Durrieu (P.), Histoire de l’Art, t. III, p. io
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
merveilleux du commencement du xv° siècle, elles sont également un des plus précieux documents pour l’histoire générale de l’art.
Vers Parmi les livres de la bibliothèque de Sigismond de Luxembourg, i/(i6. fils de Charles IV, empereur d’Allemagne et roi de Bohême, se trouvait une traduction allemande de l'Histoire de Troie de Guido Columna ; elle est conservée aujourd’hui à la Bibliothèque impériale de Vienne (ms. 2773). Selon la tradition, ce volume aurait appartenu à Barbe de Cilly, deuxième femme de Sigismond. Il est orné de fort jolies miniatures, dont voici une des plus curieuses : les Noces de Jason et de Médée (fig. )46).
Sur une banderole on lit l’inscription allemande : Tu schon bis mey, « tu es déjà mienne ». Le linge qui couvre la petite table est brodé des lettres æiiea, assurément Mædea. Or, au bas du frontispice, le peintre a inscrit son nom : spntftnue opfqo, en lettres d’or. Comme Sigismond épousa Barbe de Cilly en i4o8 et mourut en 1437, ce manuscrit est donc à peu près contemporain des Très riches Heures de Chantilly *. (Voir aux additions le « Maître aux banderolles. »)
i4i8. A cette date, le frère Jehan Sintram, du couvent de Wurzbourg, qui avait fait un voyage à Paris, écrit et enlumine un Sermonnaire, conservé actuellement à la Bibliothèque d'Amiens (ms. suppl1. 37); il le signe ainsi :
« Quadragesimale integrum et sermones per omnes dominicas totius anni, Parisius compilatum et illuminatum per fratrem Johannem Sintram, qui fuit Barisius (sic), anno 1 4 1 8 , filius conventus Herbippolensis. »
1 . Hévesy (André de), Le Bréviaire de Sigismond de Luxembourg, dans le Bulletin de la Société française de reproduction des manuscrits à peinture , Paris, 1911, p. n3.
Fig. i 46. — Les Noces de Jason et de Médée, miniature de Martin dans l’Histoire de Troie.
(Bibl. imp. de Vienne, ms. 3773.)
Malheureusement toutes les miniatures ont été coupées, et de l’enluminure, il ne reste que les onglets et la souscription du copisteminiaturiste.
Vers L'Exposition du Burlington Club de 1908 nous a fait connaître i4a5. sous le n° 1 48, le Bréviaire d'Henry Chicheley (1 362-1 443), archevêque de Cantorbéry, terminé vers i4a5. Sur le fond de la première miniature, on lit : Si quis amat non laboral quod Herman. Comme plus loin, au bas de la miniature du P* 1 48 v° , M. Sydney Cockerell trouve encore le même nom « Hermann », il pense alors, a\ec toute raison, y voir la signature de 1 artiste qui enlumina le volume.
Vers Le comte Xavier Branicki possède dans son château de Villanow, i43o. près de Varsovie, construit au xvm° siècle par Jean Sobieski, une très belle bibliothèque. Un grand nombre des ouvrages qu’elle renferme a été acquis par le comte Stanislas Potocki, membre de la commission d'organisation du royaume de Pologne sous Napoléon I , au moment de la constitution du duché de Varsovie, et après i8i5, ministre de l'Instruction publique de Pologne.
Des manuscrits pleins d intérêt qu il a bien voulu me confier, il est un Livre d'Heures, richement enluminé, qu'il importe de comparer à un très beau manuscrit à peu près inconnu de la Bibliothèque de Lille; leur rapprochement parait devoir donner en effet de précieux renseignements sur l'école des grands miniaturistes français du commencement du xv' siècle.
Ce Livre d'Heures cpie nous appellerons Branicki-Croy , est incontestablement français; quoique de format in-8° (il mesure 226 mm. de hauteur sur i45 mm. de largeur), c’est une Grandes Heures a l'usage de Rome, comme en témoignent aux Heures de la \ierge, l’Hymne de Matines, « Quem terra, ponthus, ethera », l'Antienne après les Psaumes, « Benedicta tu », l’Antienne des Laudes; « Assumpta est », le Capitule des Laudes: « Viderunt eam ».
Au haut du P 1 v° est écrit: « Num. 72, à M. le duc de la
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI« SIECLE)
Yalière » ; au-dessous au milieu de la page, en écriture simulée du xviii” siècle: « Ces heures ont été dans la bibliothèque de Charles cinquième Roy de France et ensuite ont appartenu au Duc de Bedford, régent du royaume, qui acquit toute la bibliothèque du feu Roy conservée dans La tour du Louvre. » Malgré l’euphémisme de cette rédaction, l’inscription qui voudrait faire croire au désintéressement de Bedlort et à 1 origine royale du manuscrit est sans importance. Nous allons en effet voir dans un instant que le manuscrit est du premier tiers du xv" siècle, et Charles V est mort en i38o.
Mais il faut se rappeler que la bibliothèque La Vallière posséda effectivement un Missel ayant appartenu à Bedfort; l’admirable manuscrit, orné de cinq mille miniatures, fut adjugé 5ooo livres à la vente du Duc; il est aujourd'hui au Musée Britannique. C'en était assez, pour qu'un bibliophile du xviii0 siècle, crût augmenter considérablement par celte inscription la valeur de son volume, absolument comme le secrétaire du comte de Béthune, qui, à la même époque, ajoutait de si belles mentions royales aux livres qu’il recueillait pour son maître (voir p. 226).
Au f° 2 commence le calendrier. Dans la marge, à gauche, d’une écriture fine du xviT siècle: « n° 4 », et au-dessous, en très petites lettres: « Rothelin ». A droite, en grosse écriture du xviic siècle:
f Viva guien me mata f
fin vos vibo, y sin vos muero f
f Charles Alex" Sire et Duc de Croy. f
Au bas, l’écu des Croy, d’argent à trois fasces de gueules (le fonds d’argent est devenu noir par le temps) avec le collier de la Toison d’Or, surmonté de la couronne ducale ; de chaque côté, 16 — 18; sur une banderolle la devise:
Je maintiendray Croy et j’ayme qui maime.
Ce sont le nom et les armes de Charles Alexandre de Croy, conseiller d'Etat, surintendant des finances de Philippe III, né en i58o,
i5g les PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES
mort en 1624, neveu du célèbre duc Charles, dernier duc d Arschot, mort en 1612.
Sur la dernière page blanche du volume, en écriture du xviii” siècle: « Acheté à la vente de M. le duc de la Vallière pour 24o, quoique ce Livre vaille plus de 25 louis pour la beauté des peintures, de l’écriture et du vélin.
« Jean Benjamin de Laborde « Sr valet de chambre de Louis XV « et gouverneur de Louvre. »
Au bas on peut encore lire quelques lignes d’une inscription ancienne très effacée, dont il reste :
TG
Gaulcher écuyer sieur des fiefs . . d’Andelin et de Nan. . .
