Archæologische Beitriige, Berlin, 1847, in-8, pl. IV
2. Nymphéa und Charilen, dans le Journal international d’archéologie numismatique de Svoronos (Athènes), 1908, p. 186, n° 496, gravée pl. XI, n° 26. Elle m’a été indiquée par M. Dieudonné, l’aimable conservateur-adjoint du Cabinet des médailles, auquel j’adresse ici tous mes remerciements.
3. Les Trois Grâces, en effet, se présentent de face, celle du milieu presque assise sur les mains enlacées des deux autres, tandis que de ses bras elle ensrere leurs cous.
Leur histoire a été résumée en 1886 dans le Bulletin de la Commission archéologique municipale de Rome (1886, pp. i63 et 345) :
« Le groupe fut donné au cardinal Piccolomini, neveu de Pie II (i458-i464), par le cardinal Prospero Colonna ; le cardinal Piccolomini, qui devint pape sous le nom de Pie III (i5o3), avait été cardinal de Sienne, et c est lui cpn 1 offrit a la Cathédrale... Tout ce qu’on disait de ce groupe à ce moment, c'est qu’il avait été découvert très anciennement à Rome, dans la demeure des Colonna : mais en résumé son origine était ad oggi oscura ed ignota ». Ainsi dans la première moitié du xv“ siècle, on savait qu il avait été très anciennement découvert. Mais ce dont on oublie de parler, et que M. F. Donati. l’érudit conservateur de la bibliothèque communale de Sienne, veut bien me signaler, c’est un passage d'un ouvrage de M. Ferrai (. Siena e il suo territorio, Siena, Muti, 1862), qui ne croit pas à l’origine romaine du groupe, parce qu’une tradition antique prétend au contraire que Les Grâces ont été trouvées dans les fouilles des fondations du Dôme, commencées vers 1226, et reprises vers i322.
Serait-ce donc le motif pour lequel Pie III, qui possédait ce groupe dans son palais de Rome avant d’être élu Pape, aurait voulu, au lieu de le laisser au Vatican, ce qui était tout naturel, le faire placer après sa mort dans 1 intérieur du Dôme de Sienne, ou vraiment, malgré la mentalité artistique de l’époque, sa place n était pas absolument marquée.
Et, quand on se souvient qu’Ambrogio Lorenzetti, un siècle avant, s’était empressé de copier la Vénus que la terre de Sienne avait vu sortir vers 1 334 — peut-être dans les mêmes fouilles, — on est en quelque sorte autorisé à penser que lemotion produite par la découverte d’un groupe aussi séduisant que celui des Grâces , avait dû assez impressionner les artistes pour qu’ils l’aient reproduit dans leurs Albums de modèles. Ce serait ainsi que nous retrouverions, dans Les Très riches Heures de Chantilly, un souvenir des Grâces, en même temps que la reproduction des tableaux les plus réputés de Sienne et de Florence.
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI- SIÈCLE)
Et l’influence de ces Albums qui jouent un si grand rôle dans l’art du moyen âge, va se manifester immédiatement, d'une indiscutable manière dans Les Très riches Heures.
Dernièrement sir Martin Conway apportait dans le Burlington Magazine (décembre 1910), une page d’un Album conservé à Bergame, dontGiovannino de’ Grassi, peintre milanais, mort en x3g8, est l'auteur. C’est le prototype (fig.
Fig. 116. — La Curée du Sanglier de l’Album de Bergame par Giovannino de’ Grassi,
6) pour ainsi dire mathématique de Y Hallali du sanglier 1 que nous voyons au mois de décembre dans le Calendrier des Très riches Heures (fig. 1 18) et du Bréviaire Grimani (fig. 1 19 et 2.38). Là, aucune hésitation n'est permise ; ce n’est pas un rapprochement qu’il faut faire : c’est la constatation pure et simple que ce croquis, exécuté par un Italien avant i3g8, est le modèle de la page du manuscrit de Chantilly peint vers i4ii.
