‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 59 sur 149 · LES MAITRES MINIATURISTES (1391-XYP SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES MAITRES MINIATURISTES (1391-XYP SIÈCLE

Naguère Castan1 , qui étudiait le célèbre Missel de Pierre de Clugny, évêque de Tournai, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque publique de Sienne, découvrait dans une miniature un M tracé sur le pavage : il l’attribua alors à Simon Marmion. M6' Dehaisnes2 y voyait au contraire un V avec une petite croix dans son ouverture : toutefois, il continuait à signaler là une œuvre de Marmion. M. P. Durrieu y distingua une M renversée, un W, et dès lors « restitue en tonte certitude » la page à Guillaume Vreland, dont il voit là l'initiale du prénom: Wilhelm. Il va même jusqu’à proposer l’attribution d’un livre d Heures de la Bibliothèque nationale de Madrid à Guillaume Vreland, parce qu'il trouve gravé sur un des fermoirs de cuivre de la reliure du manuscrit un W qui se détache très nettement au milieu. La première miniature du manuscrit du Bon roi Alexandre qu'on croit pouvoir affirmer de Guillaume Vreland, serait ainsi authentiquée par ce lit [ilhelm], et les miniatures du même groupe (P’ i3v°. 1 4 , 1 4 v°, et 63) me semblent également certifiées par le $ [reland].

Ce tD inscrit dans le pavage je le retrouve également dans un Livre d’Heures délicieux de la bibliothèque de M6' le duc d'Arenberg à Bruxelles (ms. 1 8) , à la première page du calendrier; et ce n’est pas alors sans un très grand intérêt qu’on doit rapprocher les Baigneurs du manuscrit Dutuit, des Gémeaux de ce Livre d’Heures d’Arenherg, qui par le dessin et la tonalité révèlent une très étroite parenté.

De la marque A F de la miniature du f' 12: « Comment le roy Philippe de Macédoine Jist assembler plusieurs clercs pour leur exposer la vision de son fils Alixandre » (fig. 178). je ne saurais donner d'explication. Je ne trouve, en effet, dans les listes de Bruges aucun artiste dont le nom commençant par A, ait comme seconde initiale une F. Dans les F, je ne vois que Fabiaen Adrien, admis à la maîtrise en i5ig,

1. Le Missel du cardinal de Tournai (Mémoires de la Société d’Émulation du Doubs, 1881). Cité dans A. de Lagrange et L. Cloquet, L’Art à Tournai. Tournai, Caslermann, 1888, in-8, p. 19.

2. Dehaisnes (Mc), Les Œuvres des maîtres de l’école Jlamande primitive conservées en Italie et dans l’Est et le Midi de la France ( Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements, 1891), p. m.

Fig. 178. — Le roi Philippe assemble les clercs pour leur exposer la vision de son fils Alexandre. Miniature de l’Histoire du bon roi Alexandre signée A. F.

(Collect. Dutuit, Musce des Beaux-Arts de la Ville do Paris.)

et cest trop tard. Cependant, d y a aussi un Fraet Alexandre , mais de celui-là nous ne connaissons cjue le nom, sans date, cpie nous lisons dans YObiimire. A Tournai en i488. nous avons Anthonin

Fieret ; c’est encore bien récent. Assurément cet A F n’a rien à faire avec Adam Fabre, qui travaillait en i4g3 à Lyon et signait un tableau exposé en igo4 au Pavillon de Marsan, pas plus qu’avec le FA, qui marque de son monogramme une magnifique miniature d'un missel de Toulouse. Ces initiales, il les faut cependant recueillir, rapprocher, classer soigneusement.

C’est à la série suivante, qui commencerait au fb 16 v°: « Alexandre domptant Bucéphale », qu’appartient la miniature où je crois devoir lire sur le coupet de la tente : UGO DE VOSOR.

Mais où je vois ce nom, M. P. Durrieu ma objecté à 1 Académie des Inscriptions, le 25 juin 1909, qu'il y avait :

NABUGODENOSOR, c’est-à-dire NABU- CHODONOSOR.

Et il ajoutait, comme preuve de mon imprudence, que signalant un jour dans un document le nom de Wante, j’avais créé un nouvel artiste, alors qu'il s’agissait simplement d Attavanle, comme je faisais surgir ici un

enlumineur inconnu, Ugo de Vosor,

Fig. 179. — L'Éducation du jeune Alexandre. Miniature de Y Histoire du bon roi Alexandre signée

(Collect. Dutuit, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.)

quand l’inscription donnait simplement le nom d'un roi d Assyrie.

11 était facile de répondre tout de suite à la première remarque: c'était une question biographique. Son objection me rappelait la cri-

Cliché Mély.

Fig. 180. — Détail de la miniature précédente signée <£ 3 dans le pavage.

LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI' SIÈCLE) 209

liquc de Laborde1, qui, lisant dans 1 Histoire de Lille de Derode, ce passage de Y Inventaire de Marguerite d’Autriche: « Un tableau de Jean Huelle », déclara que l'éditeur s’était certainement trompé, qu'il fallait lire « sans huile » ; car on ne connaissait aucun peintre de ce nom.

Et la chose était ainsi entrée dans le domaine des erreurs rectifiées2 3. Or, dernièrement, mon dépouillement du Keuren me révélait toute une dynastie de peintres de Bruges du nom de van Huelle, qui s’échelonnent de 1/(62 à 1567. Il en est exactement de même de Wante de Bruges, qui n’est nullement Attavante ; car Wante (Antoine), élève d’Adrien Otlesoons en 1462, est admis à la maîtrise en i476, et Wante (Louis) est élève de Matthieu van Stakenburch en i475. Donc les Wante étaient hier des inconnus ; il faut compter aujourd’hui avec eux.

La question de Nabuchodonosor et de Ugo de Vosor est plus complexe.

Quand naguère M. P. Durrieu a publié son étude sur Le bon roi Alexandre il a donné de la miniature le cliché reproduit ici avec sa légende (fig. 181).

Comme sa gravure est réduite, on lit difficilement l'inscription.

J en ai donc fait, sur le volume lui-même, un agrandissement direct (fig. 182). Qu’y voyons-nous ?

En lisant VOSOR, je ne crois pas me tromper: l'U de Vosor est bien semblable à l'U de Ugo, à l'U de Macabeomm.

Mais il est autre chose. Alors qu’on me reproche de ne pas toujours expliquer les légendes dans leur entier, — j'avoue que souvent, devant certains cryptogrammes, il me faut m'arrêter — M. P. Durrieu

Page 1