. du Roi et juge mage
au siège présidial de Chauny
Ces diverses mentions permettent de reconstituer l’histoire du volume depuis la fin du xvi” siècle, puisque nous savons que les présidiaux royaux 11e furent institués quen i55i par Henri IL
Donc nous n’avons pas à nous inquiéter du nom de Charles V. Nous commencerons avec le sieur d'Andelain, fief du Laonnais, non loin de Chauny ; nous sommes en Picardie. En 1618, il est dans la bibliothèque du duc de Croy ; le n" 4 et le nom de Rothelin nous apprennent qu’il appartint à Charles d’Orléans, abbé de Rothelin, littérateur, membre de l’Académie française, né en 1691, mort en 1 744 dont la bibliothèque formée de livres rares est demeurée célèbre. De là, il passa dans la bibliothèque de Louis César de la Baume le Blanc duc de La Vallière, l’ami des livres et des lettres, qui laissa une immense bibliothèque, la plus belle peut-être, quun particulier ait jamais formée. Ce manuscrit fut acheté à la \ente La Vallière de décembre i783 par Jean Benjamin de Laborde, valet
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI- SIÈCLE) ,5g
de chambre de Louis XY, gouverneur du Louvre, musicien et polygraphe qui périt sur l’échafaud en 1794*.
On sait qu’à celte époque nombreux furent les trésors d’art français qui passèrent en Russie : nous avons vu plus haut l’histoire du Livre d'Heures de la reine Jeanne de Bourgogne, aujourd'hui à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg, acquis en France par Pierre Doubrowsky. C est ainsi probablement que le comte Stanislas Potocki (1754 f 1821) fit entrer notre Livre d’Heures dans sa bibliothèque.
Le manuscrit est certainement français : quelques passages précisent son origine. A l’Elévation de la messe on lit: « Quiconques dit ceste orison qui s’ensieult quant on exauce le Corpus Domini, il a iim ans de pardon. » Et plus loin : « Les VIII vers Saint-Bernard : Illumina oculos meos. »
Le calendrier va nous fournir d intéressants renseignements ; les noms des saints y sont en effet écrits, en or, en bleu, en rouge et en noir. Si les noms en or sont ceux des grands saints honorés dans toute la chrétienté, on y trouve également ainsi écrit, trois fois, le nom de sainte Valtrude (3 février, 9 avril, 12 août): au 9 octobre, celui de saint Ghullain (Gbislain). Or, sainte Valtrude, honorée à Mons, en Haynaut, était la patronne des chanoinesses de la Grande Eglise de cette ville, et saint Ghislain, évêque, quitta son évêché pour se retirer dans un monastère qu’il avait fait bâtir en Haynaut.
Parmi les noms en couleurs, il faut retenir trois fois saint Valéry (29 janvier, 1" avril, 12 décembre) écrit en bleu. Abbé et disciple de saint Columban, il est honoré à Amiens où est son tombeau. Mais en réalité il ne doit être retenu que deux fois, le saint Valéry du 29 janvier pouvant être saint Valère, évêque, disciple de saint Pierre, dont la fête se célèbre précisément ce jour-là à Trêves. Au 4 février nous avons en rouge, saint Hiffard (Lifard), de Gonnelieu,
1 . Il est même possible de donner ici quelques précisions. Le Catalogue de la vente La Vallière tenu très au courant par M. Couderc, nous signale au t. I, sous le n° 296 ( Théologie ), notre manuscrit; et les prix de la vente nous apprennent qu’il fut acheté par Lamy, commissionnaire, pour 72 livres 1 sol. Il a donc passé par un intermédiaire avant d’entrer dans la bibliothèque de Laborde.
dont le corps, apporté de Trécaut, a été honoré à Honnecourt durant plusieurs siècles et ensuite à Saint-Quentin au monastère de Saint- Prix. Au 25 février, c'est sainte Altrude, abbesse de Maubeuge ; au
8 mai, saint Liénard, patron des tonneliers de Bruges; au n mai.
sainte Beghe,
saint Gengulf, honoré à Florennes, en Namurois
sœur de sainte Gertrude est mentionnée en bleu deux fois (7 juillet et 17 décembre), elle était honorée à Andenne, aux Sept Églises. Au 5 septembre, saint Bertin en bleu, honoré à Sithieu près T érouanne ; au 7 septembre, encore en bleu, sainte Maldeberte, troisième abbesse de Maubeuge, dont les reliques sont vénérées à Liège; toujours en bleu, sainte Thècle (12 et a3 septembre) ; saint Amé, honoré à Douai, dont la fête est le i3 septembre, est ici inscrit le 19 octobre ; le 7 novembre, saint Vilbrord, évêque d'Utrecht. honoré en Frise; le 16 novembre, saint Orner, évêque de Térouanne, fêté d’ordinaire le 9 septembre ; enfin saint Amand, évêque de Maestricht, est inscrit au 17 novembre quand on le fête ordinairement le 26 octobre. Ces saints, tout a tait locaux, indiquent bien une origine du Nord de la France ; le premier nom de possesseur inscrit au xvf siècle est d’ailleurs p^ard.
Le manuscrit est enluminé de douze miniatures mesurant 60 millimètres de largeur sur g5 de hauteur.
C’est • la Crucifixion, la Pentecôte, V Annonciation, la Visitation, l Annonciation aux beraers à Primes, la Nativité à Tierce, i Adoration des Mages
"feRAMiivCl
ciiclio Mél> .
Fie. i47. — L’Annonciation, miniature des Heures Bramcki- Croÿ.
(Bibl. du château de Villanow, près de \arsovie.)
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
à Midi, la Présentation au Temple à None, la Fuite en Égypte à Vêpres. le Massacre des Innocents à Compiles, David aux Psaumes, la Résurrection de Lazare à l'Office des morts. Leurs fonds quadrillés, leur technique, permettent de les attribuer au premier tiers du xve siècle.
Elles sont entourées d'un large encadrement à fond d'or, orné d’entrelacs géométriques et de fleurettes : la marge blanche est couverte de petites fleurs fines essentiellement flamandes, telle l'Annonciation (fig. 1/17). Dans le bas, il y a quelques détails décoratifs qu’il
Cliché Méty.
Fig. i48. — La Insurrection de Lazare, miniature des Heures Branicki-Croÿ .
(Bibl. du château de Villanow.)
Cliché Mély.
Fig. i4c). — Miniature de la XLV° Nouvelle du Décameron de Boccace.
(Bibl. do l’Arsenal, ms. 5070.)
importe de mentionner. Par exemple dans T Annonciation, un vase de violettes, dans la Présentation des encolies et un paon faisant la roue, dans l’Adoration des Mages des rinceaux de feuillages qui rappellent les L. V. des manuscrits du seigneur de La Gruthuyse, dans l Annonciation aux bergers, un aigle qui s’épluche.
Les détails de technique sont extrêmement curieux : l’Annonciation aux bergers, par le rouge éclatant des robes des bergers, par le bleu de la robe de la femme, qui, surprise, laisse tomber sa cuillerée de lait : la Résurrection de Lazare (fig. 1 48), par les jupes bleues et rouges des femmes, par le violet de la robe du Seigneur ; la Fuite en Égypte
De Mély. 2t
Cliché Mély.