Et ce sujet, on ne saurait trop le faire remarquer, semble tout spécialement italien. Quoique les chiens puissent paraître français, lévriers, mâtins d’Auvergne, c'est une scène qui se répète sous plusieurs modes différents en Italie, alors qu’en France nous n’avons rien de semblable. Le Livre de Gaston Phœbus (ms. fr. 619 de la Bibl. nat.), de la fin du xive siècle, ne nous permet
liliclié Alély.
Fig. 1 1 7 . — La Tentation de saint Antoine. Miniature du ms. lat. 767 de la Bibl. nat. de Paris (v. i38o).
1. Il se trouve signalé dès 1900 dans l’article del\4rte de M. Pielro Toesca, p. 19. Nous allons y revenir à l’instant. — Voir au sujet de cet Albüm une intéressante note de M. Jacques Mesnil dans le Bulletin de l’Art ancien et moderne, 1911, p. 246.
aucun rapprochement ; il traite tout différemment l 'Hallali, la Curée.
En Italie, au contraire, je trouve dans un autre Album conserve à Rome et bien proche parent de celui de Bergame, publié par
M. Bariola1 cpii le croit également sorti de Bergame tout comme celui de Giovannino de Grassi qu’il ignorait à ce moment, un Hallali du Cerf (fig. iao), assurément de la même époque, puisque le piqueur a le costume et la physionomie de ceux du Livre de Gaston Phœbus.
Et il y a ceci de très curieux, c’est, qu'un Album qui appartient au baron Ed. de Rothschild, et qui paraît également de main italienne, contient une a A vue »2, de la même technique, mais inversée. Enfin du xvc siècle, on voit au Cabinet des Estampes de Rome, toujours dans la même tradition, cet Hallali de l'Ours (fig. 121). C’est donc bien là un thème italien, dont ces quatre
Fig. ii8. — La Curée du Mois de Décembre des Très . ^ .
riches Heures. reproductions nous atlirment ainsi
(Musée Condé, Chanlilly.) 1
l'origine.
En réalité, ces Albums sont de véritables Livres de modèles qui se transmettaient dans les ateliers. Pour les têtes de personnages, la Bibliothèque Impériale de Vienne en conserve un bien curieux. Au xm' siècle, la France a, pour les statues, les monuments et les inventions, celui de Villard de Honnecourt (fig. 25), tout comme au xvi“ siècle, nous trouverons YAlbum de paysages de Jacques Pa-
1. Quaderno di disegni del principio del secolo XV, di un maestro delL Italia settentrionale. dans Le Gallerie Nazionali italiane. Roma, Ministère, délia pubblica Istruzzione, t. V (1902), p. 36o.
2. Publiée par Venturi, Storia dell’ arte ilaliana, t. VII (1910), p. 254.
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE) 127
tenier dans la collection Errara de Bruxelles. En nous montrant les marges des manuscrits chargées de croquis sommaires, de notes brèves tracées par les chefs d'ateliers, M. Henry Martin nous a fait connaître que chaque école avait ses règles, sa technique, ses modèles. Les Albums de Bergame et de Borne sont des Livres de modèles italiens.
Mais est-il nécessaire de rechercher l'origine de cette Curée chez un autre maître que Giovannino de' Grassi ? Est-elle comme l’a supposé un savant critique1, la simple copie d’un original antérieur de Michelino da Besozzo, qui nous amènerait alors à faire un rapprochement entre la manière de l’artiste de Pavie et les miniaturistes français du temps du duc de Berry2?
J’avoue que je n’en suis pas très certain.
Non seulement, le peu que nous connaissons authentiquement de Michelino da Besozzo, comme cette Vierge, signée Miehelinus Jecit, de la Pinacothèque de Sienne (fig. 122), est aussi loin que possible des dessins de Giovannino de’ Grassi, qui signe son Album de Bergame Iohininus de Grossis designavil (fig. 123), que des pages si souples des Très riches Heures, mais nous nous trouvons aussitôt en présence de dates, qui, comme pour Pisanello, nous arrêtent dès les premiers pas.
Laissons de côté pour un instant cette question de dates. Le
1. Durrieu (P.), Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 16 décembre 1910 et 17 février
2. Durrieu (P.), Bulletin des Antiquaires de France, 1906, p. 124.
rapprochement artistique qu’on propose1, si difficile à comprendre entre deux faires pourtant si dissemblables, n'aurait-il pas eu quelque cause qu’on ne saisit pas au premier abord?
