Ibid., p
3. Durrieu (Le comte P.), Gaz. des Beaux-Arts, 1891 (2), p. 61.
LES CORPORATIONS LAÏQUES ( 1 260-1 3g i )
les associe clans la même interdiction, que les artistes soumis à l’autorité du Roi de France devaient être astreints aux mêmes obligations.
Mais ces marques, quelles furent-elles au début ? La mentalité humaine se modifie si lentement, que si nous ignorons celles usitées à la date où nous sommes, nous devons nous demander si elles furent bien différentes de celles que nous avons rencontrées : le petit oiseau d'IIonoré, par exemple, la bande tricolore. Mais celleslà me semblent plutôt des enseignes d'ateliers, de ces ateliers laïcs qui s’ouvrent au temps du Livre des Métiers d’Etienne Boileau, que des marques particulières d’artistes. Celles qui accompagnent l’ordonnance de i5oo de Bruges, dont il vient d’être parlé et qui seront reproduites plus loin, sont beaucoup plus personnelles. C’est que les temps ont marché. Aux corporations de 1260 ont succédé en 1 3g 1 des artistes indépendants ; ils ne disparaissent plus dans l’atelier, ils le représentent, au contraire, et c’est alors avec des jeux de mots, dont nos ancêtres étaient si friands cjue les marques vont souvent se composer. Si nous rencontrons de nombreuses signalures en clair, il nous faut tenir grand compte également des acrostiches, des idéogrammes, des anagrammes, des cryptogrammes, des chronogrammes, des calembours, des rébus, qui réjouissaient tant nos pères.
Lorsque nous voyons au xii' siècle, Guy de Munois, abbé de Saint Germain d’Auxerre faire graver sur son sceau un singe en l'air avec une main qui son dos serre (fig. 84), quand en 1 4 1 4 , Louis de Guyenne, fils de Charles VI, lors de son départ pour combattre le duc de Bourgogne, fait broder sur son étendard un K, un cigne et une aile, idéogramme de la belle Cassinel, « de laquelle, comme on disait, le dit Seigneur faisait le passionné », quand Talbot, se faisait représenter avec son chien « Taillaud », quand Pierre Cauchon faisait sculpter à l’entrée de sa chapelle de la Cathédrale de Lisieux une grosse tête de cochon
De Ml'ly. u
Fig. 84- — Sceau de Guy de Munois, abbé de St-Germain d'Auxerre. Un singe en l’air qui avec sa main son dos serre.
Fie. 85. — La lôte de cochon dans la chapelle de Pierre Cauchon, à la cathédrale de Lisieux .
g2 LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES
(fig. 85), devons-nous être surpris de voir, Manouel ou Malouel, prendre pour signature une lune (mime en flamand) (fig. 86), Brœderlam, deux agneaux ( broder = frère, lam = agneau), Schauflel, une bêche (schaufel — bêche), Hornebout, un petit duc ( horn — corne, whou = chat-huant), Chigoinot, une petite cigogne (cicoineau en picard, petite cicogne), Bellegambe, une lune et une jambe ( belle = lune, gambe = jambe), Hopfer, une tête de houblon ( hopjer = houblon), van Hut, un chapeau (hout= chapeau), et bien d’autres que nous rencontrerons au cours des pages qui vont suivre. Ces jeux despiil diffèrent-ils bien des remarques des imprimeurs du xv“ siècle que nous trouvons dans les Marques typographiques de Silvestre (Paris, Renou, 1867, in-8”), de l'enseigne de Poulet Malassis, l’éditeur bien connu de nos jours, qui avait comme marque un poulet mal assis sur une broche.
Le cryptogramme est une manière dissimulée de consigner un renseignement qu’il importe de conserver. 11 peut être écrit de plusieurs manières : soit en caractères connus dont la valeur est modifiée, soit en signes conventionnels, soit par inversion, soit par abréviations.
Voici par exemple l’inscription grecque d’un manuscrit du xiV s. que je lis dans la Bibliothèque de l'École des Charles (1910, p. 7 •■Oj’écris au-dessous des caractères grecs leur transcription en clair .
16 oc tT '.9 oc 10. e 10 17 9 IT, 9 cy T lS ^ lT 6 a Pan ta leonisincol onia
C’est-à-dire: « manuscrit de Saint-Pantaléon de Cologne ».
Dans le 111s. 52 de Valenciennes, nous avons:
QXK LFGKR PRB PRP SCRKPTRF. AGAMBERTUS.