Fig. i5o. — Marque de l'imprimeur Berchtoldus Rcmbold (Paris, xv« siècle).
est très particulière avec son fond de nier ; la robe violet claii bi ochée d’or du Grand-Prêtre, dans la Présentation, est de l’effet le plus délicat.
On a voulu les rapprocher des enluminures du beau Décameron de l’Arsenal (ms. 5070). Mais dans ce dernier volume les miniatures sont de plusieurs mains et je ne trouve réellement à leur comparer que celle de la \L\ Nouvelle
Le manuscrit 3i5 de Lille en est au contraire bien plus proche. C’est un livre des « Diz moraulx des philosophes, translatés de latin en françoys par noble homme monseigneur Guillaume de Tygnonville, conseiller et chambellan du Roy, nostre Sire. « Il est enluminé de dix-sept miniatures représentant des philosophes qui ne sont certes pas exécutés par le même artiste. Les deux premiers sont excellents, les derniers tout a fait inférieurs. Mais tout 1 intérêt doit se porter tout d’abord sur l’encadrement de la première page où, dans les entrelacs très fins, se mêlent des lettres majuscules, qui ont peut-être, comme on dit, « la prétention d’imiter 1 Antique », mais qui forment cependant un nom bien lisible placé en vedette, au bas de la première page, comme 99nttimi6 optfrp (p. io5). comme une remarque d’imprimeur, par exem pie celle de Berchtoldus Rembold, du xv” siècle1 (fig. i5o). Il est
1. Sylvestre (L.-C.), Marques typographiques , Paris, Renou, 1867, in-8, p. 3.
Fig.
Première page dos Diz moraulx des philosophes. signée Johannes.
(Bibl. de Lille, ms. 3i5.)
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE)
impossible de n’y pas lire JOHANNES (fig. 1 5 1 ), qui ne saurait en rien s’appliquer au sujet, puisque c'est le « Dit de Sédéchias. »
Là, sous un baldaquin, un petit personnage présente au lecteur, un volume. Or voici ce qui est ici très frappant. Si nous comparons l’encadrement très compliqué et très spécial de l'Annonciation des Heures Branicki-Croy (fig. 1 47), avec ce frontispice, nous allons les trouver tellement identiques, qu’il est pour ainsi dire possible d’appliquer les lignes géométriques des enlrelacs les unes sur les autres : ce qui est déjà intéressant. Puis si nous rapprochons de la figure du petit personnage assis sous le baldaquin (fig.
1 5 1), celle du petit personnage debout derrière Hérode, dans le Massacre des In¬
nocents (fig
2), il faut reconnaître
Cliché Mély.
Fie. i5a. — Le Massacre des Innocent3 • miniature des Heures Branicki-Croÿ .
(Château do Villanow.)
quelles se ressemblent étonnamment, à croire que c’est le portrait
du même personnage. Si plus loin nous examinons la figure du Christ de la Résurrection de Lazare (fig. 1 48) et YHermès du Diz des philosophes (fig. 1 53), nous avons encore là les points de contact les plus curieux, comme technique, comme geste, comme figures même. Enfin, quand nous constaterons que les fonds sont les mêmes, que tous les deux proviennent du Nord de la France, on sera forcé de reconnaître là une étroite parenté. Et comme avec toute vraisemblance, ce nom de Johannes est celui de l’artiste qui a exécuté le manuscrit de Lille, nous pourrions sans imprudence, je pense, attribuer également les Heures Branicki-Croy à ce même miniaturiste, le très habile Johannes.
Fig. 1 53. — Hermes. miniature des Di.
moraulx des philosophes.
(Bibl. de Lille, ms. 3 1 5 .)
L'atelier de cet artiste nous qu’il est impossible de ne pas
Cliché Met)-.
Fig. i 54 . — Adam et Èoe. Livre d’ Heures de la bibliothèque du comte \. Branicki.
(Château de Villanow.)
le Calendrier, sont page du Calendrier nous montre au bas un personnage qui de la main nous désigne l’inscription de son enseigne (fig. i55);
malheureusement jusqu’ici je n’ai pu la déchiffrer.
fournit d’ailleurs d'autres manuscrits lui rattacher. Il a passé au mois de mars chez Belin, un volume d Heures, qui sont le double de 1 exemplaire Branicki-Croÿ, comme dessin, comme ornements, comme couleur : quelques miniatures, par exemple, sont des reports ; c’est-à-dire que les personnages de droite sont à gauche, parce que le décalque a été frotté à 1 envers. Enfin, un autre volume de la Bibliothèque Branicki, que j appellerai les Heures d’Adam et d Ève, présente cette particularité, que si les miniatures du corps des Heures mêmes sont bien l’œuvre de cet atelier, la première miniature représentant Adam et Ève sous un véritable pommier et non, comme si fréquemment, sous un oranger (fig. i54), ainsi que à fait différente. Et la première
d'une facture tout
Cliché Mély.
Fig. i55. — Bas de la première page du Livre d'Heures
1 admirable petit Livre d’Hell- d,4dom.fd'Eue,delabibliolhè<pcducomteX.Brani<ii.
-L< cl 1 (Château de Villanow.)
res de Catherine de Clèves qui devint duchesse de Gueldre, en i43o, date donc du premier tiers du xvc siècle. Il appartient à Mgr le duc de d’Arenberg (n” 71 de sa bibliothèque à Bruxelles). Il ne porte aucune signature ; mais la
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI" SIÈCLE) i65
miniature de lête est si extraordinairement belle, si complètement de l’Ecole du Nord, sans aucune influence étrangère, si supérieure à toutes les autres enluminures de cette époque — sans en exceriter une — que je ne puis m’empêcher de publier cette Vierge aux pieds de laquelle est agenouillée la duchesse de Clèves (fîg. 1 56), qui laisse si loin derrière elle les autres œuvres flamandes, et ferait presque penser, si on l’osait, aux meilleures pages attribuées à Hubert van Eyck.
Le frère Louis des Prieurs était moine de l’abbaye bénédictine de Saint-Pons-hors-les-murs de
Nice quand en 1/107, U°" Fio. |56. — La Vierge des Heures de Catherine de Clivu.
vembre, il acheva l’enluminure d’un (BiW' de Mgr d“° 'i'Aronborg' BruIclle,,•)
Josèphe (fig. 167). que Jean des marquis Palaviccini, venait de copier pour son oncle, le marquis Jean Galeas de Saluées (Bibl. nat. ms. lat. 5 060). Le volume se termine ainsi :
Cliché Mély.
Fig. i57. — Grande lettre enluminée, du Joscphc et signature de Louis des Prieurs. (Bibl. nat., ms. lat. 5o6o.)