Le Palais Borromeo de Milan est décoré de fresques de la tin
du xiv° siècle dont les photographies sont reproduites ici (pl. VII et fig. 124). Elles représentent le Jeu du Tarot, le Jeu de la Paume, le Jeu de l’Indovino (la devinette ?), qui est peut-être un souvenir de ce passage de Dante : « Vois ces femmes tristes qui laissèrent 1 aiguille, la navette, les fuseaux pour se faire devineresses » . Leur modernisme inattendu, invraisemblable, les classe certainement parmi les pages les plus précieuses de l'histoire de l’art*.
Il y a bien des années, en 1892, MM. Fumagalli et Beltrami, dans le t. Il de leurs Reminiscenze di Storia ed A rie, les attribuaient à Michelino da Besozzo. Sur quelles preuves? Je l’ignore; sur quelque affirmation antérieure, probablement. Mais ils ne firent pas de rapprochement avec Y œuvre certaine, signée, de Michelino, de la Pinacothèque de Sienne (fig. 122). Depuis, d’autres critiques d’art ont publié le tableau de Sienne et rappelé simplement les fresques de Milan, sans les reproduire, peut-être même sans les avoir vues ; si bien que, dissertant sur des
Fig. iao. — L'Hallali du Cerf, dans V Album de Rome. (Giovannino de' Grassi ?)
1 Durrieu ( PA, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 3 mars 1911,
2' Ces fresques ont été publiées par M. E. Rodocanachi, dans La Femme llahenne a l époque de
la Renaissant Paris, Hachette, ,907, in-4*. P- i3*. P1)' les aUrlbue’ »"SP"
leur technique, à Michelino da Besozzo. - Elles viennent également d être etud.ees et reproduites dans Pietro Toesca, La Pittura e la Miniature nella Lombardia. Milano, Hceph, 1912, rn-4 ■
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVP SIÈCLE)
œuvres d’art d après les livres, comparant les photographies à de simples lignes imprimées, les uns parlent du faire de Michelino d après les fresques de Milan, les autres discutent d'après la Vierge de Sienne ; et c’est ainsi probablement qu’on a été amené à rapprocher l'Album de Bergame du faire de Michelino.
Pourtant, il faut reconnaître que M. Venturi, dans son Histoire de l’art italien (t. VII, p. 273 et 277), donne et la Vierge de Sienne (fig. 122) et, d’après M. Toesca [Arte, 1907), le Jeu du Tarot de Milan (fig. 124), sous lequel il n’hésite pas à inscrire : « Manière de Michelino de Besozzo » . On peut voir ici l’invraisemblable distance, qui sépare cependant les deux manières ; je puis dire, je crois, les trois : Milan,
Sienne, Bergame. On aurait tout aussi bien pu parler des fresques de Runkelstein ou de Manta nel Saluzzese.
Et j'avoue 11e pas voir davantage de rapports entre le faire d'un Michelino F,°- — L-tiaiiau * co»™. Gravure du
* 1 Cabinet des Estampes de Rome.
de Sienne, d’un Michelino de Milan,
quel que soit celui qu’on adopte, et le 111s. lat. 5888 de la Bibliothèque nationale, (pie M. G. Zappa, dans l 'Arle (Décembre 1910), trouvait d’une technique si proche. Au contraire, je croirais vraiment permis de rapprocher du Michelino de Milan le Liber physiognomiæ de la bibliothèque de Modène (Est. Cod. lat. DCXCVII), dont on peut voir d’excellentes reproductions dans le t. XXI du Jahrbuch de Vienne (p. i3o et suiv.).
Les fresques de Milan demanderaient un chapitre spécial ; je dois ici me borner à les reproduire (pl. VII et fig. 124), parce quelles me paraissent indispensables, dans leur rapprochement nécessaire, pour une étude sur les influences italiennes qu’on découvre dans Les Très riches Heures du duc de Berry.
