XIII
sjèc]e. Guillermus de Bolleria me toium fecit : orale pro eo.
Ce terme d e fecit ne saurait prêter à discussion; c'est la signature de l'artiste; le scribe, lui, signait, scripsit. Nous en avons eu maintes fois la preuve dans les pages précédentes : Johel, Sauvalo. Le Catalogue de la bibliothèque de Laon, par Fleury (t. II, p. 17), nous décrit un Missale bealorum Aposlolorum Jacobi, Johanms et / bornai, de ce même xiii° siècle, orné de splendides miniatures, et il est signé : Rogerus me fecit.
Également aussi, sous la figure d’un Christ peint d'un manuscrit de Cambridge (Colton, in Nero d. i, 1 i55), on peut lire.
« Hoc opus fecit frater Willelmus de ordine Minorum, socius beati Francisci, secundus in ordine ipso, in conversatione sanctus, natione Anglus » .
Et ce nom de Willelmus, quand nous parlerons plus tard des émailleurs de cette époque, nous le rencontrerons sur la célèbre, Crosse de Ragenfroid de la collection Carrand, maintenant au Bargello de Florence1, qui porte sur son nœud :
frater willelmvs me fecit
Enfin Issenbardus signe (fig. 3) la miniature du f° 180. du ms. 5oo de la bibliothèque de Chartres:
Issenbadus me fecit.
Il ne saurait par exemple être comparé aux artistes que nous venons de rencontrer; mais comme précisément il montre, malgré son intériorité. qu’il se juge l'égal des grands enlumineurs, il importait d’attirer l’attention sur les lignes qu'il trace sur son livre, comme son contemporain Jean de Gaïbana sur V Épistolarium du Trésor du Dôme de Padoue. dont nous ne parlons pas, parce que c’est un Italien.
1. Mélv (F. de), La Crosse dite de Ragenjroid, clans la Gazette Archéologique, 1888.
Le § VIII, du litre LXII du Livre des Métiers, dit donc que les peintres et les imagiers doivent, comme les autres bourgeois, la taille au Roi.
Le Rôle de 1292* va nous faire alors connaître quelques-uns des maîtres enlumineurs de Paris à celte date, en même temps que la redevance à laquelle s’élevaient les taxes des miniaturistes de la rue
Érenbourg de Brie,
OÙ
la plupart avaient leur boutique.
Bernar,
sous
Richard de Verdun
Baudoin,
12 deniers
son gendre, 8 sous
Nicolas et sa mère,
sous
Thomassin leur valet, 2 sous
Guiot leur valet,
sous
Sire Jehan, ))
12 denier
Guiot 1 enlumineur,
1 2 deniers
Sire Heude, »
Honoré,
sous
Clément, 2 sous
En outre, habitaient: rue de la Croix Neuve, Raoul l’enlumineur: en la Foulerie, Thomas 1 enlumineur: en la rue aux Porées, Jehan l’Englois l’enlumineur : en la rue Saint Victor, Grégoire l’enlumineur : au clos Rurnel, Courrat l’enlumineur :
rue du Serpent, Guillaume le peintre.
288. Dans ce rôle, l’artiste le plus imposé est Honoré qui paye avec son gendre Richart de Verdun et son valet Tliomassin, 20 sols, alors que Nicolas l’enlumineur, sa mère et son valet ne versent que i3 sols. C’était donc un des maîtres les plus réputés de la (in du xme siècle.
Et de fait, le Compte du Trésor du Louvre, au terme de la Toussaint 1296, le mentionne deux fois, en ces termes:
1. Géraud, Paris sous Philippe le Bel, Paris, Documents inédits, 1837, p. i5G.
Cliché Mély.
Fig. 35. — Première miniature du Décret de Gratien, enlumine par Honoré.
(Bihl. de Tours, ms. 558.)
Pro uno breviario facto pro rege .
Honoratus illuminator pro libris regis illuminatis.
Nous apprenons ainsi qu’il était enlumineur du roi Philippe-le- Bel pour lequel il fit un Bréviaire de la somme importante de 107 livres 10 sols et différentes miniatures de manuscrits, qui lui furent mandatées 20 livres.
Aussi Honoré n'est pas demeuré inaperçu. En 1868, Léopold Delisle le signale1 : Julien Havet en parle dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes 2; le comte P. Durrieu le mentionne dans son Jacques de Besancon 3 et dans le Journal des Savants 4; M. Sidney C. Cockerell l’interroge dans le Burlington Magazine* ; M. Henry Martin réunit dans ses Miniaturistes français 6 tout ce qu’on sait de cet artiste ; de Léopold Delisle enfin, il a paru dans le Journal des Savants (octobre 1910) une longue dissertation posthume, à propos de l’étude que j’avais faite d’Honoré dans la Revue de l’art (t. XXVII (1910),
Comme suite de tous ces travaux, on croit pouvoir actuellement attribuer à Honoré: le Bréviaire de Philippe-le-Bel, charmant manuscrit de la Bibliothèque nationale (ms. lat. 1023), un Décret de Gratien, manuscrit de la Bibliothèque de Tours (ms. 558), enfin une Somme le Roi du Fitz-William Muséum de Cambridge.
DTIonoré, aucune mention antérieure à 1288 (manuscrit 558 de Tours); en 1292, nous venons de le trouver dans le Rôle de la taille des miniaturistes imposés à Paris, où il est inscrit avec son gendre Richard de Verdun; en 1296, il figure au compte du Trésor du Louvre comme miniaturiste du Roi, et c’est tout; après cette dernière date, on perd sa trace. Son atelier, par exemple, aux mains de Richard de Verdun, qui avait pris un associé, Jean de la Mare, travaillait
1 Communication à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 27 novembre 1868.