G Per me Johannem Baptistani ex marchionibus Palavicinis genere, patriaque Cremonensem, hec in lucem carmina prodita sunt. .. Presens opus miniavit frater Ludovicus de Prioribus deNicia, Provincie Provenciæ, ordinis sancti Benedicti, M° CCCC" XXXVII" die XV“ Novembris. »
i44o. En 1888, le comte P. Durrieu signalait aux Antiquaires de
I. Il figure dans un acte du i4 septembre 1428, inséré au Chartrier de l’Abbaye de Saint-Pons.
France ( Bulletin , p. 3oi) un manuscrit de très grand lormat, une Traduction de TiteLive par Pierre Berchuire, reliée aux armes deLaVieuville. qu’il venait de trouver dans les collections de Cheltenham.
« Ce volume, orné de quatre-vingt-cinq miniatures, se termine, dit-il, par une note précieuse, qui après avoir indiqué comment le manuscrit a été transcrit d'après un exemplaire venant du roi Jean et prêté à Jean 111 de Vy par le fameux Beaudricourt, le protecteur de Jeanne d’Arc, mentionne encore le nom du copiste et, circonstance beaucoup plus rare, celui de 1 enlumineur. »
«... Lequel dit Jean de Vy, le fit contre escripre par maistre Jehannin de Rouen l’escripvain. Et fust le dit livre enluminés par maistre Henri d’Orquevaulz et fust parfait et affenis en l’an Mil IIH0 et XL. »
Dans la peinture finale, ajoutait M. P. Durrieu, Henri d’Orquevaulz s’est représenté à l'œuvre. C’est le plus ancien exemple à date précise et à attribution indiscutable qui ait encore été signalé de portrait d’un artiste français peint par lui-même.
Il n’est pas inutile alors de rappeler que bien d’autres artistes ont précédé Henri d’Orquevaulz dans cette voie. Tels pour n’en signaler que quelques-uns que nous venons de voir : Rabanus, Dunstan, Siger, Félix, Issenbardus. Fortin, Rufilus, qui depuis le Haut Moyen Age se représentèrent à leur chevalet, moins habilement peut-être, mais aussi indiscutablement.
i44ï. Le Graduel noté, à l’usage de l’église métropolitaine de Tours est un énorme in-folio de 248 feuillets, mesurant 680 millimètres sur 5 10. 11 porte le 11° 208 du Catalogue de la Bibliothèque de Tours.
A la page 72, on peut admirer une charmante petite miniature représentant la Nativité. Sur la tenture qui garnit le fond de l’étable, on lit sur une bande : M* G. PICART (fig. i.>8).
« Ce nom, dit M. Collon, est probablement celui du donateur. C'est sans doute de lui que fait mention YObituaire de la cathédrale de Saint-Gratien : « Idibus Odobris. Hac die obiit venerabilis et circum-
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE) 167
« spectus magister Gillermus Le Picart (memoralur apud Maan anno i44a), « quondam canonicus et thesaurarius ecclesie Turonensis. »
« On remarque aussi les armes des Le Picart, qui sont d’azur au lion grimpant d'or, armé et lampassé de gueules.
« A la page 88, une miniature représente l 'Adoration des Mages et les armoiries du chanoine Le Picart. »
Que ce G. Picart puisse être identifié avec le chanoine Le Picart et soit le donateur du manuscrit, rien ne s'y oppose. Mais en même
tic. i58. — Lettre avec miniature du Graduel de la Bibl. de Tours, signée Me G. Picart.
temps, toutes les inscriptions identiques que nous venons de voir, que nous verrons, indiscutablement admises comme des signatures, nous permettent de présenter G. Picart comme l’auteur même de la miniature. Ne savons-nous pas d’ailleurs combien de chanoines furent miniaturistes? N’y avait-il même pas dans les chapitres, des places réservées par les évêques, aux calligraphes, aux verriers, aux sculpteurs, aux émailleurs, aux peintres1. Nous pouvons dès maintenant pour Tours même, nommer Jean Poyet, que nous allons
1. Dès l’année io5i, Geoffroy de Champelleman, évêque d’Auxerre, avait créé dans sa cathédrale, trois prébendes de chanoines, dont l’un devait être peintre, l’autre verrier, le troisième orfèvre.
l68 LES PRIMITIFS ET LEURS SIGNATURES
trouver aux Heures d'Anne de Bretagne, et François de Mazères, qui furent précisément chantres à Saint-Martin de Tours. Enfin en quoi cette inscription secarte-t-elle de celles que les plus savants critiques ont admises sans conteste? ALEXANDER 2% que M. P. Durrieu présente comme l'auteur d'un Boèce (fig. g5), est-il inscrit dilléremment?
En faisanl les recherches nécessaires pour 1 identification du merveilleux miniaturiste siennois Filippus dont on trouve le nom insciit
sur le galon du vêtement d’un cavalier de l Adoration des Mages des Très riches Heures du duc Jean de Berry (fig. i46), mes fiches m’ont conduit à la Bibliothèque de
Cliché Mély.
Fie. 1 5g. — Signature du scribo Filippus. Souscription du ms. 6aa de la Bibliothèque do Carpentras.
naguère, en effet, un manuscrit enluminé, le n°622, un Boccace. Des cas des nobles hommes et femmes, portant en souscription au F 2&o, le dernier, ce distique (fig. i5g) :
u Si Fi ponatur et ly simul addiciatur,
« Et pus addatur, qui scripsit ita vocatur. »
« Si d’abord vous écrivez Fi, puis qu’après vous mettiez ly, enfin «pie vous ajoutiez pus, c'est le nom de celui qui a écrit ce livre. » C’est-à-dire Filypus.
Comme au f° i, on lit : « Ci commence le premier prologue du translateur du livre de Jehan Boccace Des cas des nobles hommes et femmes. A puissant, noble et excellent prince Jehan, fils du roy de France, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou, d’Estampes, de Boulongne et d'Auvergne. Laurent de Premierfait, clerc etvostre moins digne secrétaire... », il était indispensable de l'étudier de très près. Laurent de Premierfait a en effet traduit, avec Antoine d’Arezzo, plusieurs livres italiens, entre autres le Dècaméron de Boccace (Bibl.
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
nat. , ms. fr. 129), au frontispice duquel il est représenté, du côté droit traduisant son ouvrage, et du côté gauche l’offrant au duc Jean de Berry. 11 fallait donc voir, d’abord si le volume de Carpenlras nelail pas par hasard le Cas des nobles hommes et femmes, le n° 993 de 1 Inventaire de la bibliothèque du duc de Berry, auquel il fut olferl le i" janvier i4io, aux étrennes, par l’évêque de Chartres : puis, l’identification faite, examiner si les enluminures n’auraient pas quelques rapports avec la miniature signée Filippus que j’avais rencontrée. Le très aimable bibliothécaire de Carpentras a bien voulu, avec une bonne grâce dont je le remercie vivement, m’adresser en communication le manuscrit pour que je pusse l’examiner, le photographier à loisir. Ce qui m’a permis de constater immédiatement que, l’ouvrage étant une copie des environs de 1 44 o, l'élude sur Les Très riches Heures du duc de Berry n’avait rien à lui demander. D'ailleurs le manuscrit du duc de Berry commençait au f° 2 par : « Ils oni
plaisir », et ces mots, dans le manuscrit de Carpentras, sont en bas de la première colonne du f' 2.