De Mély.
l3o LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES
Cependant, on ne peut passer sous silence leur technique certainement antérieure à la fresque de Vittore Pisano de Samte-Anastasie de Vérone et leur très proche parenté avec la première page enluminée du Décamêron de Boccace (Bibl. nat. ms. fr. 129), que
Laurent de Premierfait avait fait traduire en i4i4 Par Antoine d’Arezzo, appelé en France pour ce travail, destiné précisément au duc Jean de Berry. C’est un rapprochement dont l'importance, car il donne une date certaine, ne saurait nous échapper. Pour l’instant, arrêtonsnous simplement à l 'Album de Bergame et au document précis qu’il nous fournit.
Cette question de V Album de Bergame, M. Pietro Toesca, l’érudit, professeur de l’Université de Turin, l’avait à peu près mise au point dès igo5, dans Y Arte; ses articles successifs excellents, accompagnés des plus intéressantes gravures, que son amabilité me permet de reproduire ici, ont servi de base à tout ce qui a été écrit sur ce sujet*.
Son volume sur La Miniatura nella Lombardïa (1912) vient enfin nous fournir un document du plus haut intérêt. Il publie là une miniature du ms. lat. 757 de la Bibliothèque nationale de Paris, où on voit saint Antoine dévoré par des chiens et des animaux féroces
Fig. 122. — La Vierge et sainte Catherine. Panneau signé sur la marche du trùne « Michelinus fccit »• (Pinacothèque de Sienne.)
Toesca (P.), Arte. tgo5. - Durrieu (P.), Bulletin des Antiquaires de France, igo6 - Toesca, Rassegna d'Arle, octobre 19.0. - Zappa (G.), Arte, décembre ,910. - Durneu (P.), Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 16 décembre 1910 et 17 fevner 1911.
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI* SIÈCLE)
(fîg. 1 1 7) . Si nous y trouvons un lion, vraiment bien proche parent de ceux de 1 Album de Bergame (Toesca, p. 3oo), nous y découvrons surtout deux des chiens de la Curée, reportés, ce qui est concluant : le petit chien trapu, arqueboulé qui mord le sanglier au ventre, et celui qui lui fait face, mordant la cuisse droite de la hête. Or le manuscrit peut être daté des environs de i38o ; voilà donc que le thème nous fait remonter jusqu'à la deuxième moitié du xiv” siècle.
Pour la biographie des deux artistes, nous devons alors reprendre les dates.
Giovannino de’ Grassi apparaît dans l’OEuvre du dôme de Milan en i38g; en 1 3g 1 , il est payé comme « ingegnere » ; il meurt dans un âge avancé en 1398. Michelino, mort après i44a, était né aux environs de i375 ; il n’était pas beaucoup sorti de Pavie avant 1 3g4 ; il apparaît pour la première fois dans l’OEuvre du Dôme, le i3 juillet i4«4- Or depuis plus de six ans, Giovannino de’ Grassi était mort. Comme 1 Album de Bergame paraît avoir fourni, ainsi que nous venons de le voir, dès i38o, les éléments de la Tentation de saint Antoine (fig. 1 1 7) à celte date, Michelino avait à peine cinq ans. Il semble difficile, indépendamment même de la différence de sa technique si archaïsante, de parler de 1 influence de Michelino sur un maître, déjà âgé, dont 1 aspect pisanellesque est au contraire très caractéristique.
Quand je dis pisanellesque, c’est pour me faire comprendre, puisque Giovannino meurt, quand Pisanello n’a encore qu’un an.
Cliché Tocsca.
ia3. — Une page de V Album de Bergame, signé par ^
io pa
' Giovannino de’ Grassi.
Si donc nous trouvons dans les Très riches Heures cette Curée de Y Album de Bergame, qu’y aurait-il détonnant que d'autres thèmes actuellement inconnus du même maître eussent servi de modèle aux artistes qui travailleront chez le duc de Berry, expliquant ainsi le sentiment pisanellesque qui devient inexplicable depuis la découverte de M. Biadego? Pisanello a eu des précurseurs, en voilà un; on
Fie. iî4 . — Le Jeu du Tarot. Fresque du Palais Borromeo à Milan.
peut comprendre maintenant, comment, dans une œuvre antérieme à Pisanello, on découvre un style qui n’est pas à proprement parler le sien, quoiqu'il porte cependant son nom.
