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LES MAITRES MINIATURISTES (1391-XVP SIÈCLE

Au R 17 v° se trouve un dessin à la plume inachevé, mais dont le trait intéressant représente le Christ en croix.

Avant Le Missel d'Aulun, exécuté pour le cardinal Jean Rolin (i4o8 -jï/|83. 1 483) (ils du chancelier Nicolas Rolin, que nous avons connu avec le Retable de Deaune, est conservé à la bibliothèque de Lyon (ms. 517).

Fie. aai. — Bas de la première page du Missel d'Aulun avec la signature de Bénigne Guyot sur le chapeau du cardinal.

(Bibl. de Lyon, ms. 517.)

Ce manuscrit, à encadrements de style purement français, de belle écriture, est orné d'initiales peintes, de deux miniatures à pleine page et de sujets de plus petite dimension disséminés dans le texte. En tête (R 8), le cardinal assiste à la messe (pl. XIV) : au R 23 v°, nous trouvons une Nativité ; au R 27 v°, l'Adoration des Mages (fig. 222) ; au R 1 83 v° et 184. à pleine page, la Crucifixion (pl. XV) et le Père Eternel, coiffé, de la tiare à triple couronne, assis sur une chaire d’or, dans le nimbe pisciforme, entouré de petits anges rouges : aux quatre coins les quatre évangélistes avec leurs attributs. Au R 207, voici la Résurrection ; au R 22g, l’Ascension ; au R 256, la Pentecôte.

Dans la première miniature, le cardinal Rolin agenouillé assiste à la messe, célébrée par un prêtre vêtu de bleu. 11 est reconnaissable à ses vêtements cardinalices et surtout à sa physionomie commune, que nous avons sur le Retable de Deaune, sur une fresque de l'église

Saint-Lazare de Beaune et dans la célébré Nativité d Autun. Comme il est ici à l’autel, le peintre n'a pas mis à ses pieds le fameux petit chien blanc bien connu, son fidèle compagnon, chargé de faire disparaître les oublis de son maître. Cette première page est entourée d’un délicat encadrement de fleurs, de fruits et d oiseaux, élégamment jetés, à travers lesquels se déroule une banderole, chargée de la

devise du Cardinal : Deiirn tune, lime Deum. Dans le bas, au centre, les armes du Cardinal, écartelées aux i et 4 d azur à trois clefs d’or, aux 2 et 3 de gueules à la bande d azur, chargée en chef d une merlette, et surmontées du chapeau de cardinal (lig. 221). Ces armoiries se retrouvent à de nombreuses pages, toujours surmontées du chapeau, mais cpii présente cette particularité, c’est qu’il est tantôt à bords surbaissés comme une marmite de guerre, tantôt à bords relevés et accostés de deux houpettes très singulières cpii sembleraient presque des oreilles de satyre. Le peintre s’est-il permis quelque fantaisie un peu crue, cor le cardinal n'était pas fort rigoriste ; et ne devons-nous pas voir ici quelque allusion comme celle de Michel-Ange, mettant dans ses Iresques des oreilles d’âne au maître des cérémonies de Paul III, ou du sculpteur de la chapelle de Pierre Cauchon à la cathédrale de Lisieux, plaçant a l’entrée du côté de l'Évangile, une superbe tête de cochon:'

(fig. 85).

Le chapeau des armoiries de la première page est à bord relevés : sur la calotte rouge, 011 lit en lettres roses : Bénirjne, et sur le dessous

Fig. 222.

L'Adoration des Mages. Miniature du d'Aulun.

(Bibl. de Lyon, ms. 017.)

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE)

du bord : Guyol (fig. 221); incontestablement c’est le nom du miniaturiste, car nous savons par les travaux de Natalis Rondot1 que les Guyot étaient à Lyon une véritable dynastie d’écrivains-enlumineurs dont le premier connu est Guyot, cité en i385-i388 et le dernier Henry Guyot, peintre verrier, qui travaille à la décoration de la Ville pour l’entrée de Louis XII en 1 499 • N°"s ne parlerons pas du manuscrit en lui-même, M. Galle l a étudié au point de vue bibliographique dans la Réunion des sociétés des Beaux-Arts des départements (1901, p. 449)- Il a publié la première page sur laquelle il a lu : Bénigne Juyot, et la grande Crucifixion.

Mais, quand il trouve là une influence flamande il n’a point remarqué qu’il y avait dans cette suite de peintures au moins deux mains, très différentes. Et s’il est bien vrai que dans la Crucifixion (pl. XV) on puisse retrouver un lointain souvenir de la Grande Dégingandée de Roger van der Weyden, les petites miniatures de la Nativité, de l’Adoration des Mages (fig. 222) sont, au contraire, essentiellement françaises et d'exécution et de types, rappelant avec leurs Mages barbus, véritables portraits dont on croise encore de nos jours les originaux à chaque pas dans le centre fie la France, précisément la Nativité d’Autun, ses banderoles avec leurs devises, disposées dans les mêmes fleurettes, ses tonalités bleues, et surtout le vert de ses vêtements si particulièrement caractéristique. C’est seulement cette partie si française, proche parente du livre d 'Heures des Chalelliers- , qu’il me paraît permis d’attribuer à Bénigne Guyot. Et je vais peut-être dire une chose bien grosse : qu'on pourrait rapprocher du Maître de Moulins; non certes du Triptyque de Moulins, mais de la Nativité d’Autun que je n’ai jamais pu croire sortie du même atelier. Serait-ce donc du côté de ces Guyot, du côté de Lyon, par conséquent, qu’il faudrait diriger les recherches, pour découvrir un de ces énigmatiques artistes auxquels sont attribuées tant d’œuvres admirables, de factures cependant si diverses?

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