Par exemple, les cinq miniatures qui restent d’une enluminure certainement beaucoup plus riche dans le principe, sont lellemenl personnelles, tellement étranges pourrait-on dire, que, bien que n’ayant aucun renseignement sur elles, il me semble utile de les publier au passage, de les détailler, parce qu’elles apportent à l’histoire de l’art une note aussi particulière qu’imprévue.
Le manuscrit est un in-folio qui mesure 36o millimètres sur 260; il est écrit à deux colonnes ; il est décoré de cinq miniatures de 9 cenlimètres de largeur, — celle des colonnes d’écriture; — les trois premières ont 9 centimètres de hauteur, la quatrième 10, la cinquième 9, 5. Elles sont au f“ 6 v°, 9 v°, 12, 1 36, 221 v°. Quand on voit les trois premières aussi rapprochées, on peut s’étonner de la distance qui les sépare de la quatrième, 124 pages, de la cinquième, 209 pages. Mais on peut observer alors qu’au f° 26 se trouve un emplacement blanc, sans rayures, destiné à recevoir l’enluminure d un chapitre intitulé : « Ce XVIIIe chapitre raisonne contre les
De Mély.
,7o les primitifs et leurs signatures
femmes, en racontant leurs vices et leurs barats [ruses] ». La rédaction en est des plus amusantes; leurs coquetteries sont drôlement narrées, comme leurs séductions « pour recouvrer leur seigneuiie perdue par le divin jugement, duquel d ailleurs les femmes ne tiennent compte : elles s'efforcent par leur nouvelle subtilité de la reconquérir sur les hommes et pour cela entendent et veillent à avoir la face luisant par couleurs vermeilles et unies, à avoir les yeux longs, pesants et vers, la chevelure jaune comme l'or, la bouche ronde, le nez long, le col blanc et poli comme ivoire, qui soit droit et élevé sur deux rondes épaules, la poitrine enflée par deux tetins, ou vrais, ou contrefais, durs et ronds, les bras longs, les mains déliées et tenues, les doigts étendus et le corps gresle et petit ». Malheureusement le peintre ne l’a pas enluminé.
Au f’ 3i, un onglet, tranché d’un coup de canif, permet de supposer là, autrefois, l’existence d’une miniature qui a été enlevée ; également un onglet au f° 99, sur lequel on aperçoit le commencement de lignes d’écriture; encore un onglet au L 108; nous en verrons enfin un au f° 169.
Le manuscrit devait donc ainsi être orné de neuf nnniatuies terminées, et d’une qui ne fut pas peinte. Il faut faire remarquer que certainement la fin du volume devait recevoir moins d'enluminures ; car, tandis qu’au début les magnifiques initiales à fond d or
au nombre total de 188 — mesurent seulement 4a millimètres de
côté, elles augmentent d importance à mesure quon avance, jusqu à fournir, avec 58 millimètres de côté, une véritable décoration, et des plus riches.
La première miniature (fig. 160) orne le f° 6. LUe représente le Paradis terrestre entouré d'une muraille grise. D'une tonalité verdâtre, d’une douceur exquise, nous y voyons, d un côte, Adam et Eve au milieu d’une prairie d'un vert très gouaché, au pied de l’arbre de la science. Adam a les cheveux blancs, Eve la chevelure fauve. D’un geste charmant, elle tend à Adam le fruit défendu, qui est une orange. D’une carnation blanche, très légèrement teintée de vermillon
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI* SIÈCLE) i7,
et de laque rose, ils se détachent sur le ciel, indiqué d’une ligne bleuâtre. Dans les airs, l’ange, dans les mêmes tons, tient une épée bleue pour les chasser par la porte qu’ils franchissent. Dans cette grisaille verte, si sobre, seul se détache, en une note brillante, le serpent féminin qui, ventre jaune de Naples, dos vermillon citron, s’accroche au tronc de l’arbre chargé de fruits d’or.
Fig. 160. — Le Paradis terrestre. Miniature du Boccace .
(Bibl. do Carpentras, ms. 62a.)
Fig. 161. — Cadmus fonde Thèbes. Miniature du Boccace.
(Bibl. de Carpentras, ms. 623.)
Cette discrète opposition de valeurs, si nécessaire, mais si juste, est l’œuvre d'un coloriste du plus grand talent. Et elle est si voulue, si peu l’effet d’un heureux hasard, que dans toutes les autres miniatures, exécutées chacune dans une harmonie colorée différente, nous allons la retrouver; et c’est elle surtout qui fait de ces quelques pages inconnues, un groupement du plus haut intérêt artistique.
La tonalité de la deuxième miniature (fig. 161) est un bleu délicieux : « Le VL chapitre contient le cas de Cadmus roy et fondateur de la cité de Tlièbes » (f° 9).
Au premier plan, le fils d’Agénor, Cadmus, vêtu d’un surcot de brocart dor brodé de fleurs bleues, monte un cheval rouan vigoureux, très curieusement campé. Sa figure est extrêmement énergique, il tient d’une main ferme son bâton de commandement. Derrière lui est une chapelle bleue; dans l’intérieur, un tombeau surmonté de la
J73 les primitifs et leurs signatures
statue d’un chevalier debout : c’est l'oracle d’Apollon à Delphes, qu’il vient de consulter. 11 poursuit la vache qui doit le conduire à l’emplacement où il va fonder Thèbes.
Tout à fait différente est la troisième miniature (fig. 162), d une tonalité lilas, brillante, riche de couleurs, pleine de détails dans les costumes les plus élégants (P 12).
Cliché Mély.
Fig. 162. — Œdipe épouse Jocasle. puis se crïue les yeux. Miniature du Boccacc.
(Bibl. de Carpentras, ms. 622.)
c-.iché Mély.
Fig. i63. — La Fortune. Miniature du Boccace. (Bibl. de Carpentras, ms. 622.)
« C’est le VIIIe chapitre qui contient le cas de Jocaste, royne de Thèbes. »
Jocaste, femme de Laius, roi de Thèbes, et mère d OEdipe, épousa, dans la suite, son propre fils, qui avait tué son pere. Elle en eut quatre enfants: Etéocle et Polynice, Antigone et Ismènc. Ayant découvert l'inceste quelle avait commis, elle se pendit de désespoir, pendant qu’OEdipe se crevait les yeux.
C’est cette dernière scène cpii est ici représentée. A gauche, dans l’intérieur du palais, dont la chambre à coucher est tendue d une riche étoffe lilas, OEdipe, ayant deviné l’énigme du Sphinx et devenu ainsi le mari de la Reine, déshabillé, fait sa prière au pied du lit; Jocaste, vêtue cl'une robe bleue bordée d'un ricbe orfroi, commence à se dévêtir. A l'extérieur du palais, dont les murs sont en briques
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)
rouges, OEdipe, dans un magnifique vêtemenl de brocart lilas broché d’or, est entouré de ses deux enfants, Etéocle et Polynice, et, « triste, et, doulant de la mocquerie de ses deulx fils. Irait hors les deulx yeux de sa teste » .
La quatrième miniature (f° 1 36) représente la Fortune (fig. i63). La tonalité en est rose sèche.
