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LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVP SIÈCLE) soi
mina ce précieux volume. M. P. Vitry a cru pouvoir avancer que (auteur en était Philippe de Mazerolles, de Bruges. Plus tard, dans les Ails anciens de Flandre (ipo5), M. A. Hénard y aperçut la collaboration de Guillaume Vreland et de Philippe de Mazerolles, tandis que M. I . Durrieu, dans la Revue de l art ancienet moderne (igo3), l’avait attribué à Guillaume Vreland, au « Maître de la Toison d'or » et à des artistes secondaires, parce qu’une pièce d’archives qui lait mention de Guillaume Vreland, permet l’attribution de ce volume à cet artiste. Il faut voir alors si, quand même ce volume aurait été payé réellement à Guillaume Vreland, il ne se pourrait pas qu’il fût simplement sorti de son atelier — car il était librairier à Bruges,
ainsi que nous l’apprend le compte de la Confrérie de i454-i/,55
et non, comme on l’a imprimé, presque entièrement de son pinceau. Bu effet, M. P . Durrieu lui attribue, dans la première partie, toutes les enluminures jusqu’au chapitre xvm, les images des chapitres xx à xxv, xxvn à xxx, xxxvi, xxxi x et xl, xliii à xlvi, li, lv et lvi, lviii et lix, lxi à lxiv, cxv, cxvii, cxix et cxxix, et, dans la seconde partie, celles des chapitres i, vii, xxi, xxxii et xxxm, xlii à xlv et lvii. C’est donc la plus grande partie des miniatures que Guillaume Vreland aurait ainsi exécutée.
“ Les autres, ajoute le savant critique, sans pouvoir être attribuées au même maître, sont tout au moins exécutées sous son influence immédiate. Mais un dernier miniaturiste est au contraire tout a fait indépendant du maître qui a peint le début du manuscrit. Ses œuvres sont aussi remarquables pour la qualité du dessin et leur composition que pour leur extraordinaire coloris. L’artiste n’a employé pour ces peintures que des laques violettes, roses, jaunes et vei les, et les tableaux ainsi obtenus sont d une fraîcheur et d’une légèreté singulières. Malheureusement ce maître, d’un si grand talent. 11a exécuté que quatorze miniatures en tout, dont onze pour l’épisode du Vœu du paon, formant les chapitres lxxvii à lxxxvii, et trois pour les chapitres cix à cxii et cxiii de la première partie. »
S occupant alors du maître principal, M. P. Durrieu, par des
De Mély. r
Cliché Mély.
73. — Miniature de l'Histoire du bon roi Alexandre signée 0 dans le pavage.
(Collection Dutuit, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.)
comparaisons de style, par des pièces d’archives, en arrive à déterminer que l’auteur des plus grandes compositions est Guillaume
Vrelant, bien connu comme miniaturiste de Bruges. L hypothèse est ainsi très clairement présentée par un maître.
A mon tour, je vais consigner ici le résumé de notes prises directement sur le manuscrit pendant plusieurs années.
Car ce volume m’a passionnément intéressé. Longuement je l’ai feuilleté, interrogé, et je tiens à remercier, avant tout, M. H. Lapauze, le distingué conservateur du Petit Palais des Champs-Elysées et ses aimables collaborateurs, de l’obligeance parfaite que j'ai toujours rencontrée auprès d eux.
Aujourd’hui, le manuscrit est presque entièrement folioté: il est donc plus facile de s'y reconnaître, et c’est non plus par chapitres, mais par pages, que je poursuivrai mon examen.
La grande miniature de présentation du début, P 7 (fig. 1 72), est la première d’un petit groupe qui comprend les enluminures des P" 1 3 v°, i4, i/j v°, et 63. Elles sont très distinctes du groupe suivant, qu’on doit former des f” 8,
<), 10, 12 et peut-être 3i. Ces dernières
sont d’une tonalité beaucoup plus claire: droll6 (,BUtsn
on n’y voit pas les laques violettes très CCoUec. particulières, si caractéristiques du premier groupe, dont le dessin est beaucoup plus large, beaucoup moins cherché dans le détail des vêtements. Dans la première miniature, on aperçoit dans le pavage, sur le carreau du milieu, au premier rang, très apparent, un W : les autres du même groupe ont
Cliché Mély.
Fjg. 174. — Miniature de l’ Histoire du bon roi Alexandre signée sur le coupct de la tente de droite : (Juterait.
la
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI* SIÈCLE)
dons le pavage le sigle © (fig. 17.3). Le second groupe, au contraire, est marqué dans le pavage AF (fig. 178).
