, l’empereur de Constantinople, des plus précieuses reliques de la Passion pour lesquelles le Roi fit édifier la Sainte-Chapelle, fournit aux artistes bien des thèmes nouveaux. C’est la représentation de la Crucifixion qui subit principalement dans ses détails la plus importante modification.
Jusqu’à celte date, presque sans exception, les artistes du moyen-âge placent sur la tête du divin Crucifié la couronne royale ou obsidionale. Si on s’est préoccupé quelquefois do cette particularité, c’est pour dire cpic « la Couronne d’épines sur la tête du Christ en Croix n'existai I pas au xnT siècle dans les représentations de la Crucifixion, et qu elle apparaît seulement dans les premières années du xiv” siè-
cIg ' elle affecte alors dit M Em. Fig.3o. — Saerami7i/ai'red’Hi]deslieim,cxccutéparRatmann.
(Trésor du Dôme d’Hildcsheim.)
Mâle1, la forme d’une torsade
légère et ressemble à un gracieux ornement. C’est dans le parement d’autel de Charles V2 quelle se montre pour la première fois (vers 1370) sous son aspect véritable. À partir de ce moment, elle ne fera plus défaut . »
En 1902, j’avais eu l'occasion de m'occuper de cette question dans mes Portraits du Christ à travers les âges3. J’ai même, à celte époque, publié la Crucifixion de la plaque de reliure en vermeil de l’Evangéliaire