Au haut d’un perron à double rampe qui surmonte une haie ornée des ferronneries les plus fines, la Fortune, tenant sa roue dans la main gauche, est assise dans une chaire. Sa robe est feuille de rose sèche, brodée de délicates feuilles d'or. De la main droite, elle appelle à elle, par l'escalier de gauche, « hommes et femmes pour les ven (vaines) œuvres mondaines ». Mais, à peine arrivés à ses pieds, ils dégringolent les marches de l’escalier de droite.
La délicieuse petite femme, coiffée du hennin, vêtue d'une robe bleue, paraît tomber moins brusquement que les malheureux hommes, qui, eux, font une pénible chute. L artiste en la peignant s'est certainement souvenu des barals dont il a été question plus haut ; dans ses atours élégants, elle semble « ne tenir aucun compte du Jugement divin », et, si elle se mord les doigts, sa mine, aussi fidée qu’éveillée, semble bien disposée à recouvrer prochainement « la seignorie perdue » .
Mais si la punition n est point ici trop cruelle, voici le châtiment terrible (fig. if>4).
« Le premier chapitre contient en brief le cas de Brunichilde, royne de France » (f° 221).
Dans une prairie d'un vert très doux, semée d'ossements blanchis.
Cliché Mély.
i64. — Le supplice de Brunehaul. Miniature du Boccace. (Bibl. de Carpentras, ms. 62a,)
Brunehaull, vêtue d'une robe rose sèche, brodée d’or et bordée d hermine, est tirée à quatre chevaux rouans et blancs, en damier. Dans
une tribune, au fond, le roi Clotaire assiste au supplice. La tonalité très douce de la miniature est relevée avec un goût exquis par deux touches brillantes de rouge, le bonnet du cavalier de gauche et les chausses du cavalier du premier plan.
Vainement, dans létal de nos connaissances actuelles, on tenterait de donner quelques renseignements sur 1 artiste, auteur de ces pages si intéressantes. Il y a là un mélange d’écoles très diverses. O11 ne peut nier l’ensemble très français ; mais très volontiers, si on me parlait d’influences espagnoles, je n’y ferais pas d’objections. J’y vois des souvenirs du Martyre de saint Georges du Louvre (fig. 1 65) dans la croupe de la vache qui fuit devant Cad mus, dans la raideur de Brunehault écartelée. Si les coiffures féminines sont celles de la cour de France vers i44°- le bonnet des hommes rappelle celui des capitouls de Toulouse. Il se pourrait donc que le manuscrit ait été exécuté dans le Midi, mais du côté de l’Espagne. J’y trouve aussi un bien curieux rapprochement à faire entre la reine Jocaste (fig. 162) et la sage-femme de
. — Le Martyre de saint Gconjes.
(Musée du Louvre.)
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE)
\' Histoire d’Hercule, la belle tapisserie du Musée du Cinquantenaire de Bruxelles (fig. 1 66), qui a soulevé la si curieuse question, non encore résolue, de ses origines flamandes ou françaises. Notre manuscrit viendrait-il fournir à la discussion quelque renseignement imprévu? En tout cas, nous ne pouvons faire autrement que d’admirer ici la maestria d'un grand artiste français ; son œuvre délicate pose un problème assez curieux pour que ces fines peintures méritent de prendre une place très caractéristique dans l'histoire de la miniature française.
Le comte P. Durrieu, dans les Œuvres de jeunesse de Fouquet (Centenaire des Antiquaires de France), a signalé à la Bibliothèque de Genève un autre Boccace (ms. fr. i g i ), également signé PIIYLIPPUS. Les miniatures qui le décorent n’ont aucun rapport avec celles du manuscrit de Carpentras; mais il faut faire bien remarquer que le PII Y de PHYLIPPUS est écrit sur un grattage, que les trois lettres sont extrêmement serrées, qu’il est fort probable quelles en ont remplacé deux. FI sans nul doute. Mais pourquoi ce grattage, pourquoi cette substitution, dont le motif est vraiment difficile à saisir? Nous n’avions pas Je droit de passer la chose sous silence.
i l'Hercule .
(Tapisserie du Musée du Cinquantenaire, à Bruxelles.)
1 44 7 - M. Janvier a étudié naguère dans les Mémoires des Antiquaires de France (i8go), le Livre des propriétés des choses de la Bibliothèque d'Amiens (ms. 399). M. Coyecque, dans le Catalogue de la Bibliothèque d’Amiens, en a donné une excellente description, je ne saurais mieux faire que de la reproduire.
« Barthélemi l’Anglais. Le Livre des propriétés des choses. Traduction de Jean Corbichon. Parchemin de. 296 feuillets à deux colonnes. Initiales de couleur sur fond cl’or ou d’or sur fond de couleur, encadrements. Miniatures fort belles et très curieuses.
« Au fol. 296 v° on lit: « Cy finis! le Livre des propriétés des choses. Jean de Chalon (autographe). Ce Livre des propriétés fut escript l’an de grâce mil quatre cens quarente et sept, par le commandement de très honnoré, puissant et redoubté seigneur messire Jean de Chalon, seigneur de Viteaulx, de l’Isle soubz Mont Real et de plusieurs autres places. Et je, Estienne Sauderat, natif de la cité d’Aucerre, escripvain et humble serviteur de mondit Seigneur, l'ay escript et enluminé comme il appert. — Anno Domini millesimo quadringentesimo quadragesimo septimo, iste liber scripsit de Saudretis natus, Stephanus nomine vocatus. Sauderat. Ita est1. « (fig. 167).
C- finit Vp»p:ictrrfurc(cnpr f.inbr . jrnatt 4»lf. optant <016 l'jii.unitrrt’
fcpffSor fc conflit. uihrmn» br tirflimivJît
pmjjiint et kkr^ul'irfoflittni üvJfut}<L«n «don %<ittfKiirorWbHi(vfer lijc nie 11 fi |\Aif et ctpfnf'«nf aiittw pf.utt-JJÇi tg r)< cftinnic VnV.Mr iwnfV: tinK^1"0* ( cfnipii.ini trl’iiml'&foiiitnirVfW»®A»t^**‘ ^ r.tv «fctiptcroifiiuimc nmunt iTitjpat|G
J T'A imoitonimi inill<fiino.'.'ju.i^nnqrn«^® mij&trpUuni* nenttnewcaid#-
K. j‘.m1>:ct»‘ii.mifStrpl
Li ' ' 4 ■ De la même date est l 'Histoire de la
Toison d’or, le superbe manuscrit fr. ,38
(Bibl. d'Amiens, ms. ^ ^ BibU()thèque nationale. Sur UUO
bande de la tenture du fond de la miniature du frontispice on lit (fig. 168):
PAVO M»447 BEV.
Bevindene n flamand, signifiant invenire, nous devons donc lire
PAVO M° 447 BEV[INDET], comme au bas de tant de gravures : Inv[enit].