Avec le f° 16 v° apparaît un nouveau groupe. Car c’est la même main qui exécute Alexandre domptant Ducéphale (P’ 16 v°) et le Bain des chevaliers (f° 18 v°). A celte série, où il faut cependant signaler quelques différences d’exécution, on peut rattacher les f" 3o, 72 v°, 218, a5i et peut-être 2g5.
Sur le coupet de la tente du P” 72, nous lisons : I AB UGODEUOSOR Z MACABEORUM (fig. 182): nous y reviendrons tout à l’heure; sur le coupet de la tente du f” 2g5, on lit en gothique : paaensn (fig. 174).
Commence ensuite un nouveau groupe très important, dont le point de départ est très nettement accusé aux f“ ig-20. L'artiste enlumine alors les P” 21, 26, 35, 48, 53 v°, 220, 264, 287 v°, 288 v", 28g v°, 2 go v°, 2g2, et comme le foliotage s’arrête ici, les chapitres xciv, cii, civ et cv, evu et exiv. Je n’y trouve aucune inscription, aucun cryptogramme.
Le dallage du P1 22 est à examiner, car dans ses carreaux on voit un sigle: un ® et gothiques, séparés par un compas (fig. 17g- 180). Nous aurons a reprendre tout à 1 heure cette marque, à laquelle il faut rattacher le f° 28 v°.
Du P 78 il faut rapprocher les miniatures 7g v°, 1 85 , igo v° : aucune constatation particulière.
Mais voilà qu avec le P 84 nous arrivons au Vœu du paon. O11 en connaît le sujet. Encore tout pénétré du fétichisme païen, le Moyen Age croyait, comme les Pietés par exemple, acquérir en mangeant certaines chairs, les qualités des êtres qu'on s’incorporait. Dans un banquet solennel, on apportait alors un paon rôti, revêtu de sa livrée brillante, ou un faisan éclatant ; une dame le découpait et chargeait le chevalier de son choix de le servir à table. Un des plus somptueux banquets du xv° siècle fut celui du Faisan, donné à Lille en 1 454 » pour lequel Jacques Daret, artiste célèbre, exécuta en peinture les entremets. Les illustrations que nous trouvons dans ces chapitres, reproduisent les différentes phases du festin auquel assiste Gadifer
2o4 les primitifs et leurs signatures
fils de Florie, dans la chambre de laquelle Thésée avait pénétré, caché dans l'aigle d'or exécuté par l'orfèvre Calidas. Mais si, à première vue, les miniatures du f° 84 au f i33 paraissent d un même artiste que M. P. Durrieu baptise « le Maître de la Toison d or », à l’examen minutieux de ces pages étincelantes, on doit reconnaître trois faires très différents, d’un dessin particulier, d'une coloration légèrement dissemblable. Incontestablement sorties du même atelier, elles traduisent une influence commune, mais l’expriment chacune d'une manière assez personnelle pour quil soit impossible de ne pas en faire la distinction.
Le premier artiste a un faire un peu mou, une coloration terne, un dessin lourd : il décore les f°' 84, 85 v°, 86, 86 v° et 97. Le deuxième, c’est le maître éblouissant, au dessin prestigieux, au coloris incomparable où se jouent les laques, les jaunes invraisemblables : il enlumine les f" 87 v°, 88, 89, 89 v°, 90, 90 v°, 91, 91 v°, 92 v°. Le troisième est moins éclatant, son dessin est un peu moins précieux, quoique très parent de la maîtrise du second maître : il orne les f” g3 v°, 94 v°, 127, 1 3 1 . 100.
Si, dans les pages enluminées par les deux premiers, on ne relève aucune inscription autre que celles qui donnent les noms des pc 1 sonnages, comme Gadifer, par contre, sur la colonne que surmonte le paon dans la salle du banquet, au f“ i33, la dernière miniature du groupe, on lit: FE0 BARAB (fig. i84-i85).
Une seule page, le f° i4o, dans tout le manuscrit, me semble 'œuvre d’un maître des plus importants, je dirais presque plus important que le « Maître de la Toison d’or » , car cette miniature est de la très grande peinture. Le Grand-Prêtre portant les Tables de la Loi, suivi de trois personnages, aux figures si expressives quelles semblent de vivants portraits, a, brodé en clair sur le galon de sa dalma tique, au milieu d'une inscription cryptographique : MOSIENSIS SIOEMEO (fig. 175).