Ce qui me surprend un peu. c’est que, le jour où on a parle de Pisanello à propos des Très riches Heures, on n’ait pas songé a un peintre siennois, Giovanni di Paolo. dont M“ Mary Logan appréciait ainsi le talent à l’Exposition de Sienne de igo4°: “ Sa fantaisie est
. Gaz. des Beaux-Arts, 1904 (2), p. 2
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
amusante, sa technique admirable : il possède un vif sentiment du décoratif. » Mais voilà. Si nous trouvons dans son Adam et Eve chassés du Paradis terrestre (fig. 125), de la collection de M. Camille Benoit, qui très obligeamment m'a permis de le reproduire, cette anatomie aux jambes d’oiseaux, traitée avec la délicatesse et la précision d'un Gentile da Fabriano ou d'un Pisanello, il est en pleine
Fie. ia5. — Le Paradis Terrestre par Giovanni di Paolo. (Collection de M. Camille Benoit.)
possession de son talent seulement vers 1 4^5 . Et nous revenons ainsi forcément à Giovannino de' Grassi, le seul artiste de cette école qu’on connaisse actuellement avant l’exécution des Très riches Heures.
Cet artiste, qui travaille ainsi au dôme de Milan à la fin du xiv” siècle, ramène notre pensée vers Jacques Coene, le brugeois célèbre, que Giovanni Alcherio avait rencontré en France et qu’il avait fait attacher à l’OEuvre du Dôme en i3gg, avec ses deux compagnons Jean Mignot et Johannes Campaniosus. Car, à sa rentrée en France, Coene enlumine en i/|C>4 une bible pour Philippe le Hardi; puis il travaille en 1407 à la Librairie du duc de Berry ; enfin si nous traduisons le nom latin d'un de ses compagnons, Cam-
paniosus, nous avons Deschamps, nom patronymique d'une dynastie de peintres, à laquelle appartenait Guillaume qui travaillait précisément pour le duc de Berry en Immédiatement, on voit
donc les rapports qu’on pourrait proposer entre les œuvres mdanaises et « les ouvriers de Monseigneur ». Mais il faut observer
tout de suite, que lorsqu’on avance qu’à son arrivée à Milan Jacques Coene avait connu Giovannino de’ Grassi, qu’il avait été en rapport avec Michelino da Besozzo, le premier était mort depuis un an, et le second n’arrive à l’OEuvre que le i3 juillet 1 4°4 , après son départ par conséquent. Les dates sont précises et parlent d’ellcsmêmes. Il en est donc de cette infiltration comme de l’influence de Pierre de Vérone, garde des livres du duc de Berry, d’Antoine d'Arezzo, dont nous venons de parler dans le rapprochement des fresques de Milan et du frontispice du Dècamèron ; elles sont plus que probables, mais l’absence de documents permet de les présenter seulement comme de séduisantes hypothèses.
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
Est-ce bien tout ce qui est à dire sur le style parfois très italien «lu manuscrit? Si nous examinons les bordures, les champaignes, il n'est besoin pour le mettre en évidence dans cette partie de l’œuvre, «pie de montrer les principaux types d'encadrements des pages des plus beaux manuscrits ponentais du commencement du xv° siècle. Voici la bordure fine et légère du manuscrit fr. 23279 de la Bibliothèque nationale (P 53 r°), offert par Pierre le Fruitier dit Salmon — retenons bien ce nom et ce volume — à Charles VI, et où précisément nous trouvons le portrait du duc de Berry (fig. 126). Voici un encadrement flamand des Heures d’Arlhur, duc de Bretagne et de Richemond, connétable de France sous Charles VII (142/1), du premier quart du xv* siècle (fig. 127): la disposition des feuillages des angles, nous la retrouverons dans quelques encadrements des Heures Branicki-Croy et plus tard, dans les manuscrits de Louis de Bruges; il n'y a aucun rapprochement à faire avec les encadrements lourds (fig. 128) qui entourent les initiales des Très riches Heures, dans le Couronnement de la Vierge, aux vêtements liturgiques si évidemment italiens par exemple (pl. VI). Le missel d’Aixen-Provence, où, dans la bande inférieure, nous pouvons lire le nom de l'artiste qui l’exécuta : NALLAC (fig. 82) commence déjà à s'en rapprocher ; moins cependant que la page enluminée par Sanche Gontier d’Avignon (Bibl. nat. ms. lat. 5i26) (fig. 92). Mais c'est surtout cette décoration d’un Livre d'Heures milanais (fig. 129), appartenant au comte de Leicester, somptueusement publié par notre savant confrère M. Dorez, qui en est la plus voisine. L’influence italienne se manifeste donc de tous côtés.