Ce nom de Pavo est très connu. C’est celui de toute une dynastie de miniaturistes de Bruges qui se retrouvent dans le Keuren sous le nom de Pau, Paeu, Peau, pendant la deuxième moitié du xve siècle. Pauw en flamand veut effectivement dire paon, en latin pavo. Nous lisons dans les registres de la Gilde de Saint-Luc, sur cette famille,
Fig. 168. — La signature de pavo sur tispice de la Toison d'or.
(Bibl. nat , ms. fr. 1 38.)
Archives de l’Art français, l' sér., 1. 11, p. 3g3.
Première
moitié
du
xv* siècle.
Vers
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI* SIÈCLE)
dont un descendant M. Depaw, un des spirituels dessinateurs de notre époque, demeure actuellement à Paris, les renseignements suivants :
« i46o, François de Pau, admis à la maîtrise, reçoit pour élèves, en i465, Pierre Willemssœne; en 1469, Louis van Hackere ; en 1475, Pierre Roozel ; en 1478, Jean Wouters et Jacques de Paeu; en 1489, Thierry Claerbout ; en 1497, Liévin van de Watere.
« 1469, Jean de Paeu.
« 1478, Jacques de Paeu, fils de Josse.
« 1498, François de Pau reçoit pour élève Nicolas van Risselle.
« 1509, Roger de Pau admis à la maîtrise.
« 1 5 1 3, Richard de Pau admis à la maîtrise.
« 1537, Pierre de Pau admis à la maîtrise.
« 1 534, Daniel de Pau admis à la maîtrise. »
Nous ne parlons pas des élèves miniaturistes formés par les de Pau après i5oo.
La signature Pelrus Gilberti me fecit se trouve dans une Bible lustoriale (ms.
n° 9001, f. 20 v°, de la Bibliotheque de Bruxelles) au-dessous de la miniature reproduite ici (fig. 169). Elle a été découverte il y a deux ans par M. Hans Vollmer qui la publiée dans le Reperlorium für Kunstwissenchaft (igio, p. 234) et qui fort aimablement m'en a communiqué le cliché photographique que je puis ainsi donner.
Voilà qu'à propos d'un délicat manuscrit de la bibliothèque d Aix-en-Provence (n° 22), écrit et enluminé aux environs de 1 455 ,
De Mélt. •>
Cliché Hans Vollmcr.
I'ig. 1G9. — Miniature et signature de Pelrus Gilborti dans une Bible hisloriale.
(Bibl. de Bruxelles, ms. 9001.)
I7g les primitifs et leurs signatures
il me faut faire encore, comme pour Les Très riches Heures de Chantilly, une incursion dans le domaine de la peinture. C’est en effet l'admirable Retable de Boulbon, aujourd'hui une des pages les plus précieuses de la Salle des Primitifs français du Louvre, qui m’a mis sur la trace de l’artiste qui décora le charmant Livre d’Heures de la Méjane.
Le Retable de Boulbon n’a pas figuré à l'Exposition des Primitifs français de 190L Non pas qu’il fût demeuré inconnu; l’ahbé Requin, l’érudit passionné des œuvres d'art de la Provence, n’avait eu garde de l’oublier ; bien au contraire, il fut envoyé à Paris. Mais quand il arriva, il apparut dans un si lamentable état, que le temps materiel devait manquer pour le réparer, même sommairement, et le mettre en élal de figurer dignement à côté des chefs-d œuvre que la tenace persévérance de H. Bouchot avait réunis au Pavillon de
Marsan.
Plus tard, comme les parties les plus importantes du tableau, les personnages principalement, n’avaient pas trop souffert des injures du temps et des hommes, on admit qu’une indispensable restauration, qui enlèverait d’abord la crasse formée de poussière et d’humidité, qui rendrait ensuite aux ors leur valeur, qui ferait enfin réapparaître la finesse de la peinture, qui surtout consoliderait le panneau de noyer sur lequel il était peint s’imposait1. Mais il était aussi impossible de confier une page semblable à un ouvrier de province que d’imposer un pareil sacrifice au conseil de fabrique de Boulbon, petit village des Bouches-du-Rhône, près de Tarascon. Seul le Louvre pouvait se charger de l’opération nécessaire.
Les choses tournèrent au mieux pour le tableau, pour 1 art, poulie conseil de fabrique. Ce dernier impuissant à sauver son malade, suivant l'expression de Bouchot, consentit à l'abandonner moyennant un prix raisonnable au Comité de l’Exposition des Primitifs français qui, voulant célébrer dignement les heureux résultats de
, Bouchot en a publié une reproduction avant la restauration dans la t. XXXI (i9o4), p. 44g. - L'abbé Requin en a donné la môme gravure,
10 avril igoÆ-
Gazelte des Beaux-Arts, , dans la Revue de l’Art,
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI’ SIÈCLE)
l'Exposition de igo4, l’offrit au Musée du Louvre comme un pieux souvenir de sa précieuse collaboration.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous pouvons l’admirer, — après restauration — , dans la Salle des Primitifs français de notre Galerie nationale. Il porte en haut cette inscription: Don du Comité de l’Exposition des Primitifs Jrancais, igo4, et au bas: Ecole d’Avignon, vers 1 47 5 . — Le Christ ressuscité; Saint Agricol et un donateur (pl. IX).
Le tableau, peint sur panneau de noyer, mesure im, 46 de largeur et i”’,26 de hauteur.
On voit au centre Notre-Seigneur de Pitié, debout devant la Croix, les mains percées croisées sur le pubis1. Son corps nu, portant au côté droit sa plaie saignante, est ceint du perizonium. Sa tête, inclinée à droite, reçoit 1 Esprit-Saint sous la forme d’une colombe nimbée que souffle Dieu le Père, dont la figure énergique paraît à une petite fenêtre, telle celle de l’Arche par laquelle Noé lâcha la colombe.
A sa droite, un saint debout, nimbé, mitré et crossé d’une croix épiscopale qu’il tient de sa main gauche gantée. Près de sa mitre on lit : agricol’ : de sa bouche sortent ces paroles : hcc est filles nostrii abrégé de Hæc est victoria quæ vincit mundum, fuies nostra (Jean, Epître, c. 5, § 4)- Vêtu d’une riche chape brodée, il appuyé sa main droite sur la tête d'un prêtre agenouillé, qui joint les mains et implore le Seigneur : Rabattre mumU miserere me.
Par une fenêtre on aperçoit derrière eux la rue montante d’une ville. Vers le milieu un homme est penché sur la margelle d’un puits, et l’échoppé d’un cordonnier laisse voir un étalage de chaussures. Au fond, en haut sur la colline, une église surmontée d’un clocher.
A la gauche du Christ, la Colonne, autour de laquelle s’enroulent les cordes de la Passion, et sur le bras de la croix on aperçoit, à côté de la Lance, des Verges, du Fouet, éclairés par une petite lampe de sanctuaire, une main décharnée2.
1. C’était cette position qui surprenait tant M. P. Vignon, dans le Saint Suaire de Turin.
2. On la retrouve également dans la Messe de saint Grégoire, attribuée au Maître de Flémalle ( Gazelle des Beaux-Arts, 1902 (2), p. 201).