Les f” i45, i52 v°, 172, 177, sont d’un faire identique, bien facile à reconnaître par les noirs d’ivoire durs, crus, violents,
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plaqués, dont sont bordés, dont sont ombrés les personnages aux figures blafardes, à l’air très mauvais, tout à fait dans le genre de Callot. Nous n'avons de celle série que ces quatre miniatures.
Avec le P 1 85 commence la seconde partie de l'histoire d’Alexandre : « Chy après s’ensuivent aucunes matères exlravagans du Roy Alexandre, touchons les parties d'Occident comme Franche, Engleterre, Escoche et les aultres pays d’environ. /. cap. » Mais tout au contraire, ce sont les voyages d’Alexandre en Orient d'après le Pseudo- Callisthène, que nous allons lire tout d’abord, et les miniatures qui décorent les chapitres : « Comment la royne des Amazonnes vint devers le roy Alexandre accompagnée de grant foison de dames et de pucelles ; — Comment Alexandre trouva femmes qui font tant gésir les homes que l’ame leur ist du corps et comment il trouva les colombes Hercules », où l’on voit neuf femmes nues à pieds de lion ; — « Comment Alexandre vola dans les airs avec ses dragons » ; — « Comment Alexandre plongea au fond de la mer » ; — sont d’artistes tout à fait secondaires, comme l'a fait justement remarquer M. P. Durrieu. Cependant, quelques bonnes miniatures sont venues s’égarer dans la masse : celle du f° 218 : « Comment le roy des Nacepices envoya par ses messagés à Alixandre dire l'estât de leur terre, XXVe cap. », où il y a quatre hommes nus qui se rapprochent du Bain du P 18 v° ; puis celle du P 220 : « Comment le roy des hrachamens renvoya ses lettres au noble roy Alixandre, XXXVIe cap. ».
Mais tout de même, nous allons revenir aux pays d'Occident et sur la miniature du P 254 : « Comment le roy Alexandre desconfy le roy Ambrya duquel il deslruisi la cité », qui est loin d’être excellente, nous lisons en clair sur le coupet de la tente où repose le prince, à la
Clichi Mély.
Fig. 175. — Le Grand-Prêtre portant les Tables de la Loi. Miniature de l'Histoire du bon roi Alexandre signée sur le galon de la dalmatique : Alosiensis Sioemeo.
(Collcct. Dutuit, Muséo des Beaux-Arts de la ville de Paris.)
suite d’un cryptogramme, séparé du reste par un point : S EN I VAL, et sur la bande d’une autre tente : LUSAEL (fig. 17®)’ ecr*l ® la même place, de la même façon que plus loin, au chapitre cxxe : « Comment Arisie fu prins et mené prisonnier en la cité et Florent mené en
l’ost prisonnier », nous apercevrons: AL- NEUS (fig. 177).
Enfin, au P 295, le dernier folioté, nous verrons dans cetle miniature qui se rattache si étroitement par son faire à la miniature de Bucéphale du f° 16 v°, sur le coupet de la tente du fond, le ua®«bsii signalé tout à l'heure (fig. 1 7 4) -
Après le chapitre cxiv. les enluminures
Cliché Mely.
Fig. 176. — Siège de la cité du roi Ambria.
Miniature de l'Histoire du bon roi Alexandre signée sur le coupet de la tente : Se-
(Coiioct Dutuit, Musce dos Bcaux-Aris de sont tellement inférieures qu'il est sans
la Ville de Paris.) . . , . , , . • .
interet de les interroger.
Voilà donc, examiné aussi minutieusement que possible, ce manuscrit précieux. Ses pages peuvent-elles nous donner quelques renseignements objectifs? Il est un point qui semble tout dabord acquis : c’est que le volume sort de chez Guillaume Vreland, auquel, du reste,
M. P. Durrieu l'attribue, et l'artiste librairier est de Bruges. Or, en présence des ordonnances du xv° siècle, édictées précisément à Bruges, enjoignant aux miniaturistes de marquer leurs ouvrages, des jugements condamnant, par exemple, en 1457, les libraires Maurice de Mac et autres à 5 escalins parisis d’amende pour « avoir mis en vente des images ne portant pas la marque de ceux qui les avaient faites (voir p. 80) », nous est-il permis de passer sous silence le ïf que nous trouvons au bas de la miniature de tête? D’autanfque c’est M. P. Durrieu lui-même qui va nous fournir l’argument péremptoire.
Cliché Mél v .
Fig. 177. — Arisie fait prisonnier. Miniature de l'Histoire du bon roi Alexandre signée sur la bande de la tente: Alneus. (Collect. Dutuit, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.)