Mais, comme on a mis en avant l’axiome quelle était impossible à expliquer par la présence d’Italiens à la cour du duc de Berry, sir Martin Conway s’est cru en droit d'écrire dans le Burlington Magazine, sans chercher mieux, qu'il en résulte que l’un des Limbourg est allé en Italie, qu’il a visité Florence, puisque nous avons ici presque une copie de la Présentation de la Vierge de Taddeo Gaddi, et qu’en revenant par Milan, un an ou deux avant la venue
l36 LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES
de Jacques Coene (i399), il a travaillé avec Giovannino de Grassi. On voit l’affirmation se préciser, mais sur de simples conjectures ; c’est en effet la seule façon d’expliquer une chose indiscutable, puisque le duc de Berry qui pourtant appelait à sa cour les artistes étrangers, comme Jean de Valence, qu’il mit à la tête de son atelier céramique de l'hôtel de Vivonne à Poitiers, n employa jamais, dit-on. d’ouvriers italiens (voir p. n5). Encore une fois, les hypothèses deviennent certitudes par raisonnement.
Mais est-on jamais en droit d affirmer quun fait ne s’est pas passé? Tant de choses restent, non pas
à découvrir.
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Itav ma*s s*mpie"
ment à réunir !
Fie , î8. - Encadrement du Couronnement de la Vierge miniature des Tris riches Heures (Musée Gondé, Chantilly.)
Un document qui a été déjà publié deux fois, d'après un manuscrit feuilleté pourtant bien souvent, va peut-être nous apprendre par quelle voie cette
influence italienne, dans une œuvre si française, a pu se manifester
ainsi à la cour du duc de Berry.
Mentionnons d’abord une pièce qui existe, parait-il, à la Bibliothèque nationale et qu’il faudrait retrouver. Signalée naguère a M. de Champeaux par M. Salveton, descendant de Pierre Amariton, chancelier du duc de Berry en Auvergne, c'est un marche passe par Pierre Amariton avec des peintres Miens pour la décoration du château de Nonette (Puy-de-Dôme). Le document original a été découvert, puis copié par M. Salveton, qui malheureusement a
LES MAITRES MINIATURISTES (iSgi-XYI* SIÈCLE) i37
égaré et cote et copie. M. Gauchery, dernièrement, a bien voulu faire pour moi appel aux souvenirs de M. Salveton qui, toujours, ne peut rien dire. Bien entendu, c’est une pièce dont nous n’avons pas le droit de faire état; mais elle laisse apercevoir cependant un peu de lumière. Je la signale simplement.
Fig. 129. — Bas d'encadrement de page Milanais. Manuscrit appartenant au comte de Leicester.
En 1 888 1 , alors qu’il n'était encore qu’accidentellement question des Très riches Heures, M. de Champeaux publiait deux pièces du plus haut intérêt. C’étaient les lettres échangées entre ce Pierre le Fruitier dit Salmon, dont nous parlions à l’instant et le duc Jean de Berry. Si on connaît le goût de ce dernier pour les beaux livres, la Bibliothèque nationale conserve un certain nombre de précieux manuscrits richement enluminés, offerts par Pierre le Fruitier au Boi son maître, et l’inventaire du duc de Berry de i4i6, nous apprend qu’il avait également présenté au Duc un très beau volume de la Cité de Dieu, qu’il eut grand soin de se faire rendre au décès du Duc, prétendant qu’il l’avait seulement confié au prince pour l’examiner. C’était un véritable artiste, qui savait d’ailleurs parfaitement flatter le goût des grands dont il avait besoin.
Or, après avoir été chargé de plusieurs missions auprès du roi