Ici, je vais simplement emprunter à M. Bouchot quelques-unes des lignes qu'il a consacrées à ce monument si important, parce qu elles posent très nettement les données du problème dont nous cherchons la solution.
« Si jamais M. l'abbé Requin découvre le « Prix fait » du Retable « de Boulbon, comme il l’espère, peut-être nous dira-t-il que le « Retable était destiné à une autre église que celle de Boulbon où « il a été trouvé1. Sa découverte pourra de plus nous renseigner sur « une petite particularité de l'œuvre qui n'est pas sans poser un « autre problème.
« Que peut être un signe en forme de bésicles fait de trois « cercles ou annelets superposés, aperçus à gauche dans le bas,
« au-dessous du donateur, et à droite près de la colonne ? Ce der- « nier signe est accompagné d’une petite cigogne, très habilement « peinte, laquelle a été placée, bien postérieurement sur un blason « timbré d'une mitre, derrière le donateur. Je dis une cigogne, mais „ l'oiseau peut être aussi un héron ou la grue que portent dans « leur blason certaines familles, telles les Gruères, de Piémont, ou « les Gruel2. Cet oiseau semble indépendant des bésicles dont nous « parlions et qu’on avait pensé être la représentation de trois monts « sur lesquels eût été perchée la petite cigogne. Ce qui empêcherait « de reconnaître les bésicles, c’est que ces ronds sont en somme des « demi-cercles comme on peut le voir. M. de Mély, qui recherche « depuis quelque temps les signatures d'artistes, incline dans le « sens d'un sigle. La cigogne lui laisse entrevoir un peintre Cigoine, « Cigongne ou Ciconia3. La cause reste pendante, mais j'avoue ne pas
i. « On croit en ce moment que le tableau (lut être commandé par le premier curé de Saint- Agricol, en l454. Mais ce n’est qu’une simple supposition » (H. Bouchot).
°Je ferai remarquer que Saint-Agrieol n’était pas une paroisse, mais une collégiale : qu’il n’y avait pas par conséquent de curé, mais des chanoines, et que la fondation do la collégiale remonte, comme nous le verrons tout a 1 heure, a l3ai .
a Cet oiseau, outre le héron, la grue, la cigogne, peut tris bien représenter un chevalier, ou tout autre échassier ou oiseau d’eau, tel le butor, arme de la famille Bevereau qui avait un butor sur son blason (H. B.). H. Bouchot aurait pu ajouter les Pelagrue du Bordelais, qui fournirent en l3o5 un cardinal au Sacré Collège.
3. Ce pourrait être Segond, Segoind, ou même Cicon ou Sigonge (II. B.).
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVP SIECLE)
« croire à une mention de peintre. Le plus ordinairement ces indi- « cations visaient le donateur, et c’est en ne tenant pas compte de « cette loi générale, que M. Bancel avait été conduit à attribuer au « peintre Perréal un tableau flamand aujourd’hui au Louvre1. Le « nom, attendu par M. de Mély, ne se retrouve d’ailleurs pas dans « les artistes du xv° siècle. »
« . Le nom de saint Agricol est en capitales du xvi° siècle,
« et, par conséquent, ajouté postérieurement comme les armes du « pape à droite et les armes du donateur à gauche2. »
Je ne suivrai pas H. Bouchot, quand il rapproche du retable de Boulbon, la Pielà de Villeneuve-les-Avignon, le Triomphe de la Vierge, d’Enguerrand Charonton : c’est affaire de sentiment pur, en effet ; dans le Retable de Beaune, j’ai montré le danger de cette argumentation essentiellement personnelle. La critique d’art doit maintenant être scientifique ; ici, elle peut l'être techniquement, documentairement, paléographiquement, héraldiquement. Quand ces différents aperçus seront élucidés, nous pourrons faire appel alors au sentiment ; je le reconnais nécessaire, mais à l’arrivée seulement, quand la solution des autres points qui l'encadrent autorise son entrée en scène.
Ainsi, d’après IL Bouchot, plusieurs côtés de la question sont très obscurs. La question de la cigogne ne laisse pas en effet que d’être embarrassante. De ce qu'on n’a pu expliquer tout de suite l’inscription des armes papales, ni savoir à qui les attribuer, on a pensé s’en tirer en disant quelles ont été ajoutées postérieurement, au xvi" siècle. Quant au tableau lui-même, on espère que l’abbé Requin découvrirai « Prix fait », cpii nous fera connaître enfin quels furent l’auteur et la destination primitive du retable.
1 . Certes, il se peut que les initiales françaises IP entralacées soient les intiales des donateurs de la Vierge ; mais sans vouloir faire aucune attribution, la question change d’aspect quand on lit, dans le bas du tableau, les caractères hébraïques , IP X 1490. Cela, c’est une signature de peintre certainement. Voir à ce sujet l’introduction (fig. i).
2. Bouchot (H.), Le retable de Boulbon au Louvre dans L’art et les artistes, novembre igo5, p. 23-20.
l8a les primitifs et leurs signatures
Et H. Bouchot conclut ainsi : « J'incline donc à penser que le Retable de Boulbon, désormais acquis au Musée du Louvre, est de la même date et de la même main que le Triomphe de la Vierge de Villeneuve-les- Avignon, c'est-à-dire de \ffio à 1 455 environ et de la façon d’Enguerrand Charonton. Si cette opinion se confirmait, comme elle fut établie pour la Vierge de Miséricorde du Musée Condé à Chantilly*, ce seraient trois tableaux de Charonton retrouvés2. »
J'ai tenu à bien mettre au point la question, parce qu’à mon tour je voudrais apporter à la discussion plus de précision scientifique et montrer encore une fois qu'un texte est loin d être tout en critique d'art.
Est-il nécessaire d’aller très loin chercher l’identification des armoiries du tableau de Boulbon P Les sources iconographiques du Cabinet des Estampes vont immédiatement nous donner la solution
du problème.
Au mot Agricol (saint), on trouve en effet le titre dun Ofjice de la Collégiale de Saint-Agricol d'Avignon, du xvuf siècle. Au sommet, l'encadrement est couronné par l’écusson à la cigogne, timbré de la mitre et de la crosse, blason de la collégiale qui rappelle que saint Agricol, dix-septième évêque et patron de la ville d'Avignon, honoré le 7 décembre, avait au vu0 siècle obtenu par ses prières qu une bande de cigognes fût envoyée du Ciel, pour détruire les serpents qui infestaient les environs de la ville (Le P. Cahier, Caractéristique des saints, v° Grue).
En bas, au milieu d’entrelacs fleuris se détache un écusson papal, le même que celui du retable : écartelé d'or et de sinople, au i et au 4 au lion d'azur, au 2 et au 3 aux deux bandes d’argent. Et quand dans notre tableau, de chaque côté de la tiare, on lit un reste d'inscription p **», que le réparateur n'a pas cru pouvoir restituer, il est bien facile d’y reconnaître p mi (papa XXII), Jean XXII, Jacques
Bouchot (H.), Gazette des DeaUX-Arts, ,9o4 (.), P- 44- - Durrieu (Le comte P.), Ibid.