Ibid., p. lxix
2. Archives de la Côte-d’Or, B. 4467, fd 46. M. Claudon, archiviste de la Côte-d’Or, que je suis heureux de remercier ici de sa complaisante érudition, a bien voulu m’envoyer la copie du texte que je cite.
3. Voir dans la Revue archéologique, 1912 (1), p. 4n, l’opinion de M. Hermann Nasse, de Munich, sur ce point.
II3 les primitifs et leurs signatures
Le fond du tableau du Louvre est doré. Nous n’ignorons pas que, dans semblables cas, les peintres s’adjoignaient d'autres artistes pour exécuter les fonds ; tel cet Herman de Cologne, que Malouel avait engagé en i4oi-i4°3, pour dorer les fonds et les ornements des retables. Il est à peu près certain, par conséquent, qu Henri Bellecbose prit aussi un collaborateur pour dorer ses fonds; HR serait son monogramme ; et, ce qui est très intéressant, c’est que ce collaborateur, il l’aurait eu déjà à la cour du duc de Berry, puisque dans les Très riches Heures nous voyons ce sigle HR, identique.
On trouvera plus loin, à l’année i5ig, l’œuvre d’un très grand peintre, dont les miniatures regardées jusqu'ici, comme de Jean Clouet, sont cependant très simplement signées Godefroy le Batave.
Cet artiste a illustré deux précieux manuscrits ; Les Commentaires des Guerres Galliques, de la Bibliothèque nationale, et Les Triomphes de Pétrarque, de la bibliothèque de l’Arsenal. Toutes les miniatures sont signées G. et datées i5ig, 1620; deux sont entièrement signées Godefroy ; enfin, Laborde, examinant minutieusement le manuscrit de l'Arsenal et découvrant plusieurs fois, à côté du G un petit lézard, — qui n’avait rien à faire là, — en conclut que c’était le nom du peintre en cryptogramme1; mais personne n’avait vu qu une des miniatures des Commentaires des Guerres Galliques était signée G. II. i52o. Faisant alors le rapprochement de G avec un lézard, puis de G. R., sachant que l’artiste était Godefroy le Batave, je me suis adressé à M. Tulpinck. de Bruges, qui me répondit qu’il ne trouvait qu’une explication possible : R, première lettre de Rust, qui. en flamand, signifie repos, symbolisé par le lézard; que d ailleurs ce nom était connu, puisqu’il y avait en Hollande une famille d’imprimeurs de ce nom au xvi' siècle et qu’il connaissait plusieurs gravures
de cette époque signées d’un lézard.
Si nous reprenons alors l'examen de notre série signée HB, HR, nous trouvons dans l 'Arrivée des Mages, au milieu à droite, un petit
. Renaissance des Arts, Paris, Potier, i855, in-8% t. I, P- 9"-
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI" SIÈCLE)
lézard (fig. i4o). Vraiment, là, il n’a rien à faire. Si nous Continuons, nous voyons dans I Adoration de la Vraie Croix, le pied du relicjuaire fait d’un lézard (fîg. 106) ; M. Durrieu l'a même rapproché de la fameuse Croix au serpent des inventaires du duc de Berry1, montrant précisément l'influence de cette dernière 2 (je ferai toutefois remarquer quelle était portée par trois lézards d’or, et non par un seul) ; enfin, dans l’orfèvrerie du duc de Berry, nous constatons un reliquaire « où il y a un lézard sous les pieds de la Vierge et un sous les pieds de l’ange3 ».
En feuilletant alors les inventaires et les comptes du duc de Berry, nous ne tardons pas à y découvrir un orfèvre,
Hermann Rust, que les trésoriers appellent Rust, Roussel.
Rince, Ruece, Ruisseau,
Ruence, Russet, mais qui est toujours Rust4 : HR avec un lézard, voilà, ne semble-t-il pas, deux initiales qu on pourrait peut-être rapprocher d’IIermann Rust P
En résumé dans ce qui vient d’être écrit, rien ne contredit, qu’au
Fie. ioG. — L’Adoration de la Croix par sainte Hélène. Miniature des Très riches Heures du duc de Berry. (Musce Condé, Chantilly.)
moment de la mort du Duc, Les Très Riches Heures pouvaient parfai-
1. Guiffrey (J. -J.), Inventaires du duc de Berry, (. I, n° 7, p. 12.